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Les tentacules du système d'éducation

18/04/2017 10:05 EDT | Actualisé 18/04/2017 10:14 EDT

Vous êtes le parent d'un enfant qui fréquente l'école? Pour plusieurs d'entre vous, le cheminement de votre jeune dans le système scolaire se déroule sans problème. Toutefois, si votre jeune connaît des difficultés, il est possible que vous ayez déjà ressenti une certaine impuissance face au «système» et que vous ayez eu à vous battre: vous battre pour obtenir un diagnostic, vous battre pour obtenir les services, vous battre pour avoir les bonnes informations, etc.

Récemment, nous avons beaucoup entendu parler de réinvestissements et de décentralisation. L'automne dernier, le projet de loi 105 a été adopté et promettait une décentralisation en éducation. Il est encore trop tôt pour dire si ce projet de loi livrera la marchandise. Dans les deux dernières années, le gouvernement Couillard a tenu deux promesses électorales: réduire les effectifs du ministère de l'Éducation de 100 personnes par année et abolir les directions régionales.

Bref, nous pourrions croire que tout est réglé en éducation. L'argent est de retour dans les coffres après des années de vache maigre. Nous pourrions penser que la bureaucratie est en voie d'être éliminée et que le système est décentralisé. Mais dans les faits, à quoi ressemble le système d'éducation actuellement?

Un document récemment fourni par le ministère de l'Éducation en vertu de la Loi sur l'accès à l'information montre que la structure administrative du ministère de l'Éducation compte pas moins de 100 directions et services, appelés centres de responsabilités. Ajoutez à cela l'organigramme de chacune des 72 commissions scolaires, et nous voilà dans un système tentaculaire où les intérêts corporatistes des différents lobbys en mènent large.

Puisque des tentacules peuvent se perdre dans leur propre complexité, le ministère de l'Éducation a récemment octroyé un contrat de 78 750$ à une firme externe pour l'aider à communiquer... à l'intérieur même du ministère!
La firme devra «augmenter et rendre plus fluide la circulation de l'information entre les individus et les groupes au sein du ministère» et «mobiliser les équipes du ministère et les établissements du réseau vers une nouvelle culture d'échanges et de partage d'information».

Pourquoi doit-on recourir à un consultant externe pour améliorer la communication à l'intérieur du ministère? Pourquoi les équipes du ministère et les établissements du réseau ont-ils besoin d'une aide-externe pour partager l'information?

Cette somme aurait-elle été mieux investie dans le salaire d'un orthopédagogue qui aurait aidé des dizaines d'élèves en difficulté? Poser la question, c'est y répondre.

En ce qui concerne les contrats octroyés à des consultants externes, la liste ne s'arrête pas là. Malgré le fait qu'il puisse compter sur un effectif d'un peu plus de 1100 employés (en plus des employés des commissions scolaires, des professeurs et des professionnels du réseau), le ministère de l'Éducation a récemment octroyé des contrats à l'externe pour le conseiller sur la réforme du cours d'histoire, sur le cours Éthique et culture religieuse et sur l'implantation de la maternelle 4 ans.

Dans quelques cas, ces contrats sont attribués à des anciens employés du ministère. Les montants en jeu dépassent parfois les 100 000$ sans appel d'offres. Ces contrats sont tous disponibles sur le système d'appels d'offres du gouvernement du Québec.

Certains pourraient conclure que le recours à des consultants externes permet de diminuer le nombre d'employés et ainsi réduire les coûts (ce qui reste à prouver).

Le ministère a peut-être de bonnes intentions en agissant ainsi. Il désire peut-être obtenir des avis neutres à l'extérieur des débats idéologiques qui traversent le monde de l'éducation sur la façon d'implanter la maternelle 4 ans ou sur la direction à donner au cours Éthique et culture religieuse. Certains pourraient conclure que le recours à des consultants externes permet de diminuer le nombre d'employés et ainsi réduire les coûts (ce qui reste à prouver).

Néanmoins, cette situation pose la question de l'expertise à l'intérieur du ministère et plus largement dans le système d'éducation. On peut se demander à quoi servent les réductions de personnel au ministère si on réembauche constamment des consultants à l'externe par la porte arrière pour aller chercher de l'expertise qu'on devrait s'attendre à retrouver à l'intérieur du ministère. L'oeuf ou la poule, telle est la question.

Dans tous les cas, cela n'augure rien de bien sûr la lourdeur et la complexité de «la machine» en éducation.

Parlant de lourdeur, rappelons que les élections scolaires sont encore en place. Alors que son prédécesseur François Blais voulait les abolir, l'actuel ministre de l'Éducation Sébastien Proulx a reculé sur cette question. À titre d'information, les dernières élections scolaires ont coûté 20 millions $ et ont généré un taux de participation inférieur à 5% en 2014.

Force est de constater qu'il reste encore du chemin à parcourir pour recentrer le système sur la réussite des élèves. Pour y parvenir, il faudra arrêter d'étendre les tentacules et alléger les structures, tout en apprenant à mieux utiliser l'expertise des forces vives du réseau que sont les directions d'écoles, les enseignants et les professionnels.

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