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Climat: à la recherche du leadership canadien

07/06/2017 10:17 EDT | Actualisé 07/06/2017 10:17 EDT

Donald Trump a annoncé que les États-Unis quitteront l'Accord de Paris. Son départ ne sera pas imminent. Tout pays signataire doit attendre un minimum de quatre ans avant de ne plus être rattaché aux responsabilités que cet accord impose.

Le succès de l'Accord de Paris est dû essentiellement à la solidarité exprimée par près de 200 nations qui se sont engagées à le signer. Un geste sans précédent dans l'histoire de la diplomatie climatique. Alors que la plupart des pays demeurent convaincus de l'importance de mettre en vigueur les engagements qui se trouvent dans l'Accord de Paris, le retrait des États-Unis ne fait qu'accentuer l'anxiété que vivent ces pays et groupes, notamment les plus vulnérables. Ceux-ci souhaitent un engagement clair des nations les plus riches en ce qui concerne l'action climatique, le soutien économique et la réduction des émissions. Le secteur privé, les experts climatiques et les représentants politiques du monde entier regardent avec attention le déroulement des négociations au sein du G7 et du G20. Ces négociations misent, entre autres, sur la décarbonisation de l'économie et l'importance de limiter la hausse de la température mondiale à 1,5 degré Celsius par rapport au niveau préindustriel.

On a été témoin d'une vague mondiale de solidarité globale venant des pays, des villes et des personnes qui ont protesté contre la décision du président Trump. Cependant, le contexte actuel met le Canada dans une dynamique bicéphale. Premièrement, le Canada sera appelé à combler le vide laissé par les États-Unis économiquement et diplomatiquement. Il devra également travailler avec d'autres nations pour s'assurer que l'implantation de l'Accord de Paris ne soit pas retardée à cause de Trump. Ce qui nous amène au deuxième point, la question de la confiance. Le gouvernement actuel, déjà en mi-mandat, est incapable de confirmer s'il respectera ses cibles de réduction des émissions pour 2020. Ses décisions par rapport aux projets des pipelines ont été vivement critiquées et remettent en doute sa capacité d'être un champion en matière climatique tant à l'échelle nationale que mondiale.

Pour que le Canada comble le vide laissé par les États-Unis, il doit commencer par avoir un message plus clair sur ce qu'il entend faire afin de mettre en oeuvre son plan climatique à l'échelle nationale. Il est vrai que Trudeau a déjà fait preuve d'ouverture et de vision sur certains dossiers associés au climat. On n'a qu'à penser au Cadre pancanadien sur la croissance propre et les changements climatiques adopté en 2016.

Les 18 prochains mois représentent une porte d'opportunités pour le gouvernement canadien, car il s'apprête à organiser des évènements qui influenceront le cours des négociations climatiques globales.

Les 18 prochains mois représentent une porte d'opportunités pour le gouvernement canadien, car il s'apprête à organiser des évènements qui influenceront le cours des négociations climatiques globales. Sa crédibilité environnementale sera alors mise à l'épreuve. À Bonn lors de la Conférence climatique organisée par les Nations Unies au mois de mai, le Canada a annoncé son intention d'être l'hôte d'une rencontre de travail internationale en lien avec la Plateforme pour les collectivités locales et les Peuples autochtones qui vise, entre autres, l'inclusion et la valorisation de leurs savoirs dans le cadre des négociations climatiques internationales.

Lors de cette rencontre, le Canada doit miser sur la relation unique qu'il cherche à entretenir avec les Premières Nations en leur donnant une place privilégiée dans l'organisation de cet évènement. Les peuples autochtones sont particulièrement affectés par les changements climatiques, surtout ceux du nord. Cela pourrait inspirer d'autres États à inclure davantage les peuples autochtones dans le processus d'implantation de politiques climatiques nationales.

Le Groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) se rencontrera à Montréal en septembre pour discuter, entre autres, du Sixième rapport d'évaluation du climat. Outre les détails techniques liés aux séances du GIEC, le Canada pourrait souligner son engagement de limiter à 1,5 degré Celsius la hausse de température globale et appeler les nations du monde à en faire de même. Ce même mois, le gouvernement de Justin Trudeau rencontrera l'Union européenne et la Chine dans le cadre des négociations climatiques ministérielles pour le Forum des principales économies qui a été créé en 2009 sous l'influence du Président Obama. Il s'agit d'une occasion de parler d'investissement et de prospérité propre dans un contexte de transition énergétique.

Finalement, en 2018, les sept nations parmi les plus puissantes de la planète se rencontreront au Québec pour le 44e sommet du G7. Le G7 a mis l'action climatique au coeur de ses priorités depuis 2009. Cependant, la solidarité entre les pays membres de ce groupe a été compromise depuis leur dernière rencontre en Italie. Puisque le Canada présidera ce sommet, il va être appelé à contrebalancer le discours de ceux qui veulent niveler par le bas l'action climatique et l'implantation de l'Accord de Paris.

Il est vrai que Trudeau a dénoncé la décision de Donald Trump de quitter l'Accord de Paris.

Cependant, il demeure toujours sous l'ombre du président états-unien sur certains dossiers notamment ceux associés aux priorités énergétiques. Pour que le Canada devienne cet allié climatique nord-américain capable de rassurer le monde en ces temps d'incertitude, Trudeau devra réviser son message énergétique, utiliser ces rencontres internationales pour présenter son agenda climatique à l'échelle nationale et rassurer la population qui souhaite voir une cohérence entre ce que le Canada dit à l'échelle globale et ce qu'il fait à l'échelle nationale.

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