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Avoir accès à une hormonothérapie féminine bioidentique

14/12/2014 08:32 EST | Actualisé 13/02/2015 05:12 EST

Monsieur le Premier ministre Philippe Couillard,

Je me permets de vous écrire au nom de plusieurs médecins, ainsi qu'en mon nom personnel en tant que médecin spécialisée en hormonothérapie qui a traité à ce jour plusieurs milliers de femmes et d'hommes pour des problématiques reliées aux hormones sexuelles, afin de vous demander d'intervenir auprès du Conseil du Médicament de la RAMQ pour que les femmes puissent avoir accès sans restriction à une hormonothérapie féminine plus bénéfique et sécuritaire, soit une hormonothérapie bioidentique (c'est-à-dire composée d'hormones identiques à celles produites par les humains). Ce qui n'est pas le cas actuellement.

On véhicule encore trop souvent l'idée que les hormones féminines « donnent du trouble » et sont responsables de plusieurs maladies incluant des cancers. Cette vision misogyne de la féminité est heureusement démentie par la science, et j'ajouterais, le gros bon sens. (Ce qui « donne du trouble » n'est pas dû aux hormones féminines en tant que telles, mais plutôt à leurs variations, et particulièrement à leurs taux qui chutent en période prémenstruelle ou en période de préménopause-ménopause.)

En réalité, les hormones féminines permettent non seulement aux femmes de donner la vie, mais elles leur procurent également des avantages de santé considérables. Les estrogènes, dont les rôles bénéfiques s'exercent à peu près partout, sont principalement responsables de la plus grande longévité des femmes (et des mammifères femelles). Un chercheur américain a estimé que l'estradiol-17β, le principal estrogène humain, exerçait environ 300 fonctions. Peu de personnes savent, par exemple, que la cause primaire de l'ostéoporose (excluant certains médicaments tels les corticostéroïdes) est la chute du taux d'estrogènes, tant chez les hommes que chez les femmes, entraînant une sortie chronique du calcium des os. La prise de vitamine D et de calcium n'y changera rien.

Comprendre les rôles fondamentaux des hormones féminines dans le bien-être et la santé des femmes nous permet de saisir l'immense importance d'avoir la meilleure hormonothérapie féminine possible et d'encourager les recherches dans ce but. Une méta-analyse a montré que l'hormonothérapie féminine (tous types confondus) débutée avant l'âge de 60 ans - c'est le cas de la majorité des femmes - diminue la mortalité de 39%. Cela est déjà impressionnant et je suis persuadée que nous pourrions obtenir de bien meilleurs résultats, avec une diminution significative des coûts sociaux, en utilisant une hormonothérapie féminine bioidentique prescrite avec art et science, c'est-à-dire en utilisant les bonnes hormones (estradiol-17β transdermique et progestérone), au bon moment (dès la préménopause) et au bon dosage, au lieu d'une hormonothérapie contenant des substances étrangères au corps féminin et prescrite de manière empirique sans vraiment comprendre, comme on le fait encore trop souvent au Québec et ailleurs.

Malheureusement, les hormones féminines bioidentiques, pourtant scientifiquement démontrées plus sécuritaires (ce qui est tellement logique), sont actuellement considérées comme des médicaments d'exception, c'est-à-dire qu'elles sont remboursées par la RAMQ uniquement aux femmes présentant certaines contre-indications aux médicaments couverts sans restriction. Le hic, et c'est là, Monsieur le Premier Ministre, que je vous interpelle vigoureusement, c'est que tous les médicaments couverts sans restriction en hormonothérapie féminine présentent des risques pour la santé des femmes. Cela est aberrant et choquant.

Précisons davantage. Du côté des estrogènes, seulement ceux pris par voie orale sont couverts sans restriction. Pourtant, il est démontré scientifiquement que tous les estrogènes oraux (peu importe le type : estrogènes conjugués équins biologiques, estrogènes conjugués synthétiques, éthinylestradiol, estradiol-17β) font augmenter le risque thromboembolique veineux (thrombophlébite et embolie pulmonaire) et artériel (AVC), tandis que l'hormone bioidentique estradiol-17β transdermique, tous dosages confondus, n'augmente pas le risque thromboembolique.

Quant à l'acétate de médroxyprogestérone (Provera), une substance artificielle utilisée au lieu de l'hormone naturelle progestérone, elle est couverte sans restriction par la RAMQ (et non la progestérone) malgré qu'elle soit responsable de la grande majorité des effets nocifs de l'hormonothérapie. L'acétate de médroxyprogestérone augmente notamment le risque de cancer du sein et du poumon, ainsi que le risque de maladies cardiovasculaires (risque augmenté d'infarctus, d'hypertension artérielle et d'hyperréactivité vasculaire, et effets néfastes sur le bilan lipidique), et a également plusieurs effets délétères sur le système nerveux dont le cerveau. En dehors de l'utérus, l'acétate de médroxyprogestérone a souvent des propriétés anti-progestérone - expliquant sa dangerosité.

Contrairement à l'acétate de médroxyprogestérone, la progestérone est bénéfique, particulièrement sur les systèmes cardiovasculaire, musculaire et nerveux (tant au niveau central que périphérique), et a également des propriétés anticancer (et non le contraire). La progestérone m'est d'ailleurs d'une utilité remarquable en clinique, comme par exemple, pour traiter les tendinites de l'épaule, les palpitations cardiaques ainsi que l'augmentation du syndrome prémenstruel (pensons notamment à l'insomnie, l'irritabilité et l'anxiété qui sont des raisons de consultation très fréquentes) qui sont causées par la baisse du taux de progestérone survenant à la préménopause.

Par conséquent, dans l'intérêt supérieur de toutes les Québécoises, qui passent en moyenne la moitié de leur vie en préménopause-ménopause, je vous exhorte, Monsieur le Premier Ministre, de recommander au Conseil du Médicament de couvrir sans restriction l'hormonothérapie féminine bioidentique au lieu d'une hormonothérapie risquée et non respectueuse envers les femmes. Ce serait déjà un premier pas. Le statu quo est contraire à toute éthique médicale.

P.S. J'ai joint deux livres dont je suis l'auteure (Hormones au féminin : Repensez votre santé et Le mythe de la vitamine D : Rétablir la vérité sur les hormones - Les Éditions de l'Homme) afin que vous puissiez juger de la quantité et de la qualité des études démontrant de façon éloquente la supériorité des hormones bioidentiques estradiol-17β transdermique et progestérone orale micronisée (disponibles au Québec depuis 1994 et 1995 respectivement). Du côté des hommes, Axiron, une autre testostérone bioidentique, est arrivée au Québec en juin 2013, et est déjà couverte sans restriction depuis juin 2014.

19 médecins cosignataires

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