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Fourplay: « Esprit De Four » ou l'archétype du jazz contemporain

Publication: 08/10/2012 11:16

L'aventure Fourplay débuta en 1990 lorsque Bob James (claviers) recruta Harvey Mason (batterie), Nathan East (basse) et Lee Ritenour (guitare), pour son album «Grand Piano Canyon».

Bien qu'au fil des années Fourplay changeât plusieurs fois de guitaristes (Larry Carlton en 1990 et Chuck Loeb en 2010), ces musiciens hors pair prirent soin de garder le même style de musique : un ingénieux mélange de jazz avec de la soul, du R&B ou de la pop, dans la plus pure tradition de la soul jazz des années 50 et 60 et du jazz rock (ou de la funk jazz) des années 70 et 80.

En effet, de leur premier album éponyme en 1991 et le succès qu'on lui connait (plus d'un million d'exemplaires vendus) à « Esprit De Four», leur 13e opus en vingt ans, Fourplay campe savamment dans ce doux mélange de jazz et du R&B. Cependant, contrairement au jazz rock, Fourplay adopte un style où les sonorités funky des instruments comme la batterie et la basse sont contenues, telle une «force tranquille» ou un torrent qui bouillonne sans jamais déborder.

C'est justement pour décrire ce style de jazz que les stations de radio dans les années 80 ont eu l'idée malheureuse de l'appeler « smooth » jazz, associant ainsi ce style à une ambiance intimiste, propice à la séduction : lumière tamisée, murmures, draps de soie...

Cette appellation est malheureuse parce que Muzak est tombé sur le smooth jazz à bras raccourcis pour en faire ce que l'on sait : une musique de fond qu'on entend souvent dans les ascenseurs, les salles d'attente, les supermarchés, etc., de Céline Dion à George Benson, en passant par Beyoncé. Il devint donc plus court d'associer au smooth jazz le style Muzak, c'est-à-dire toute musique qui appartient à la catégorie «easy listening» et toutes les musiques douces instrumentales ou chantées avec des sons ronds et des solos langoureux et sirupeux à la Kenny G(orelick).

De plus, ne pas reconnaître que le smooth jazz est un genre de jazz sous prétexte qu'il est un moule ou un format, parce que son appellation est une création des stations de radio est un autre raccourci tout aussi malheureux. En effet, un terme quel qu'il soit ne peut exister en dehors de la réalité qu'il décrit.
Souvenons-nous du Bourgeois gentilhomme de Molière : ce n'est pas parce que Mr Jourdain a pris conscience de l'existence du mot «prose» qu'il a commencé à en faire, puisque de toutes les façons lorsqu'on parle normalement on parle en prose. On voit donc que l'existence d'un produit étant préalable à son appellation, les stations de radio ne peuvent donc pas avoir inventé le smooth jazz.

Un bref retour historique nous aiderait à voir que le smooth jazz est non seulement une forme de jazz, au même titre que les autres formes de jazz comme le bebop ou le hardbop, mais qu'il correspond tout simplement au jazz contemporain.

Le bebop (Charlie Parker, Thelonius Monk, Dizzy Gillespie et autres) laissa très vite la place au style « cool» (Miles Davis, John Lewis, Dave Brubeck, Stan Getz et autres) du début des années 50, qui lui-même succomba à la pression du blues et du gospel ambiant pour donner naissance au hardbop, à la suite du pianiste Horace Silver (fondateur de Jazz Messengers en 1955 avec le batteur Art Blakey).

Leur but avoué était justement d'injecter au bop des doses de gospel, de blues et surtout du R&B, pour rendre leur musique encore plus populaire, ouvrant ainsi la porte à la soul jazz et sa cohorte de musiciens comme l'organiste Brother Jack McDuff et George Benson son guitariste.

Cependant, la soul jazz acquiert ses lettres de noblesse avec la création du label CTI (Creed Taylor Inc.) en 1967 par Creed Taylor, producteur de Coltrane en 1961, de l'album de Stan Getz qui gagna trois Grammy Awards en 1964, et de l'album de Wes Montgomery (principale influence de George Benson) en juin 1967 intitulé « A day in a life».

En outre, étant donné que les musiciens de la soul jazz étaient des musiciens du hardbop, qui étaient eux-mêmes ceux du bebop, et ainsi de suite, tous les barons de la soul jazz et du hardbop se sont retrouvés à un moment ou à un autre chez CTI dans le mouvement «fusion».

L'un des principaux arrangeurs de ce mouvement n'était nul autre que Bob James, le fondateur de Fourplay, découvert en 1962 par Quincy Jones, qui le présenta à Creed Taylor en 1973. Bob James sera l'arrangeur de Ron Carter, Hank Crawford, Eric Gale, Johnny Hammond, Freddie Hubbard, Hubert Laws et Stanley Turrentine, entre autres.

Trois évènements vont propulser le jazz contemporain tel qu'on le connaît de nos jours. Premièrement, la sortie en 1974 de « Mister Magic» du saxophoniste Grover Washington Jr. Sur cet album, outre Bob James (arrangements et claviers) il y a Harvey Mason (batterie), un autre pilier de Fourplay.

Ensuite, en 1976, le monde découvre « Breezin'» de George Benson (production : Tommy LiPuma). Enfin, l'arrangeur Dave Grusin et le producteur Larry Rosen créent GRP en 1976, qu'ils cèdent à MCA en 1990, et à Verve en 1999. Tommy LiPuma qui prend la direction de GRP en 1994, sera l'un des producteurs les plus prolifiques : de George Benson à Diana Krall, en passant par David Sanborn, Michael Frank ou Anita Baker.

Discographie de Fourplay

1991: Fourplay (Warner Bros)
1993: Between The Sheets (Warner Bros)
1995: Elixir (Warner Bros)
1997: The Best of Fourplay (Warner Bros) 1998: 4 (Warner Bros)
1999: Snowbound (Warner Bros)
2000: ...Yes, Please! (Warner Bros)
2003: Heartfelt (Arista/Bluebird)
2004: Journey (Arista/Bluebird)
2006: X (Arista/Bluebird) 2008: Energy (Heads Up)
2010: Let's Touch The Sky (Heads Up)
2012: Esprit De Four (Heads Up)

 
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