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Confiance envers la transaction Rona-Lowes?

05/02/2016 03:13 EST | Actualisé 04/02/2017 05:12 EST

Cette transaction soulève plusieurs questions qui interpellent la confiance :

  • Avez-vous confiance en la décision du Conseil d'administration (CA) de Rona?
  • Avez-vous confiance dans les engagements de Lowes?
  • Avez-vous confiance dans l'avenir des parties prenantes de Rona?
  • Avez-vous confiance dans l'avenir de nos entreprises québécoises?

Le conseil d'administration de Rona

Nous pouvons être passablement rassurés sur la décision prise par le CA de Rona. Autant de personnes compétentes, expérimentées et possédant des expériences diversifiées sont nécessaires lorsqu'une décision aussi importante doit être prise : Madame Suzanne Blanchet, qui a le sang vert de Cascades, Jean-René Halde PDG de la BDC qui est sensible aux enjeux des entreprises québécoises, Robert Sawyer lequel a reçu de nombreux prix et reconnaissances au cours de sa carrière, Robert Chevrier dont la réputation est excellente, etc.

Malheureusement, devant les médias le président, Monsieur Chevrier, a eu le mauvais réflexe, comme l'avait fait le président d'Alcan à l'époque de son acquisition par Rio Tinto, de déclarer que la transaction est dans le meilleur intérêt des actionnaires. Cette déclaration, si elle est corroborée par les procès-verbaux dans lesquels l'on apprendrait que le CA n'a pas pris en compte les autres intérêts en jeu, pourrait entraîner la responsabilité juridique des administrateurs et même faire avorter la transaction d'un point de vue juridique.

En effet, depuis deux décisions de la Cour Suprême du Canada (2004 l'arrêt Wise; 2008 l'arrêt BCE), la notion de l'intérêt d'une organisation est devenue d'une importance stratégique, juridique et éthique. Un CA a désormais la responsabilité de voir au meilleur intérêt de l'organisation, lequel implique l'intérêt des actionnaires, mais aussi les intérêts des employés, créanciers, fournisseurs, gouvernements ainsi du grand public. Il est légitime que les employés, fournisseurs, créanciers et le grand public demandent si leurs intérêts ont été tenus en compte.

Les engagements de Lowes

Bien entendu, il existe une présomption de bonne foi envers Lowes. Mais il ne faut pas non plus faire preuve d'une confiance aveugle. Il y a trop d'intérêts en jeu. Il y a trop de précédents désappointants, comme Alcan, Produits forestiers Résolu (anciennement AbitibiBowater), etc.

La parole de la ministre Anglade ne peut être suffisante et les énoncés médiatiques de Lowes sont beaucoup trop vagues et subjectifs.

Lowes devrait nous rassurer sur la fermeté de ses engagements et ceux-ci devraient être accompagnés de sanctions en cas de non-respect. Un exemple? Lorsque Michel Nadeau, Directeur général de l'IGOPP, était à la Caisse de Dépôt et qu'il négociait l'achat de Provigo par Loblaws, il avait invité avec succès l'acquéreur à s'approvisionner à 50 % au Québec pendant une période de 10 ans. Qu'en est-il de Rona? A-t-on protégé l'approvisionnement auprès des petits fournisseurs de vis et de boulons?

Récemment, j'étais informé que le plus gros fonds souverain au monde, le fonds de pension public norvégien, s'était désengagé auprès de 73 entreprises en 2015, jugeant leur impact social ou environnemental néfaste. De même, lorsque la famille Molson investit dans une entreprise, celle-ci dispose de grands principes d'investissements dont l'un est la contribution à la communauté. Qu'en est-il de la Caisse de Dépôt et d'Investissement Québec dans le cas Rona? Ont-ils joué un rôle social actif qui dépasse le rendement des investissements de leurs déposants?

L'avenir des parties prenantes de Rona

Bien entendu, quelques gros fournisseurs y trouveront une opportunité de prendre de l'expansion sur le marché américain. Mais qu'en est-il pour les petits fournisseurs? Des petites quincailleries familiales de quartier?

Rona verse probablement une vingtaine de millions à des firmes locales d'avocats, de comptables, de communications, de ressources humaines, etc. Des emplois de savoir, de haut niveau et bien rémunérés. Lowes préférera-t-il donner ses mandats aux firmes de Caroline du Nord avec lesquelles il fait des affaires depuis des années?

Le gouvernement du Québec et les déposants de la Caisse de Dépôt tirent un excellent investissement à court terme de cette transaction. Mais sur 10 ans, le Québec y perdra-t-il 500 millions $ en impôts?

Ces quelques interrogations illustrent à quel point une telle transaction n'est pas banale et peut avoir des impacts sur un grand nombre de parties prenantes.

L'avenir de nos entreprises québécoises

Le premier ministre se veut rassurant en disant que plusieurs de nos organisations font des acquisitions à l'étranger et qu'il y a un équilibre. Il s'agit du libre marché.

Mais une sommité en gouvernance, Monsieur Yvan Allaire, dénonce depuis des années le fait que le Québec est l'un des endroits où il est le plus facile de faire des acquisitions. La plupart des états du pays de l'Oncle Sam ont adopté des législations beaucoup plus protectrices. Or à une époque où le dollar canadien est pratiquement à un creux historique, le danger est imminent et devient encore plus important.

L'inaction de nos gouvernements des vingt dernières années est déplorable, mais si celle-ci se poursuit elle deviendra dramatique pour notre avenir. Si une valse d'acquisitions de nos entreprises devait se produire au cours des prochaines années, nous perdrions collectivement une grande partie de notre richesse collective bâtie au cours des trois dernières décennies.

Il est temps d'avoir une stratégie visionnaire de 15 ou 20 ans pour nos entreprises actuelles et les futures gazelles de demain.

En terminant, l'événement Rona est important parce qu'il nous fait réfléchir et espérons qu'il nous fera agir. Sinon le Québec deviendra la maquiladora au nord des États-Unis...

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