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Entretien avec Pierre Bruneau: «La vraie confiance, c'est la confiance collective»

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Le 11 mai 2015, je rencontrais Pierre Bruneau pour lui remettre deux prix hommages pour souligner qu'il avait été choisi, par les Québécois, en tant que personnalité ayant contribué à améliorer la confiance du public dans le secteur de l'information et du journalisme ainsi que dans le milieu caritatif et social. Voici les principaux moments de cette entrevue.

Que représente pour vous cette reconnaissance?

Je suis très honoré par cette reconnaissance et je l'apprécie beaucoup. Les résultats sont toujours stimulants, mais ce que je préfère c'est de voir les noms de tous les autres récipiendaires parce que ceux-ci représentent un bassin de gens qui s'impliquent socialement, ce qui est très important pour notre société. Ce que j'ai vécu avec mon fils Charles m'a amené à m'impliquer, d'abord pour lui, mais ensuite pour tous les autres enfants qui sont atteints du cancer.

Qu'est-ce que la confiance pour vous?

Dire que j'ai confiance en moi c'est une chose, mais la vraie confiance, c'est la confiance collective. La confiance est toujours un engagement solidaire. Lorsque tu t'engages, tu inspires de la confiance aux autres, et eux la rendent en retour. C'est de cette façon que l'on est capable de faire quelque chose ensemble. C'est la raison pour laquelle je considère cet hommage comme en étant un d'équipe.

Quelle place prend la confiance à la Fondation Charles Bruneau?

La confiance est un enjeu très important. Parce que c'est aux enfants que tu accordes ta confiance. Mais en même temps, ce sont eux qui, en retour, nous inspirent confiance et qui nous disent d'arrêter d'agir comme des enfants! Nous aurions intérêt à les écouter, parce qu'ils ont tellement de messages étonnants à nous transmettre. Je me suis mis à parler, à donner une voix à ceux qui n'en avaient pas. Le cancer, à cette époque, était un sujet tabou. Quand les enfants mouraient, on marquait seulement qu'ils étaient morts à la suite d'une longue maladie. Nous, au contraire, on s'est dit qu'en étant entendus, les enfants allaient pouvoir encore mieux se battre. C'est comme cela que nous avons commencé à donner une voix.

Donner le nom de votre fils à la Fondation, c'est une marque de confiance?

Donner le nom de son fils et sa voix à une fondation, c'est un geste important. Dans le milieu, si l'on veut être entendu et être crédible, il ne faut pas qu'il y ait le moindre doute. Il faut jouer à livre ouvert, être totalement transparent. L'intégrité doit être totale. Pour que les gens aient confiance, il faut leur expliquer ce que l'on fait. Nous avons investi beaucoup d'efforts pour construire cette confiance et il faut la maintenir. Lorsque l'on regarde les résultats, on constate que la confiance est toujours au rendez-vous. Lors de la création de la Fondation, il y avait 30% de chance de guérison. Aujourd'hui, c'est plus que 80%! Le rêve de Charles était de trouver une façon de guérir ensemble. Je ne pensais pas que cela serait la mission d'une vie. La Fondation et moi, c'est une histoire de confiance réciproque.

Quelle place a joué la confiance dans votre carrière?

La confiance dans mon travail de journaliste puis d'annonceur de nouvelles me vient d'abord du public. Je suis, en quelque sorte, le filtre entre l'information brute provenant du journaliste et celle que je transmets au public. Par exemple, lors du 11 septembre 2001, j'ai essayé à ma façon de jouer ce filtre. J'ai tenté de gérer les émotions qui me provenaient de toutes parts, de mes collègues, de CNN, des téléspectateurs, et les miennes. Je ne pouvais dramatiser davantage. Je devais garder un certain contrôle. En somme, j'avais la responsabilité des téléspectateurs.

C'est extraordinaire d'avoir la confiance du public, mais il faut aussi celle de son patron. J'ai un lien de confiance unique et extraordinaire avec mon patron. Les valeurs de l'organisation sont mes propres valeurs. Même heure, même poste, depuis quarante ans. Fiabilité collective. Je suis bien là-dedans. Je dirais à la blague que l'on ne m'aurait pas gardé si le rendement n'avait pas été au rendez-vous. Mais il vient un temps ou le rendement et la confiance forment un tout. Petit à petit, on a construit un service solide, une équipe au sein de laquelle chaque membre avait sa place et son impact. La confiance d'équipe fut un important facteur. Aujourd'hui, si je reçois cet hommage, je le dois à l'équipe tout entière.

Quels sont les gens qui vous ont inspiré confiance?

Trois mentors m'ont permis de développer et renforcer des valeurs qui contribuent à cette confiance que les gens me portent. D'abord, la passion. J'ai eu un professeur de français au secondaire qui m'a passionné pour le français. Il était passionné par son travail et il nous a transmis cette passion. Ensuite, à la radio avec Jacques Morency, j'ai appris la rigueur. Il n'allait pas en ondes s'il avait un doute. Le travail de journaliste et celui d'annonceur se doivent d'être rigoureux. Finalement, le docteur Demers, le médecin qui a diagnostiqué, traité et accompagné mon fils jusqu'à la mort, m'a insufflé le partage des connaissances.

Vos conseils pour rétablir la confiance dans notre société?

Il faut être solide à l'égard de nos valeurs. Il faut aussi avoir du courage et croire en nos convictions. La vie est une course à relais. Chacun a sa portion de cette course à relais. On te demande d'y aller à fond, mais selon tes possibilités. Tout compte fait, pour que l'équipe remporte cette course, il faut que chacun fasse son petit bout de chemin. Pour l'enfant atteint du cancer, tout le monde aura contribué pour qu'il aille le plus loin possible. Il n'aura jamais perdu une bataille, il aura gagné la portion du trajet qui lui aura été attribuée. C'est la même chose dans la vie de tous les jours, il revient à chacun de réaliser sa portion de cette course à relais.

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