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L'affaire Lussier, du croustillant

17/10/2012 03:20 EDT | Actualisé 17/12/2012 05:12 EST
Agence QMI

Quand il annoncé qu'il y aurait du «croustillant» à la reprise des travaux de la Commission Charbonneau, son procureur en chef, Me Sylvain Lussier, ne savait pas qu'il en ferait partie. La démission-surprise de Me Lussier, alors que la Commission expose sur la place publique un réseau de magouillage, soulève des questions sur le jugement de ce dernier et, par ricochet, sur la Commission Charbonneau elle-même.

On s'attend du procureur-chef d'une commission d'enquête qu'il soit jugé d'une impartialité totale. Or, on savait depuis un certain temps que Me Lussier a représenté la Ville de Montréal contre son Vérificateur, Jacques Bergeron. La Métropole est dans l'oeil de la tempête déclenchée par Lino Zambito. Premier obstacle.

La firme d'avocats où travaille Me Lussier est associée au développement du Plan Nord et, selon Jacques Duchesneau, ex-chef de l'Unité anticollusion, le gigantesque chantier est une terre fertile pour la collusion ou s'implanterait un «réseau libéral». Surtout, Me Lussier, a eu sur sa liste de clients Asphalte Desjardins, ciblée maintenant par la Commission.

Pour éviter toute apparence de conflit d'intérêts, le procureur en chef a donc démissionné. La question c'est pourquoi maintenant?

Dès le 10 août dernier, La Presse révélait qu'il avait représenté un gros joueur dans l'industrie de la construction. Au cours de la dernière campagne électorale Me Lussier n'a pas hésité à sauter dans l'arène politique. Piqué au vif par une déclaration de Jacques Duchesneau, alors candidat de la CAQ, Me Lussier a laissé de côté son devoir de réserve et rabroué Duchesneau. «S'il avait des choses à dire, il pouvait les dire», avait-il tranché pour défendre ses procureurs. On se rappellera que Jacques Duchesneau avait déclaré que, lors de son témoignage en juin devant la Commission Charbonneau, il n'avait pu déballer complètement son sac.

Me Lussier est un plaideur de grand renom mais il est évident que certains de ses mandats antérieurs auraient dû suffire à écarter sa candidature. Le procureur en chef d'un commission d'enquête doit être inattaquable.

La Commission de France Charbonneau a manqué de vigilance. C'est, pour le moins, gênant.

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