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Le réseau Barrette

26/09/2014 03:53 EDT | Actualisé 26/11/2014 05:12 EST

Le gouvernement Couillard a continué à enfoncer deux messages clairs cette semaine: nul n'est à l'abri des compressions, pas même les médecins, et il est sérieux dans sa volonté de réduire la bureaucratie qui afflige le réseau de la santé.

Le fait que ce soit le même homme, le Dr Gaétan Barrette, qui pilote ces deux dossiers chauds en fait, de facto, le n° 2 de ce gouvernement.

Le ministre de la Santé a réussi à reprendre le milliard qu'il avait obtenu pour ses membres en tant que président de la Fédération des médecins spécialistes (FMSQ) et cela sans imposer une loi spéciale. C'est presque inespéré.

Quant au projet de loi 10 qui réforme le réseau de la santé, il est complexe. Nul ne peut dire pour le moment si la création de Centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS) est LA solution aux maux qui affligent ce réseau. On a tellement joué avec les structures de la santé au fil des réformes qu'un doute subsiste. Cependant, c'est la première fois qu'un gouvernement aplatit l'organigramme et élimine des paliers décisionnels.

Mammouth disent les opposants qui semblent oublier que le mammouth existe déjà. Les Agences, on le sait maintenant, sont éliminées de la carte et fusionnées avec les CSSS. 182 conseils d'administration passent à la trappe et le ministère composera avec 28 entités plutôt que 182. Dans ce grand brassage, 1300 postes de cadres seront soutirés de la liste de paie sans qu'il n'y ait de mises à pied.

Le Dr Barrette a insisté pour sur le fait qu'il cherche à changer une culture organisationnelle et non à comprimer les dépenses. En réalité, le 220 millions d'économies projeté à la fin de l'exercice représente un bénéfice marginal sur un budget de 37 milliards de dollars.

Quels seront les avantages pour le contribuable et le patient? La démonstration reste à faire, mais le ministre évoque la fin des guerres de clochers entre les hôpitaux et les médecins, la mise en place de guichets uniques dans une région, la fin de la multiplication des cartes dans les hôpitaux....

Le projet de loi 10 renverse, par ailleurs, le courant traditionnel et renforce le pouvoir du ministère de la Santé et par la même celui ministre. Il induit une grande centralisation et prévoit que le ministre nomme tous les directeurs généraux et tous les membres des conseils d'administration, sans compter qu'il peut intervenir dans les décisions locales. C'est un pouvoir excessif, fût-il exercé par le Dr Barrette qui a une connaissance intime du réseau.

Le retour du balancier est trop prononcé au point où on pourrait parler, non pas du réseau de la santé, mais du réseau Barrette.

Nul doute que les heures passées en commission parlementaire vont limer certains irritants de ce projet de loi. Si tout se passe comme prévu, il serait voté au printemps et il faudra des mois pour implanter la réforme. Mais, pour une fois qu'un nouveau gouvernement ose secouer les structures qui ont mené le Québec dans une impasse budgétaire. La «petite révolution» promise est commencée. «Le train est en marche», dit-on à Québec, en espérant que certains ministres «frileux» auront compris qu'il est trop tard pour débarquer.

Contrairement à 2003 sous Jean Charest (les Régies avaient été rebaptisées Agences), le Dr Barrette n'a pas lancé une opération cosmétique.

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Quelques propositions au ministre Coiteux (tirées du forum Exprimez-vous)

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