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La sauce à Michel Arsenault

27/01/2014 11:38 EST | Actualisé 29/03/2014 05:12 EDT

On s'était ennuyé de Me Sonia LeBel à la Commission Charbonneau. C'est elle qui a eu le mandat de cuisiner Michel Arsenault, ex-président de la FTQ, et son interrogatoire en cette première journée de comparution du chef syndical était assez costaud.

Agressive, incisive, documentée et un peu baveuse cette Me LeBel. D'entrée de jeu elle a cherché à désarçonner Michel Arsenault en lui demandant quelles sont ses relations avec Tony Accurso. Après une hésitation, ce dernier l'a décrit comme une connaissance et non comme un ami, malgré une proximité évidente.

La table était mise pour la journée qui s'est déroulée en deux temps. En matinée, le témoin a cherché à occuper le temps d'antenne et à passer tous ses messages, ce qui lui a valu des remontrances de Me LeBel et de la commissaire France Charbonneau.

Me LeBel qui dit qu'elle va aller prendre un café et revenir dans 15 minutes (quand le témoin aura fini de parler) et qui claque des doigts pour le ramener à l'objet de la question. Pas très orthodoxe, mais efficace.

La juge Charbonneau, excédée, qui lâche «avez-vous l'impression que vous répondez aux questions?».

Coriace et un peu arrogant, Michel Arsenault n'a rien dit de significatif dans cette portion de la journée. Après le dîner, l'ex-patron de la FTQ a d'abord paru plus enclin à répondre aux questions. Il aura fallu toutefois au moins trois bonnes heures pour lui faire admettre qu'il croit que la FTQ doit continuer d'être majoritaire et de diriger le Fonds de solidarité. Ouf!

Au passage il en profite incidemment pour régler des comptes avec Ken Pereira, Jocelyn Dupuis, Richard Goyette.

De cette première journée de comparution on retient que la FTQ n'aurait jamais fait le ménage dans ses rangs sans les révélations des médias. Une fois que les affaires (il y en a eu plusieurs) eurent éclaté sur la place publique, la direction de la FTQ était plus préoccupée par son image que par la recherche de la vérité ou la modification de ses pratiques.

Elle réagissait seulement quand elle se faisait prendre la main dans le pot de biscuits.

À titre de président de la FTQ, Michel Arsenault a fait preuve d'un grand manque de leadership. Informé que la mafia cherche à infiltrer le Fonds, via le projet de Carboneutre (pistonné par Jocelyn Dupuis- directeur général de la FTQ-Construction), Arsenault tergiverse et, comme il dit «étire la sauce». Il n'osera jamais dire à Dupuis et à ses amis que le projet est mort.

Ses explications à l'effet que je suis «un chef syndical, pas un chef de police» sont un peu courtes quand des mafieux rodent autour du Fonds.

On veut bien croire que les syndicat affiliés jouissent d'une grande autonomie, mais qui chassera les indésirables si le président de la centrale ne met pas le pied à terre?

En fait, il redoutait la réaction de la FTQ-Construction, forte de ses 70 000 membres.

Pour se couvrir les fesses, après l'épisode des notes de frais scandaleuses de Dupuis, Michel Arsenault obtient le pouvoir de vérifier les livres de la construction en mars... mais à la date du mois de novembre précédent!

Encore une fois, ce sont les écoutes électroniques qui font tomber les masques. Ainsi, Arsenault dit à son interlocuteur qu'ils vont se parler en «parabole» et que Richard Goyette (qui a succédé à Dupuis à la FTQ-Construction) «prend ses ordres du moineau». Ce moineau omniprésent c'est Raynald Desjardins. Sidérant!

On comprend pourquoi la FTQ a tout fait pour interdire la publication de ces enregistrements et pourquoi Michel Arsenault a devancé sa retraite.

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