LES BLOGUES

Le Non de l'Écosse et nous

19/09/2014 04:17 EDT | Actualisé 19/11/2014 05:12 EST

Le Non des Écossais est porteur de changements. Les Non des Québécois, en 1980 et 1995, ont au contraire affaibli le Québec et anéanti l'espoir de changements constitutionnels.

À la fin de la campagne référendaire de 1980, le premier ministre canadien Pierre Elliot Trudeau a prononcé deux discours majeurs, à Montréal et Québec, affirmant qu'un Non serait interprété comme un Oui. Il mettait sa tête sur le billot, disait-il, tout comme celles de ses 75 députés du Québec. On connait la suite. Trudeau a réalisé son rêve en rapatriant une constitution de Londres sans l'accord du Québec qui a perdu tout pouvoir de négociation. Cela a donné une Charte des Droits et une formule d'amendement qui cadenasse l'avenir.

Le camp du Non était dirigé par Claude Ryan, chef du Parti libéral du Québec, mais ce grand penseur qui a bâti sa carrière sur la nécessité de donner plus de pouvoirs au Québec s'est fait embobiner par le premier ministre du Canada. Trudeau a habilement refusé de préciser à ses alliés fédéralistes ses intentions réelles suite à une victoire.

Après la défaite de 1980, le PQ de René Lévesque s'est alors retrouvé désarmé face à Ottawa.

1995 offre un scénario différent, mais ce qui étonne quand on regarde ce qui se passe en Écosse, c'est que malgré un résultat on ne peut plus serré (49,42% - 50,58%), le Québec n'a rien gagné. Le premier ministre Jacques Parizeau a démissionné au lendemain de la défaite en pointant du doigt l'argent et les votes ethniques et on est passé à autre chose.

Après une belle frousse, le gouvernement Chrétien a fait voter sa loi sur la clarté référendaire, malgré les hauts cris de l'Assemblée nationale. Ce digne successeur de Trudeau n'allait pas offrir plus de pouvoirs au Québec. On affirme maintenant qu'il a pensé proposer le concept de «société distincte» en sachant que cela ne se ferait jamais!

L'expérience écossaise démontre qu'une entente fait toute la différence pendant la campagne, et après que les électeurs ont rendu leur verdict. Une démarche commune lie l'autre partie quand la poussière est retombée, elle contient une obligation de résultat. Nul ne sait ce que contiendra la «dévolution» de Westminster, mais il y aura sûrement des gains pour les Écossais par rapport à leur situation actuelle.

Au Québec, les politiciens fédéralistes et souverainistes se sont comportés en 1980 et 1995 comme des frères ennemis et non comme des partenaires condamnés à cohabiter. L'hystérie qui avait gagné le reste du Canada n'a pas facilité les choses.

Le gouvernement du Québec a toujours refusé, de son côté, de discuter de l'organisation du référendum avec le gouvernement central. Ottawa contestait la question, les limites de dépenses, la règle universelle du 50% plus un... Avec le recul, on en déduit que c'était une erreur stratégique de ne pas s'entendre. Voilà une leçon venue d'Écosse.

Près de 20 ans après la quasi-brisure du Canada, le premier ministre Harper ne sent même pas obligé de rencontrer les premiers ministres des provinces en groupe! Il est bien amusant par ailleurs d'observer tous des ténors souverainistes devenus, soudainement, partisans de la clarté absolue, et ce dans un parti qui a épuisé toutes les astuces politiques pour arracher un Oui.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Référendum sur l'indépendance en Écosse: les Unes du lendemain (2014)

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter