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Le grand plan du Dr Barrette

07/02/2015 05:44 EST | Actualisé 09/04/2015 05:12 EDT

On ne me fouettera jamais pour avoir écrit ce texte. Raif Badawi, lui, a été condamné à 1000 coups de fouet et 10 ans prison pour avoir blogué.

Le gouvernement Couillard sera jugé sur le redressement des finances publiques, mais pour beaucoup sur sa capacité à corriger les problèmes du système de santé. On l'a vu avec l'adoption forcée du projet de loi 10: la résistance au changement est forte et réunit les fédérations de médecins, les syndicats, le Collège des médecins... «Il n'y a que les patients qui sont de notre bord», se confortait cette semaine une source politique.

Et ce n'est que le début d'une réforme majeure menée tambour battant par le Dr Gaétan Barrette. Le problème avec cette réforme, c'est que ses éléments sont imbriqués l'un dans l'autre et que peu de gens sont en mesure de voir le portait d'ensemble, la «big picture».

Le ministre a mentionné plusieurs fois durant l'étude, article par article, de la loi 10, qui abolit les agences de santé, qu'il fallait attendre les prochaines décisions du gouvernement pour en saisir la cohérence interne. Peut-être a-t-il raison, mais encore faut-il en convaincre les gens du milieu en faisant preuve de transparence.

Il est évident qu'il y avait un palier de trop dans notre régime. Au départ, on devait transférer du personnel dans les agences (ou régies) et diminuer le poids du ministère de la Santé. En pratique, les deux réseaux se sont engraissés et ont multiplié la bureaucratie. Ceci dit, je ne suis pas encore convaincu que la création de CISSS (quel drôle de nom), les Centres intégrés en santé et services sociaux, soient LA solution, mais bon.

Le prochain gros morceau, et les oppositions auraient dû se garder des munitions, c'est le projet de loi 20 qui impose des quotas aux médecins généralistes dans le but d'offrir à la population des médecins de famille.

Ça prenait l'ancien président des spécialistes pour prendre de front les omnipraticiens. Il est difficile de justifier le fait que les services à la population diminuent depuis des années alors qu'on augmente le nombre de généralistes et leur rémunération. Bien que payés avec des deniers publics, les médecins ne sont pas des fonctionnaires et répugnent à se faire contrôler par le gouvernement.

Le gouvernement et le ministre se sont engagés, par ailleurs, à créer 50 super cliniques, à faire de la place aux super infirmières, à contenir le coût de l'assurance-médicament et à modifier le mode de financement qui a cours dans le réseau. Le financement à l'acte, le mode actuel, créerait une pression indue en amenant les médecins à multiplier ces actes. Comme nombre d'autres juridictions l'ont fait, le Québec préconise un financement à l'activité.

L'escarmouche sur le projet de loi 10 n'était donc que le premier acte. Le recours à un bâillon est inhabituel avant le début d'une session, mais c'est un moyen parlementaire utilisé par tous les partis et sera vite oublié. La guérilla menée par le Parti québécois en commission parlementaire a conduit à l'accélération de son adoption. Le gouvernement anticipe incidemment une économie de 55 millions de dollars dès cette année, ce qui explique la précipitation.

Le système de santé du Québec a été ausculté par plusieurs groupes de travail qui ont produit des rapports aussi sérieux qu'empoussiérés. La dernière réforme d'un telle ampleur remonte au «virage ambulatoire» du ministre Jean Rochon en 1998 qui visait à sortir le plus rapidement possible les patients des centres hospitaliers. Des hôpitaux ont fermé leurs portes, d'autres ont été fusionnés. Malheureusement, l'argent n'a pas pris le virage tel que promis.

On ne verra pas les résultats concrets de la réforme Barrette avant la fin du mandat libéral et il pèsera lourd dans son bilan. Les libéraux ont beaucoup promis à ce chapitre. Entre-temps, le ministre Barrette assure sa mainmise sur le réseau et nous demande un acte de foi dans son Grand Plan.

Croisons-nous les doigts.

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