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Le gouvernement forcé d'agir

22/01/2015 08:29 EST | Actualisé 24/03/2015 05:12 EDT

On ne me fouettera jamais pour avoir écrit ce texte. Raif Badawi, lui, a été condamné à 1000 coups de fouet et 10 ans prison pour avoir blogué.

Ça veut dire quoi être «imprégné» des valeurs de l'Arabie saoudite? Être partisan de l'application de la charia? Fouetter au sang les blogueurs dissidents? Interdire des religions? Obliger les femmes à se couvrir en public?

Le chef intérimaire du Parti québécois, Stéphane Bédard, a démontré hier le risque de dérive quand on aborde les questions sensibles comme la laïcité ou l'intégrisme religieux. À la fin du caucus de son parti, il a attribué les atermoiements du premier ministre Philippe Couillard sur cette question au fait qu'il a été «imprégné des valeurs saoudiennes» durant les années qu'il a passées dans ce pays. Il en a ajouté en lui demandant de ne pas «importer» ces valeurs.

Quel manque de jugement! Visiblement les députés péquistes, principalement les prétendants à la direction, s'étaient donné le mot pour «coincer» le premier ministre

L'opinion publique, elle, force la main du gouvernement Couillard qui est contraint d'inclure un projet de loi sur la laïcité dans son calendrier parlementaire. Le sondage Cogeco a clairement démontré que les citoyens veulent être rassurés et que le premier ministre agisse dans le dossier de l'identité. C'est une question émotive et le traumatisme qui a suivi les événements de Charlie Hebdo a propulsé l'appui à une nouvelle mouture de la Charte des valeurs.

Nous entrons ici dans le domaine de la perception, car le fait de bannir les signes religieux dans le secteur public ne permet pas de traquer les terroristes en puissance. Mais un gouvernement doit tenir compte des perceptions et le gouvernement Couillard manque décidément de flair en ces matières.

Bien maladroitement, le premier ministre a laissé entendre, depuis l'Europe, qu'un projet de loi serait adopté avant la fin de son mandat. Les libéraux s'étaient engagés à agir rapidement et présenter une version améliorée du projet de loi 94. Depuis quelques jours, le gouvernement a rajusté le tir et annoncé qu'un projet de loi sera déposé lors de la session du printemps... si la législation tient la route constitutionnelle.

Ce gouvernement aborde le dossier de l'identité que lorsqu'il y est poussé. D'autres chefs du PLQ n'ont jamais hésité à jouer la carte des valeurs de la nation que ce soit Robert Bourassa, Claude Ryan ou même Jean Charest. Philippe Couillard serait plutôt dans la ligne de pensée d'un Daniel Johnson à ce chapitre.

Au plan stratégique, le gouvernement n'a aucun intérêt à reporter dans ce débat à quelques mois des prochaines élections, dans trois ans, avec les risques que cela comporte. Au bunker, on se résigne donc à une reprise de session le 10 février qui sera «teintée» par un débat sur la neutralité de l'État. Car le Parti québécois exploite le filon identitaire au maximum. Mais il erre complètement et se discrédite quand il affirme, comme le fait le chef intérimaire Stéphane Bédard, que le premier ministre Couillard est «imprégné des valeurs saoudiennes».

La grogne des régions

Le dossier le plus chaud est toutefois celui de la grogne grandissante des régions. Le mouvement «Touche pas à ma région» fait des petits et a rallié deux ex-ministres, Nathalie Normandeau et Pierre Corbeil. C'est embêtant pour un gouvernement qui s'est défini comme celui des régions et un premier ministre qui a choisi de se faire élire à Roberval.

Élimination des CRÉ (Conférences régionales des élus) des CLD, des Agences de santé, compressions dans les cégeps... les régions sont mécontentes et se mobilisent contre le gouvernement. Le ministre Pierre Paradis (Agriculture, Pêcheries et Alimentation) a été désigné pour faire le tour du Québec et éteindre les feux qui couvent.

Il faut s'attendre, par ailleurs, à une série d'annonces d'investissements un peu partout au Québec pour marquer que le gouvernement est en mode relance.

On parle beaucoup d'un printemps chaud en raison des négociations du secteur public, mais ce n'est pas la première fois que l'on anticipe, à tort, le chaos social (c'était le cas cet automne avec le projet de loi sur les régimes de retraite au municipal).

Le moment fort de cette session sera sans nul doute la présentation du budget. Un «moment charnière», dit-on dans les milieux informés. On y inclura le rapport de la Commission Godbout sur la fiscalité. Ce budget pourrait être dévoilé avant celui du fédéral, repoussé en avril, car les chiffres de la péréquation sont connus depuis décembre, mais la décision est à venir.

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