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La commission Charbonneau exagère

28/01/2015 09:17 EST | Actualisé 31/03/2015 05:12 EDT

La commission Charbonneau mine sa crédibilité et sa pertinence en étant incapable de produire un rapport final dans un délai raisonnable.

Sous l'administration Marois, la commission présidée par la juge France Charbonneau avait demandé, et obtenu, une prolongation de 18 mois pour mener ses travaux. Forcée de présenter un rapport intérimaire, la commission avait réagi en produisant un rapport bidon, farci de généralités, pour justifier cet «extra» de travail.

Elle demande maintenant 7 mois supplémentaires pour présenter ses conclusions prévues fin avril. La commission Charbonneau établirait ainsi un record de longévité de quatre ans sans compter que son enveloppe budgétaire pourrait atteindre 50 millions$. C'est ce qu'on appelle ambitionner sur le pain bénit.

La commission était indispensable pour étaler sur la place publique un système de corruption et de collusion qui avait prospéré et siphonnait l'argent public. On a aussi démontré que les partis politiques ont largement profité des prête-noms pour engraisser leurs caisses électorales.

Les travaux de la commission ont donné lieu à des révélations spectaculaires et fait parader des ripoux. Toutefois, elle n'est pas à l'abri de la critique et s'est terminée en queue de poisson.

Cela tient pour beaucoup à sa méthode de travail assez incohérente. Changement de procureur en chef en pleins travaux de la commission (remember Denis Gallant), réputations salies inutilement (pourquoi avoir publié la liste des membres du club 357C si on n'a rien à leur reprocher? Guy Chevrette épinglé par Gilles Cloutier?), affirmations non corroborées, témoins chouchoutés (Rambo pendant 5 jours), refus de faire entendre rapidement les autres versions...

Un des témoins-clés, Gilles Cloutier, est maintenant étiqueté menteur pathologique en cour et cela rappelle le témoignage d'un autre fabulateur, Martin Dumont, qui a coulé le maire Gérald Tremblay. On se demande encore pourquoi des acteurs de premier plan comme Jean Charest ou l'argentier Marc Bibeau, Pauline Marois et son mari Claude Blanchet, notamment, n'ont pas été entendus au terme des audiences publiques.

Pendant tout ce temps, le Québec baignait dans un climat délétère qui a miné la confiance du public dans ses institutions.

Somme toute, la commission s'est traîné les pieds et elle n'a nulle envie d'accélérer le pas. Un de ses effets collatéraux des travaux aura a été d'affaiblir des firmes d'ingénieurs et des entreprises de construction québécoises. Bien sûr les entreprises fautives doivent payer pour leurs crimes, mais on doit s'assurer aussi que le médicament ne tue pas le malade.

Comment se fait-il que le rapport final demande 7 mois supplémentaires alors que les principaux responsables ont déjà reçu des préavis de blâme qui, incidemment, se sont retrouvés dans les journaux? Vivement qu'on tourne la page et que l'on passe à autre chose, surtout qu'un chapelet de législations est venu corriger, au fur et à mesure, les abus sans attendre les conclusions de la commission.

Le gouvernement libéral n'a pas le choix de donner une extension, mais il devrait exiger un rapport avant la Saint-Jean.

Le spectacle a assez duré.

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