LES BLOGUES

Garon, LE ministre de l'Agriculture

02/07/2014 09:54 EDT | Actualisé 01/09/2014 05:12 EDT

Peu de ministres ont été aussi associés, toute leur vie, à leur premier ministère. C'est le cas de Jean Garon avec l'Agriculture et l'Alimentation.

Pourtant rien ne destinait en 1976, cet économiste et professeur de droit de l'université Laval à diriger le ministère de l'Agriculture. En formant son cabinet le premier ministre René Lévesque avait créé une surprise en arrêtant son choix sur le député de Lévis.

On raconte que René Lévesque avait jugé, qu'outre ses compétences, Jean Garon avait le physique de l'emploi. À l'Agriculture on a tendance à choisir des ministres bien portants.

Beaucoup de Québécois ont cru, et croient encore, que Jean Garon était un authentique fermier qui faisait son «train» le matin.

Beaucoup s'en faut. Jean Garon était, par contre, un bourreau de travail qui dévore les dossiers et il s'applique à tout connaître de son ministère.

C'est lui qui va piloter l'importante loi sur le zonage agricole qui protège les meilleures terres du Québec contre les développeurs. Cette législation sera vivement débattue et il sera accusé maintes fois de «peinturer le Québec en vert».

Il sera le précurseur de ce qu'on appellerait maintenant la souveraineté alimentaire.

Le style Garon a fait école. Le complet trois pièces, les pouces dans les proches, le ministre a de la répartie comme l'ont appris bien des critiques à leurs dépens. Il ne faut pas fier à son ton gouailleur car Jean Garon défend son domaine férocement.

Je ne rappelle d'une conférence économique à Ottawa (et oui ça existait) avant le référendum de 1980.

Pierre-Elliot Trudeau regardait d'un oeil un échange entre Garon et son pendant fédéral, Eugene Whelan. Trudeau saute dans la discussion et se met à vanter les vertus de l'économie canadienne.

«Qu'est-ce que vous faites du poulet à embrocher?», lui rétorque Garon qui explique au premier ministre canadien que le poulet produit au Québec coûte moins cher aux Japonais! La pause du dîner a mis fin à cet échange assez surréaliste. Jean Garon ne s'est pas démonté et décontenancé Trudeau.

Jean Garon a toujours eu une image de bonhomme sympathique et près du peuple. Bourru, il était pourtant dur avec son entourage qui ne pouvait supporter bien longtemps ses horaires déments et ses relations avec les journalistes étaient acrimonieuses.

Taillé tout d'un bloc, il était allergique à la langue de bois et aux courbettes et aussi imprévisible que Régis Labeaume.

On se rappelle de ses bon coups mais moins de ses mauvais comme le projet de construire un traversier en aluminium pour relier les Iles-de-la-Madeleine (un bateau de tole, raillaient les Madelinots).

C'est un indépendantiste de la première heure, un riniste. Dans ces années trouble Jean Garon était proche des éléments les plus militants de l'université. Il a confondé le RIN en 1962 (Rassemblement pour l'indépendance nationale), puis le Ralliement nartional en 1964. Il est l'un des fondateurs du Mouvement souveraineté-association (MSA) et, donc, du Parti québécois (1968).

Jean Garon vouait une grande admiration à Lévesque. Il va se présenter à sa succession en 1985 mais finira troisième, derrière Pierre-Marc Johnson et Pauline Marois.

On l'oublie mais Jean Garon est devenu le ministre de l'Éducation de Jacques Parizeau en 1994. Il délaisse la politique provinciale après le référendum de 1995 et se fait élire maire de Lévis.

LE ministre de l'Agriculture le plus marquant du Québec n'est plus.

Il en reste moins de ces défricheurs du mouvement indépendantiste québécois.

VOIR AUSSI SUR LE HUFF POST

Photos d'archives de Jean Garon


Retrouvez les articles du HuffPost sur notre page Facebook.

data-href="https://www.facebook.com/HuffPostQuebec" data-send="truedata-width="570"data-show-faces="false"data-font="arial">



Comment connecter son compte HuffPost à Facebook pour pouvoir commenter?