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Un référendum sur l'austérité, mais pourquoi donc?

06/01/2015 04:24 EST | Actualisé 08/03/2015 05:12 EDT

Tenir un référendum sur l'austérité libérale, comme le suggère l'éditorialiste André Pratte dans La Presse, reviendrait à renier le résultat de l'élection du 7 avril.

Les Québécois ont donné un gouvernement majoritaire à Philippe Couillard qui peut miser sur l'appui tacite de la CAQ dans son programme de réduction des dépenses publiques. Le score combiné du PLQ et de la CAQ faisait 65% et les deux partis représentent 92 des 125 députés à l'Assemblée nationale. C'était il y a neuf mois à peine.

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L'atteinte de l'équilibre budgétaire est un projet du Québec, et non un projet libéral, la preuve étant que l'ex-ministre des Finances, Nicolas Marceau, l'avait inscrit dans son budget. Reporté au pouvoir, le PQ de Pauline Marois se serait retrouvé devant la même impasse et aurait été contraint de sortir les grands ciseaux. La manière aurait été différente, mais c'est rêver que cela se fait sans douleur.

On peut reprocher aux libéraux de nous avoir menti durant la campagne électorale en enjolivant le portrait, mais cela n'en fait pas pour autant un gouvernement illégitime. En 2003, pour bloquer la réingénierie de l'État, les syndicats et la mouvance de gauche avaient utilisé le même argument avec la campagne «On n'a pas voté pour ça». Le gouvernement d'alors avait plié les genoux.

Les grandes centrales syndicales ont lancé l'année 2015 en agitant l'épouvantail du désordre social. Dans certains milieux on s'est mis à rêver d'une réédition du printemps 2012. On dit que l'histoire a tendance à se répéter, mais encore faut-il que les mêmes conditions soient réunies. En 2012, le gouvernement Charest était en fin de course après neuf ans au pouvoir et miné par des allégations de corruption. Les anti-libéraux n'ont eu qu'à souffler sur la braise de la hausse des frais de scolarité.

Au début de l'automne, les syndicats des policiers et pompiers nous annonçaient un bordel si le projet de loi 3 était adopté. Leur contestation s'est brisée sur l'indifférence générale et sur la conviction qu'ils sont des privilégiés.

La mesure la plus récente de l'opinion publique date du 13 décembre et a été publiée par Le Devoir. Le sondage Léger Marketing a testé l'appui à sept mesures imposées par le nouveau gouvernement. Les Québécois adhèrent à la pièce à ces mesures, par exemple, gel du salaire de la fonction publique pour 2 ans (63-32), modifications aux régimes de retraite (54-34), modulation des frais en CPE (58-38)... Au total, l'action du gouvernement est soutenue par 46% des répondants.

Le Devoir en concluait que les libéraux perdent des plumes, mais que l'austérité convient aux Québécois.

À première vue, il peut être tentant de proposer un référendum sur l'austérité pour désamorcer une crise sociale appréhendée. Pourtant, il est difficile d'imaginer les libéraux, qui ont démonisé le concept de référendum durant toute la campagne électorale, y recourir après quelques mois au pouvoir. Il faut imaginer un coût de plusieurs dizaines de millions, la constitution des camps du OUI et du NON, une campagne, des débats, des mois de plaisir.

Au plan stratégique, cela confèrerait aux centrales et à leurs alliés une tribune de premier choix. Elles ne demandent que ça.

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