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Les liens de la Commission Charbonneau

28/11/2012 04:36 EST | Actualisé 28/01/2013 05:12 EST
PC

Que le politicien qui n'a jamais été invité au 357c lève la main.

Les travaux de la Commission Charbonneau révèlent que ce club privé est le rendez-vous des décideurs québécois, qu'ils soient des élus, des hommes d'affaires ou même des syndicalistes.Après les ex-ministres Line Beauchamp et Tony Tomassi, la liste des invités s'est allongée. Pauline Marois, Jean-Marc Fournier, François Legault ont mentionné avoir choisi cet endroit discret pour tenir des rencontres privées ou de nature mondaine.

Le Club de la Garnison, à Québec, a été fréquenté par beaucoup de premiers ministres qui y tenaient salon à un jet de pierre du Parlement. On peut comprendre que des ministres ou des premiers ministres sentent le besoin de rencontrer des gens ailleurs qu'au Saint-Hubert ou à la Cage aux Sports.

Ce que laissent entrevoir les enquêtes de la Commission Charbonneau c'est que certains membres y ont tramé bien des magouilles. C'est là que Frank Zampino, président du Comité exécutif de Montréal, aurait reçu une enveloppe brune bien grasse.

Le témoignage du policier Erick Roy démontre que les acteurs de deux scandales qui ont secoué Montréal, le Faubourg Contrecoeur et le contrat des compteurs d'eau, s'y retrouvaient à répétition de 2005 à 2007.

Paolo Catania, Frank Zampino, Martial Fillion, Bernard Trépanier, Daniel Gauthier, Pasquale Fedele, André Fortin sont sous le coup d'accusations.

Line Beauchamp a défendu avec vigueur son intégrité après s'être retrouvée à la même table que Catania et Zampino. Elle affirme que cette rencontre lui permettait en quelque sorte de prendre le pouls des citoyens ajoutant , qu'il y a 5 ans, personne ne soupçonnait Zampino de malversation. Bien drôle de focus group.

Ce qui dérange dans cette rencontre c'est la présence de Pierre Bibeau organisateur du PLQ de toute éternité. L'ex-ministre de l'Éducation, de la Culture, de l'Environnement et vice-première ministre explique qu'elle misait sur le réseau de contacts de son ex-conjoint.

Le problème avec les dernières révélations c'est qu'elles ne prouvent rien à ce stade-ci. Le policier Roy a admis qu'il ne pouvait confirmer la présence des invités ou s'il a été question, lors de ces rencontres, de financement politique.

En mettant fin aux travaux de la Commission, le procureur Denis Garrant a senti le besoin de préciser que des liens seront établis par des témoignages... à la reprise en janvier. La Commission Charbonneau nous laisse donc sur une jambe pendant près de 2 mois. On constate que la Commission a franchi une étape et quitte le club des fonctionnaires verreux pour remonter la pyramide décisionnelle.

Une autre tête est tombée en marge de la Commission, celle de Pierre Duhaime, ex-pdg de SNC-Lavalin, arrêté par l'unité anticorruption- UPAC. Nous sommes ici dans les ligues majeures. La firme de génie-conseil a mené une enquête interne sur des paiements douteux qui atteignent 56 millions$ au Québec et à l'étranger ( on parle aussi de 195 millions$) et congédié son PDG.

Une tranche de 22 millions$ aurait permis à l'entreprise de mettre la main sur le contrat du CUSUM (centre hospitalier McGill) évalué à plus de 1,3 milliard$.

Line Beauchamp affirmait mercredi qu'entre temps, elle est bien consciente que «les perceptions jouent contre moi» et réclame de témoigner. Tant que les liens évoqués par Me Garrant ne sont pas établis, reste une impression générale durable. Jusqu'à présent, la Commission Charbonneau a développé sa preuve en faisant en sorte que chaque témoignage corroborait le précédent, mais il y a toujours un risque d'écorcher certaines réputations injustement.

Dommage que notre téléréalité sur la corruption fasse relâche jusqu'au 21 janvier alors qu'on touche au «croustillant».

Le 357C fait fureur sur Twitter

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