Que le politicien qui n'a jamais été invité au 357c lève la main.
Les travaux de la Commission Charbonneau révèlent que ce club privé est le rendez-vous des décideurs québécois, qu'ils soient des élus, des hommes d'affaires ou même des syndicalistes.Après les ex-ministres Line Beauchamp et Tony Tomassi, la liste des invités s'est allongée. Pauline Marois, Jean-Marc Fournier, François Legault ont mentionné avoir choisi cet endroit discret pour tenir des rencontres privées ou de nature mondaine.
Le Club de la Garnison, à Québec, a été fréquenté par beaucoup de premiers ministres qui y tenaient salon à un jet de pierre du Parlement. On peut comprendre que des ministres ou des premiers ministres sentent le besoin de rencontrer des gens ailleurs qu'au Saint-Hubert ou à la Cage aux Sports.
Ce que laissent entrevoir les enquêtes de la Commission Charbonneau c'est que certains membres y ont tramé bien des magouilles. C'est là que Frank Zampino, président du Comité exécutif de Montréal, aurait reçu une enveloppe brune bien grasse.
Le témoignage du policier Erick Roy démontre que les acteurs de deux scandales qui ont secoué Montréal, le Faubourg Contrecoeur et le contrat des compteurs d'eau, s'y retrouvaient à répétition de 2005 à 2007.
Paolo Catania, Frank Zampino, Martial Fillion, Bernard Trépanier, Daniel Gauthier, Pasquale Fedele, André Fortin sont sous le coup d'accusations.
Line Beauchamp a défendu avec vigueur son intégrité après s'être retrouvée à la même table que Catania et Zampino. Elle affirme que cette rencontre lui permettait en quelque sorte de prendre le pouls des citoyens ajoutant , qu'il y a 5 ans, personne ne soupçonnait Zampino de malversation. Bien drôle de focus group.
Ce qui dérange dans cette rencontre c'est la présence de Pierre Bibeau organisateur du PLQ de toute éternité. L'ex-ministre de l'Éducation, de la Culture, de l'Environnement et vice-première ministre explique qu'elle misait sur le réseau de contacts de son ex-conjoint.
Le problème avec les dernières révélations c'est qu'elles ne prouvent rien à ce stade-ci. Le policier Roy a admis qu'il ne pouvait confirmer la présence des invités ou s'il a été question, lors de ces rencontres, de financement politique.
En mettant fin aux travaux de la Commission, le procureur Denis Garrant a senti le besoin de préciser que des liens seront établis par des témoignages... à la reprise en janvier. La Commission Charbonneau nous laisse donc sur une jambe pendant près de 2 mois. On constate que la Commission a franchi une étape et quitte le club des fonctionnaires verreux pour remonter la pyramide décisionnelle.
Une autre tête est tombée en marge de la Commission, celle de Pierre Duhaime, ex-pdg de SNC-Lavalin, arrêté par l'unité anticorruption- UPAC. Nous sommes ici dans les ligues majeures. La firme de génie-conseil a mené une enquête interne sur des paiements douteux qui atteignent 56 millions$ au Québec et à l'étranger ( on parle aussi de 195 millions$) et congédié son PDG.
Une tranche de 22 millions$ aurait permis à l'entreprise de mettre la main sur le contrat du CUSUM (centre hospitalier McGill) évalué à plus de 1,3 milliard$.
Line Beauchamp affirmait mercredi qu'entre temps, elle est bien consciente que «les perceptions jouent contre moi» et réclame de témoigner. Tant que les liens évoqués par Me Garrant ne sont pas établis, reste une impression générale durable. Jusqu'à présent, la Commission Charbonneau a développé sa preuve en faisant en sorte que chaque témoignage corroborait le précédent, mais il y a toujours un risque d'écorcher certaines réputations injustement.
Dommage que notre téléréalité sur la corruption fasse relâche jusqu'au 21 janvier alors qu'on touche au «croustillant».
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"DIS-MOI QUI TU FRÉQUENTES ET JE TE DIRAI QUI TU ES!"
Ce précieux adage que l'on entend moins souvent certes -- cela se comprend assez... semble valoir plus que jamais aujourd'hui, au lendemain de ce charmant déballage.
Oui, "dis-moi qui tu fréquentes et je te dirai qui tu es!"
Qu'il y ait des clubs privés, cela est un secret de polichinelle, et qu'il y ait des politiciens qui les fréquentent c'est de notoriété publique. Par contre, il n'en demeure pas moins vrai qu'une ministre n'est pas supposée participer à des rencontres avec la mafia, les ripoux et le grand banditisme corporatif et professionnel, elle n'est pas supposée accepter de contributions de ces gens-là, car elle sait que cela signifie avoir ensuite les mains liées. Une personnalité politique intègre ne rencontre pas ces gens-là, elle ne mange pas avec ces gens-là et elle ne se fait pas payer de repas par ces gens-là. Une personnalité politique intègre sait cela, voilà pourquoi une personne qui fait ce que beauchamp a fait n'est pas intègre et que ce mot sonne faux dans sa bouche et que le citoyen sait en l'entendant qu'il fait rire de lui.
De quoi pouvaient-ils parler? De leur chien, chat, famille, des derniers potins ou des téléromans de l'heure? Peut-être Mme Beauchamp est-elle allée vérifier que le pouls de M. Catania était dans les normes de santé? Qu'est-ce qu'une ministre du Développement durable, de l'Environnement et de Parcs pouvait bien demander à M. Catania et M. Zampino afin d'avoir leur "pouls"? Ou est-ce l'inverse? Peut-être que ce sont EUX qui avaient quelque chose à demander à la ministre? Et si il s'agissait de financement de parti ou (pire encore) de corruption, n'aurait-il pas fallu que Mme Beauchamp dénonce immédiatement la tentative aux autorités?
Non. À partir du moment où l'on devient membre d'un gouvernement, on n'a plus le bénéfice du doute. Le doute, c'est bon pour les personnes normales; pas pour les ministres et les officiels. Les apparences de conflit d'intérêts sont aussi dommageables que les conflits d'intérêts eux-mêmes. Elles minent la confiance du public envers toute la classe politique. Et surtout envers les membres de gouvernement qui rencontrent des gens "en privé", sans qu'on puisse savoir sur quel sujet porte réellement l'entretien.