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Niqab pas niqab, lettre à Gilles Duceppe

30/09/2015 08:00 EDT | Actualisé 30/09/2016 05:12 EDT

Cher Monsieur Duceppe,

Je fais appel à l'ancien syndicaliste en vous et à vos convictions de défenseur des droits de la personne, car syndicaliste un jour, syndicaliste toujours, cher confrère! Le Québec-pays dont vous rêvez reposera-t-il sur un État de droit? Dans vos rêves, est-il inclusif? Vous appuyez ces jours-ci une position qui me fait craindre de vivre un vrai cauchemar.

Dans une société du futur, que représente le Québec d'aujourd'hui aux yeux des Néo-Québécois comme moi, les leaders ne devraient nullement traiter les citoyens en moutons de Panurge, car c'est l'apanage des républiques antidémocratiques. Nous parlons de droits fondamentaux et cela va au-delà d'une hypothétique victoire électorale. À travers vous, j'en profite pour lancer un appel aux centrales syndicales, et même au Congrès du travail, qui défendent les droits des personnes.

J'ai consulté une femme, vous savez, une de ces pionnières qui a fini par se faire accepter dans ce qui était considéré comme une profession d'homme il y une trentaine d'années. J'ai fait appel à Maître Louise R. Guerrette, Conseillère juridique canadienne, du cabinet Lex Scripta inc. (www.lex-scripta.com), pour lever le voile sur la confusion actuelle et la position populiste adoptée par le Bloc calquant celle des Conservateurs.

De prime abord, l'avocate chevronnée fait valoir que les droits fondamentaux ne peuvent pas et ne doivent pas être tributaires de sondages. Vous savez que: «Dans plusieurs pays, ni les libertés individuelles, ni les libertés collectives ne sont prévues dans une Constitution ou défendues par les Cours lorsque les gouvernements les bafouent.»

Donc, M. Duceppe, ne soyez pas jaloux de Vladimir Poutine comme Monsieur Harper. L'ouverture d'esprit ne fait point mal. Je suis d'avis que la peur des différences que vous prônez vient ruiner tous les efforts des cinquante dernières années.

Et pourtant, si nous revenons au niqab toujours selon l'avocate: «J'encourage tous les Canadiens et Canadiennes à respecter la règle de droit et les décisions de la Cour suprême du Canada, surtout quand il est question de droits fondamentaux, car le temps porte toujours conseil en la matière».

Voici un exemple utilisé par Me Guerrette pour expliquer ses propos: «En 1946, M. Frank Roncarelli, un disciple des témoins de Jéhovah, paie des centaines de contraventions de témoins de Jéhovah arrêtés arbitrairement après avoir distribué un dépliant anticatholique. En représailles, le permis d'alcool de son restaurant est révoqué, l'entreprise de M. Roncarelli fait faillite, et Maurice Duplessis, alors pemier ministre du Québec, répond à la grogne populaire en passant une loi interdisant la distribution de dépliants religieux. Après plus de 15 ans de bataille juridique, la Cour suprême du Canada ordonne, en 1959, à Maurice Duplessis d'indemniser personnellement Roncarelli d'un montant de 118 741 $. Et, les fondements de la liberté d'expression et celle afférente à la manifestation d'une croyance prennent racine au Canada.»

La séparation du judiciaire et de l'exécutif a été consommée et nous rappelle que certains droits fondamentaux ne peuvent, ni ne doivent être à la discrétion des gouvernements ou des sondages, qu'il s'agisse du droit d'une femme de disposer de son corps ou de ses croyances religieuses, y compris dans le choix de son habillement.

L'avocate ajoute «n'oublions pas que la liberté de conscience et de religion n'est pas moins importante que la liberté d'expression, de mobilité, le droit de voter et de ne pas être détenu ou emprisonné de façon arbitraire.»

Vous, comme président d'un Québec-pays, vous opposeriez-vous à la décision d'un juge de la Cour suprême comme M. Harper, qui s'est attaqué à l'honorable juge Beverley McLachlin? Allez-vous aussi vous attaquer aux travailleurs de la fonction publique qui veillent à l'application des lois de l'immigration? Savez-vous qu'il existe déjà une procédure pour traiter les cas du petit nombre de femmes arborant le niqab?

Alors, poursuit l'avocate, «Comment donc concilier la conviction inébranlable de bon nombre de Canadiens que le port du niqab à une cérémonie d'assermentation de citoyenneté et, de fait, dans l'arène public est inacceptable et un affront à notre démocratie et au travail acharné pour assurer le respect entre les hommes et les femmes?» Me Guerrette propose la «cohabitation» des droits fondamentaux, soit défendre à la fois le droit individuel à la liberté religieuse et le droit «collectif» d'une société démocratique, par le biais de ses associations citoyennes et partis politiques librement constitués ainsi que de ses gouvernements, d'exprimer haut et fort son désir de promouvoir l'égalité et la participation citoyenne des hommes et des femmes et de mettre en place des mesures concrètes pour assurer cette égalité.

À cet égard, quelles sont les mesures concrètes que votre parti préconise pour promouvoir les droits des femmes? Pour défendre donc votre rêve d'un pays souverain, êtes-vous prêts à sacrifier une valeur aussi fondamentale de la société québécoise que le respect de la règle de droit?

Je préfère un parti qui a toujours et qui va continuer à défendre tous les droits et libertés enchâssés dans la Constitution, y compris les droits individuels dont la défense ne peut être conditionnelle aux caprices des sondages et des tendances du jour.

Je préfère un parti qui entend exercer son devoir de protéger à la fois le droit d'une femme d'exprimer sa liberté de religion et, d'un même souffle, va exercer son devoir de promouvoir et de mettre en place des mesures et des lois proactives visant l'égalité des chances entre les hommes et les femmes, notamment en exigeant la parité des genres aux conseils d'administration de sociétés fédérales publiques et parapubliques ou de societées privées, la présence aux postes décisionnels ou l'équité salariale qui n'est pas encore tout à fait réglé au Québec.

Je vous prie d'agréer Monsieur Duceppe, mes sincères salutations.

Djimy Théodore.

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