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Les mauvaises manœuvres du Dr Barrette

11/02/2015 11:49 EST | Actualisé 13/04/2015 05:12 EDT

Les Québécois savent exactement ce qui cloche avec la santé: un inacceptable manque d'accès aux soins, tant aux urgences, aux chirurgies qu'aux médecins de famille. Ils savent aussi où se situe une partie de la solution: dans la plus grande disponibilité des médecins de famille, dans la coordination avec les spécialistes, dans l'attribution de nouvelles responsabilités, notamment aux infirmières praticiennes spécialisées et aux pharmaciens.

Ils assistent, depuis 10 mois, au spectacle d'un ministre qui fait preuve d'improvisation, de manipulation et d'insolence, et ce, dans les négos comme sur les réseaux sociaux.

Le problème? L'activisme du ministre, tourné vers les structures et le minutage des journées des médecins, a un impact nul sur l'accessibilité aux soins. Pourquoi? Parce que les moyens que le ministre prend, loin d'être courageux, sont lents, laborieux, démotivants, et dépourvus de toute sincérité. Ils sont surtout improductifs et abusifs.

Prenons le cas des 2000 nouvelles infirmières praticiennes spécialisées qu'il a promises. Au rythme actuel de diplomation - 40 par année -, il faudrait 50 ans pour y arriver. Donc, plutôt que de fusionner les centres jeunesse avec les centres hospitaliers (un non-sens du projet de loi 10), le ministre devrait, de toute urgence, s'entendre avec son collègue de l'Éducation pour porter rapidement à 200 le nombre de places disponibles pour ces infirmières dans les universités.

Les pharmaciens, eux, sont prêts depuis plus d'un an à offrir de nouveaux services qui auront un effet immédiat sur l'accès. Le ministre n'a qu'à publier un décret découlant de la loi adoptée à l'unanimité en 2011 - il y a plus de trois ans - par l'Assemblée nationale. Or, il fait de l'obstruction en intégrant ce dossier dans un autre projet de loi (28) plutôt que d'agir et de permettre aux pharmaciens de faire de même. Dans la vraie vie, un geste en ce sens aurait un réel effet pour les citoyens; demandez à ceux qui peinent à poursuivre leur traitement en raison de la difficulté qu'ils ont à faire renouveler leurs ordonnances...

Dans le dossier crucial de l'accès à un médecin de famille pour le quart des Québécois qui en sont privés, le ministre s'était engagé à ce que tous les groupes de médecine de famille (GMF) respectent leurs engagements en matière de recrutement de patients avant la fin de... l'an dernier. Toutefois, on attend toujours, comme on a attendu en vain pendant neuf ans, sous le gouvernement libéral précédent, le respect des engagements directement liés à un meilleur accès. Gaétan Barrette s'est-il déjà mis dans la peau d'une personne sans médecin de famille, mais aux prises avec des symptômes inquiétants pouvant mener à une maladie grave?

Comment expliquer que le ministre ne fasse pas ce qui a donné des résultats ailleurs, ce qui relève du gros bon sens, s'il est si préoccupé par l'accès? Il préfère affirmer son autorité par un bâillon et, ainsi, écarter les questions.

Certains trouvent le ministre drôle, coloré, divertissant... entre autres le soir, sur Twitter. Mais au lieu de mettre ses énergies sur de la « structurite » ou sur ses susceptibilités intramédicales, ne devrait-il pas s'occuper de ce que nous attendons tous de lui : donner rapidement accès aux Québécois à leur propre système de santé? Car - il semble utile de le souligner - ce système n'est pas celui du ministre Barrette, c'est celui de tous les Québécois.

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