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La transparence et le financement participatif vont de pair

07/11/2013 11:50 EST | Actualisé 27/02/2014 05:12 EST

Le financement participatif par capital existe depuis toujours, mais tant que la participation se limitait à la famille, les amis et les investisseurs éduqués, le terme ne perturbait pas.

L'actualité autour du financement participatif par capital (FPC), les spéculations, les prévisions et les avis d'experts suffisent pour déclarer la fin du FPC avant même qu'il soit né. Un vent de pessimisme parcourt le continent en ce moment. Et l'opinion publique y va de bon train. «Ça ne peut pas marcher, le public n'est pas suffisamment éduqué»; «La foule fera des mauvais choix d'investissement»; «Cela ouvrira la porte aux fraudeurs qui abuseront de monsieur/madame Tout-le-Monde»; «Il n'y a pas moyen de savoir si l'entreprise sera viable...seulement après les faits». Et ainsi de suite.

Ce modèle est la chasse gardée de certains et l'information circule au compte-goutte. De ce fait, le grand public demeure dans le brouillard. Entendre la communauté financière, par exemple, parler de FPC exclut les autres membres de la société, défiant par le fait même la raison d'être du financement participatif.

Alors que nous sommes occupés à débattre de fraude et de diligence raisonnable, la plus ancienne plateforme de FPC, ASSOB, est occupée à lever des millions de dollars australiens pour les entreprises locales. Ce n'est pas la première fois que je fais référence à ASSOB (et ce ne sera pas la dernière), car ils ont tout compris. Nombreux sont les VC (pour Venture Capitalist) qui ont interviewé Paul Niederer, le CEO de ASSOB, et qui l'ont félicité pour ses réalisations. Et pourtant, alors que M. Niederer affirme, depuis son lancement en 2008, qu'aucune fraude n'a été constatée émanant de sa plateforme, nous remettons toujours en questions les mérites du FPC. Le succès d'ASSOB s'explique par la mise en place de règles :

  • Des pratiques de gouvernance rigoureuse, soit une diligence raisonnable du fondateur, des associés, de la propriété intellectuelle, etc.
  • Des coûts d'entrée. On demande à la compagnie émettrice de payer des frais au démarrage.
  • Les directeurs de la compagnie sont légalement responsables.
  • La transparence. La compagnie doit accepter de révéler de l'information stratégique aux investisseurs potentiels (notice d'offre) afin d'établir la confiance.

La transparence est une notion qui perturbe. Comme je l'ai souligné en entrevue, c'est un pilier du financement participatif. Les VC ne sont pas tous d'accord avec la divulgation d'informations, car la compagnie risquerait d'exposer sa stratégie ou son avantage sur la concurrence. Les entrepreneurs sont plus tolérants, car ils savent pertinemment que cette information est nécessaire pour convaincre les investisseurs. J'ai interviewé Gil Michel-Garcia, avocat et PDG de Wafu, la première entreprise canadienne à avoir réussi sa campagne de FPC aux États-Unis autour de la notion de la transparence. La voici:

DY: Y a-t-il une limite à la transparence lorsqu'il s'agit de solliciter des investisseurs par le biais d'une plateforme de financement participatif par capital?

GM: Le niveau de divulgation est normalement régi par un seuil de matérialité. C'est pourquoi les entreprises doivent divulguer tous les faits «matériels» qui viennent supporter la décision d'investir ou pas. En regard de la divulgation d'information financière, des états financiers des trois dernières années et préférablement vérifiés si l'offre est plus importante (supérieure à 500 000$ aux États-Unis). Par ailleurs, si les états financiers ont plus de six mois, il faudra présenter des états financiers intermédiaires non vérifiés.

DY: Comme les entreprises en démarrage ont très peu à divulguer en matière financière en raison de leur jeune âge, pourquoi faire porter la responsabilité de divulgation par les plus grandes entreprises?

GM: Les entreprises en démarrage technologiques lèvent des fonds principalement sur leur technologie et des comparatifs en terme de trafic, du nombre d'utilisateurs (etc.) au lieu des états financiers. Si elles n'ont pas d'historiques financiers, les investisseurs doivent le prendre en considération (les entreprises en démarrage présentent un risque important et vous pouvez ne pas voir de retour avant un certain temps, même parfois jamais). Les entreprises plus matures qui ont des états financiers sont tenues de les produire.

Alors voici. Que l'entreprise sollicite des dons ou des actions, le principe de transparence demeure. Vous devez vous mettre dans la peau du client, c.-à-d. les investisseurs potentiels. Que voudraient-ils savoir de votre compagnie qui leur permettra de prendre une décision? Et pour les investisseurs qui manquent de connaissances pour prendre une décision éclairée, il existe aujourd'hui des organisations pour les conseiller. Ceci étant dit, la décision d'investir est en partie liée aux sentiments et en partie liée à la raison. Les investisseurs veulent pouvoir visiter l'entreprise émettrice, communiquer avec les fondateurs, et non pas seulement se fier aux indices de performance. Et c'est un fait connu à ASSOB: «Le capital repose sur l'espoir, peut-être en trois ou cinq ans, vous en retirerez de la valeur.»

«Sur ce principe, les êtres humains doivent assumer la responsabilité de leurs décisions.» - Paul Niederer, PDG d'ASSOB.

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