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Quand le Parti québécois alimente l'islamophobie

22/09/2013 10:07 EDT | Actualisé 22/11/2013 05:12 EST

Les réactions islamophobes des derniers jours au Québec, telles que la profanation d'une mosquée, le congédiement d'une jeune musulmane portant le hidjab dans le secteur privé où elle travaillait et l'agression dans un centre commercial d'une famille musulmane vivant au Québec depuis 15 ans font sans l'ombre d'un doute ressurgir les sombres dérives vécues en Europe depuis 10 ans.

Maintenant que le projet de Charte «des valeurs québécoises» est bien lancé sur la place publique par les «craqueurs d'allumettes dans l'entrepôt de bidons d'essence» que sont les stratèges du Parti Québécois, il ne faut pas se surprendre d'une accumulation d'actes disgracieux tenus à l'endroit de la communauté musulmane québécoise.

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La banalisation honteuse ou le silence tranquille concernant ces gestes chez les ténors du Parti Québécois (PQ) donnent une caution morale aux islamophobes qui s'expriment plus ouvertement depuis le virage identitaire de cette formation politique en 2008. Virage tourné vers un nationalisme davantage ethnique que civique, qui a causé depuis nombre de défections chez le PQ au profit de Québec solidaire. Le tout conjugué à une démonisation du symbole qu'est le hidjab dans des analyses des plus binaires tenues par d'ex-ministres du gouvernement du PQ sur plusieurs tribunes et les amalgames douteux faits entre la nourriture halal et l'hygiène dans le critique du PQ en matière d'agriculture en 2011.

Nombre d'auditeurs et lecteurs de médias poubelles et de sites islamophobes n'en demandaient pas tant. Ils semblent chauffés à bloc. Il suffit de prendre connaissance des tribunes de discussions portant sur la question du port de signes religieux où on y amalgame immigration, islam et islamisme et simple hidjab avec la croix gammée, le terrorisme international, la révolution islamique d'Iran de 1979 et le danger d'adoption de noms de rues en arabe sur le territoire québécois.

Contrairement à ce qu'affirment les islamophobes actifs au Québec et ailleurs en Europe, l'islamophobie n'est pas une stratégie qui provient de la révolution islamique d'Iran de 1979 pour faire taire les critiques envers l'Islam. Le terme islamophobie remonte à aussi loin que le premier conflit mondial. Il est aussi abordé dans l'ouvrage L'Orient vu de l'Occident d'Étienne Didet et Slimane ben Ibrahim, paru en 1921.

Si les critiques des religions doivent être protégées dans une société libre et démocratique et que le libre exercice de ces critiques doit être garanti tant qu'il demeure dans un cadre légal, l'islamophobie nouvelle ou l'antisémitisme à une autre période ne relèvent plus de la critique légitime du dogme. Cette phobie de l'Islam s'est assimilée avec le temps à ceux et celles qui la représentent, aux symboles vestimentaires qui y sont reliés. Tout cela en y amalgamant la xénophobie, la culture, les origines géographiques de cette religion et le réflexe de supériorité de l'Occident versus le reste du monde.

Cette hostilité et haine envers l'Islam qui se traduit aujourd'hui dans nos sociétés occidentales par une expansion considérable, selon le Conseil européen des droits de l'Homme et des rapports publiés par l'ONU, a pour conséquences la stigmatisation, l'ostracisme, la discrimination, les préjugés et l'exclusion d'un grand nombre de musulmans et musulmanes de la sphère sociale et économique.

La stratégie des activistes anti-islam se cache en premier lieu dans des postures trop souvent malhonnêtes agrémentées de raccourcis, d'association à charge, de demi-vérités, de stéréotypes et de généralisations à outrance dans l'esprit de propagande du choc des civilisations. On entend que «l'Islam est porteur de violence», niant l'Islam pluriel et ses différents courants, dont le courant libéral, «qu'il est expansionniste, qu'il discrimine les femmes. Ce n'est pas les groupes fondamentalistes qui posent problème, mais l'Islam en tant que tel. Donc attention il y a une invasion».

Ce qui résulte en ensuite par la création volontaire d'une atmosphère de crainte, d'angoisse, de peur et de suspicion très bien entretenue par les médias en général.

Ce qui a pour conséquences de pousser l'ensemble de la communauté musulmane dans ses derniers retranchements afin qu'elle passe son temps à expliquer ce que l'Islam n'est pas plutôt que d'expliquer ce qu'elle est.

Finalement elle n'a plus le temps d'expliquer. D'expliquer ce qui distingue l'Islam de l'Islamisme, ce que les islamophobes ne veulent pas entendre, trop occupé à brandir le spectre d'une »schizophrénique» islamisation du Québec -propos tenus par le Ministre Drainville tout récemment- et ce, sans l'ombre d'un début d'une étude scientifique pour le démontrer.

Les actes disgracieux envers cette communauté au Québec se sont multipliés depuis 10 ans selon certaines études publiées dans l'ensemble du Canada, et ce sans s'affranchir de la discrimination en matière d'emploi et de logement dont elle est victime.

Le Québec doit briser ce cycle infernal de l'islamophobie avant qu'il ne soit plongé dans les bêtises haineuses provenant de l'Europe. L'intolérance expansionniste québécoise envers cette communauté a été bien illustrée dans la vaste enquête internationale musulmans en Occident, rendue public en 2009. Il s'agissant des pires résultats en la matière dans l'ensemble du Canada, ce qui devrait servir d'inspiration pour initier une large conférence québécoise sur ce phénomène.

Étant donné que le Parti québécois semble avoir adopté la voie du dogme dans ce processus d'institutionnalisation de l'ostracisme par le biais de leur charte, il apparaît tout autant urgent de remettre à l'ordre du jour les travaux et mémoires déposés à la Commission parlementaire de 2006 portant sur une politique gouvernementale de lutte contre le racisme et la discrimination.

Des instances internationales comme les Nations Unies en 2004 ont pu tenir une vaste conférence ayant pour thème le phénomène de la violence envers les musulmans et la recherche de moyens pour combattre l'islamophobie. Une Table ronde de réflexion sur l'islamophobie et l'antisémitisme organisée par la Commission européenne et l'Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes a également eu lieu en 2003 et a permis aux tribunaux d'avoir des pistes de références en matière d'islamophobie.

Avant que les allumettes allumées par le gouvernement péquiste n'atteignent en grand nombre les bidons d'essence placés par Mario Dumont et l'ADQ en 2007, il est temps d'agir si l'on veut sauvegarder la paix sociale et le dialogue entre la communauté d'accueil et la communauté québéco-musulmane.

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