LES BLOGUES

De l'importance des jouets pour le développement de l'enfant

03/12/2014 08:06 EST | Actualisé 03/02/2015 05:12 EST

La période du temps des fêtes est un bon prétexte pour parler des jouets, de leur importance et de leurs impacts positifs sur chacun des aspects du développement de l'enfant. Mon billet d'aujourd'hui traite plus spécifiquement du développement moteur parce que le jouet représente une source inépuisable de stimulation. D'ailleurs, les changements les plus rapides en ce qui concerne les interactions avec le jouet se produisent durant les six premiers mois de vie.

Il n'y a pas que le jouet qui influence le développement moteur, bien entendu, il y a aussi le tempérament de l'enfant, son état de santé, son environnement, et surtout, l'évolution de son système nerveux. Car il est important de souligner que celui-ci termine sa maturation non pas avant la naissance, mais après. Par exemple, certaines zones du cerveau sont organisées de façon transitoire jusqu'à l'âge de 6 mois. C'est d'ailleurs en partie pour cette raison que les interactions avec un même jouet sont très différentes entre celles d'un bébé naissant et un autre âgé de quelques mois. Les physiothérapeutes travaillent auprès des adultes, mais aussi des plus jeunes, notamment pour les aider à mieux bouger. Je vous présente ce qui suit comme un cri du cœur sur l'importance des jouets dans la vie des enfants.

Jouer

Jouer est un verbe riche qui se décline de plusieurs façons : jouer du piano, jouer au ballon, jouer la comédie, etc. Et de le mettre en pratique, ce verbe, nous donne l'occasion de nous amuser, d'avoir du plaisir, et ce, à tous âges. Mais pourquoi donc aimons-nous tant le jeu (et le jouet) ? Peut-être parce qu'il nous transporte vers un endroit parfois difficile d'accès : notre mieux-être. Jouer nous met dans un état d'esprit d'ouverture, presque de liberté. Comment vous sentez-vous pendant ou après un concert ou un (bon) spectacle d'humour ?

L'analogie peut sembler tirée par les cheveux pour certains, mais il se passe exactement la même chose pour l'enfant qui manipule un jouet en s'amusant. Et le plaisir croît avec l'usage. Jouer stimule l'apprentissage, cultive la mémoire, nous rend plus réceptifs et créatifs : des ingrédients indispensables à la recette secrète du développement moteur de l'enfant. Et cela devrait se mettre en place dès les premiers jours de vie, pour tous les enfants et sans exception, peu importe le milieu culturel, social et économique dans lequel ils grandissent. Jouer, c'est important comme dormir, boire et manger.

Offrir un éventail

On le sait, l'enfant peut très bien s'amuser sans jouet. Il explorera alors son propre corps, ses mains, ses pieds, peu importe : il trouvera bien quelque chose. Or, en lui proposant un éventail de jouets - ou plutôt de catégories de jouets -, il sera encouragé à reproduire une panoplie de mouvements, ce qui contribuera encore davantage à l'acquisition de capacités motrices complexes. Cela est vrai pour tous les enfants et plus spécifiquement pour ceux aux prises avec un retard de développement, une asymétrie (ex. : un torticolis congénital) ou une anomalie du mouvement due à la maladie. Un éventail de jouets permet donc à l'enfant de bénéficier d'expériences plus riches. Certains jouets amusent, d'autres piquent la curiosité, d'autres sollicitent le mouvement, l'équilibre, la force, la souplesse, la précision, etc., tandis que d'autres intègrent à la fois plusieurs de ces différents aspects. Voici une liste de quelques-unes des capacités motrices stimulées par le jouet :

- regarder le jouet

- le prendre

- toucher son corps avec le jouet

- le tenir à une main

- l'apporter à la bouche

- le tenir à deux mains

- le transférer d'une main à l'autre

- le frapper

- le pointer

- le lancer

- l'assembler

- transférer son poids d'un côté pour saisir le jouet

Découvrez les conseils donnés par Denis Fortier durant sa chronique matinale à Ça commence bien plus, sur V Télé.

Les grands explorateurs

Le monde des enfants est un univers à part entière pour lesquels les principaux intéressés jouent leur premier rôle d'importance : celui d'être de grands explorateurs. Ainsi, ils découvrent leur propre corps, puis les jouets et ensuite leur environnement. Ces différents apprentissages stimulent notamment leurs interactions avec les objets ainsi que leurs sens de la déduction. Le bébé devient rapidement un explorateur de la troisième dimension. Il touche aux jouets, les manipule, les transfère d'une main à l'autre, et ce, tout en s'attardant à leur forme, leurs reliefs, leurs aspérités, leurs textures, jusqu'à ce qu'il puisse éventuellement déduire, par exemple, que les objets ronds roulent et que les jouets pointus piquent. C'est à partir de ce moment-là qu'il finira par apprendre à moduler ses mouvements en fonction des particularités des objets. Le jouet lui permet aussi de développer son sens de l'exploration en solo, soit d'augmenter son autonomie. À force d'essais et d'erreurs, il goûtera au plaisir de faire les choses seul, comme tenir assis, ramper ou marcher vers les jouets qui l'interpellent, que ce soit une voiturette ou les armoires de la cuisine. Le goût de la découverte lui permet de sortir agréablement de sa zone de confort, de prendre des risques et d'en retirer ses principales récompenses : le plaisir et l'émerveillement.

Le mouvement et les 5 sens

Les cinq sens sont à l'origine du mouvement comme l'étincelle est à la flamme ou la goutte d'eau à la pluie. Prenons d'abord l'exemple du goût : c'est grâce à lui si la bouche est entraînée vers le sein de la mère. Il y a aussi la vision qui provoque le mouvement en faisant tourner la tête pour mieux agripper le hochet. Et que dire de la destruction mémorable du premier gâteau d'anniversaire, une démonstration par excellence de la gouverne des cinq sens. Les jouets sont des stimuli inépuisables pour l'enfant qui, bien entendu, réagit de façon unique et parfois même différemment selon son âge. Les cinq sens sont aussi à l'origine des acquisitions plus complexes comme la planification motrice. Par exemple, jouer avec un ballon stimule l'ouïe lorsque celui-ci percute le sol, la poursuite oculaire pour ne pas perdre de vue l'objet, et le sens du toucher afin d'interpréter rapidement la vitesse et la direction du déplacement. Même le nouveau-né tire parti de ses sens, comme un expert du « multitâches », en adaptant l'intensité de son agrippement en fonction de la texture de ses jouets.

Espace vital

Le très jeune bébé a une notion limitée de l'espace : il n'existe à ces yeux que les objets qui se trouvent très près de lui. Ceux-ci lui permettent notamment de prendre graduellement connaissance de cet espace, de le mesurer et de l'occuper. Cette occupation se déroule en deux étapes. Durant la première, le bébé s'imagine au centre de l'espace, comme un petit joli nombril du monde. Et c'est parfait comme ça, comme s'il y avait une force d'attraction qui attire tout vers lui. Il apporte ainsi ses jouets à sa bouche, à ses mains, près de ses yeux et, à force de refaire ces mêmes gestes, il apprend à établir les distances et à se préparer pour la deuxième étape. Celle-ci prend forme lorsqu'il commence à se déplacer. Il le fera de plusieurs façons, d'abord très discrètement, presque sans bouger, en effectuant de simples transferts de poids, comme de petits balancements. Finalement, il sortira de sa base d'appui et se déplacera vers le jouet qu'il souhaite explorer. L'enfant ne tiendra plus uniquement compte du jouet qui se rend à lui, mais aussi de sa capacité à se déplacer vers l'objet. Il arrivera même à moduler son comportement en fonction d'un air de jeu intérieur ou extérieur.

Le jeune enfant repousse donc constamment les limites de l'espace, certes maladroitement, ce qui lui permet fort heureusement de vouloir toucher les étoiles. D'ailleurs, c'est de cette manière que de plus grands se sont éventuellement rendus très loin, beaucoup plus loin, même à la Lune et (presque) jusqu'à la planète Mars. De cette façon, à la mode « astronaute », les enfants découvrent non seulement l'espace qui les entoure, mais aussi des notions plus complexes, comme celle du temps, de la vitesse, de l'accélération et des bienfaits de la lenteur ; comme quoi nos propres jeux d'enfants nous ont peut-être menés beaucoup plus loin qu'on aurait pu l'imaginer.

Denis Fortier est physiothérapeute et l'auteur du nouveau livre Conseils d'un physio.Vous y trouverez une multitude de conseils, plus de 50 exercices thérapeutiques ainsi que des moyens faciles à mettre en pratique pour prévenir et soulager vos douleurs. N'hésitez pas à visiter la page Facebook ainsi que le compte Twitter.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Des bébés mis en scène

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter