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Osez demander Monsieur Couillard!

14/12/2015 04:33 EST | Actualisé 13/12/2016 05:12 EST

2017 arrive bientôt. Ce sera le 150e anniversaire de la Confédération. Mais aussi le 375e anniversaire de la fondation de Montréal par de Maisonneuve et Jeanne Mance. Tel qu'on vous connait, surtout tel que l'on connait votre culture, vous soulignerez correctement cette fondation comme une oeuvre de civilisation française et catholique en terre d'Amérique qui a été, pour une large part, à l'origine de l'identité québécoise, une identité ouverte qui a toujours cherché à s'enrichir, sans jamais se renier, de l'apport des autres peuples, déjà ici, ou venus ici à la suite des hasards de l'histoire.

Mais, surtout, tel que l'on vous connait aussi, vous ne manquerez pas de souligner que ce peuple québécois, à titre de Canadiens français et de par son génie politique, son audace et son ouverture a été à l'origine de la Confédération canadienne dont nous célébrerons également, en cette même année 2017, le 150e.

Donc très bien M. Couillard! Mais ce serait encore mieux si vous osiez demander, disons après les fêtes, l'ouverture de la Constitution canadienne pour corriger l'erreur politique de 1982, qui par son rapatriement sans l'accord du Québec, a constitutionnalisé, par défaut, la négation de la nation québécoise.

Pour corriger cette erreur, je vous suggère d'oublier les demandes traditionnelles du Québec, soit celles de Meech et de Charlottetown qui, non seulement ont été un échec, mais dont le simple rappel agace le reste du Canada, y compris la notion restrictive et un tantinet ethnique des deux peuples fondateurs. Je vous suggère plutôt de demander que soit inscrite dans la Constitution la déclaration d'identité qui suit, en français (le Canada ayant été fondé dans cette langue) dans les deux versions officielles, ou quelque chose d'approchant:

«Depuis plus de 400 ans, à force d'espérance et de persévérance, le Québec s'est imposé au monde, non seulement comme une terre de paix et d'accueil, mais aussi de créativité et de productivité. Dans leur coeur et leur vie, depuis très longtemps, c'est la terre et la langue française qui les lient tous, et lieront toujours ces gens du pays, de façon distincte sur ce continent de verdure et, encore un peu de glace.

Et par-dessus tout, c'est la liberté qui nourrit leurs actions, la fidélité, leurs souvenirs, et le partage, leur avenir. Incidemment, par la présente déclaration, un nouveau partage est voulu avec le peuple du Canada.

Ce triple trésor de valeurs communes auquel s'ajoute la richesse de leurs valeurs fondamentales, en particulier, l'égalité de l'homme et de la femme, la laïcité... et la neutralité de l'État, obligent ce peuple du Québec, d'une rare humanité, tellement plein d'humour et, qui aime bien manger..., à défendre et à accroître, autant que nécessaire, les pouvoirs qui protègent et favorisent sa singularité au Canada et en Amérique du Nord, c'est-à-dire, ceux d'une nation souveraine.

Prenant à témoin la Constitution canadienne, par la présente déclaration, ses premiers, ses anciens (francophones et anglophones) et ses nouveaux habitants s'unissent à nouveau, aujourd'hui et pour demain, afin de développer et faire fructifier cet héritage.

Le peuple du Québec, par la présente déclaration d'identité se veut fédérateur et reconnaissant envers le Canada de lui consentir, avec les outils financiers appropriés, des pouvoirs souverains additionnels et exclusifs, en matière de langue, de culture et d'immigration.»

Si vous prenez connaissance de cette proposition M. Couillard, vous direz sans doute: qu'il est naïf de penser que le fédéral et le Canada anglais pourraient considérer une telle proposition, ou bien, direz-vous, c'est un indépendantiste qui veut se faire dire NON encore une fois, espérant par là mousser son option qui en arrache présentement.

Mais vous pourriez aussi voir les choses autrement, et croire qu'une telle revendication à l'approche du 150e aurait de grandes chances de réussir. Pourquoi? Parce que nous ne sommes plus en 1982 et que le monde a changé. Parce que, surtout, les Canadiens sont peut-être, en 2015, plus ouverts que vous ne le pensez. Parce que les Canadiens souhaitent, peut-être plus que vous ne le pensez, conserver et reconnaître au Québec, plutôt que toute autre chose, le titre exclusif de peuple fondateur du Canada en 1608, comme l'a lui-même reconnu le premier ministre Stephen Harper en 2008 lors du 400e anniversaire de Québec, et cela, même s'il leur faut en payer le prix, soit l'inclusion d'une telle déclaration dans la Constitution. Oui, même s'il leur faut constitutionnaliser ainsi un statut unique (et non particulier) pour le Québec dans le Canada, celui de province-nation.

M. Couillard, si vous osiez demander cette ouverture de la Constitution avec une telle proposition vous auriez l'appui, sans doute, des autres partis de l'Assemblée nationale. Vous auriez également, on peut le penser, une ouverture au dialogue de la part de Justin Trudeau et éventuellement des provinces canadiennes et finalement, peut-être, l'obtention de cette reconnaissance, tant souhaitée par Robert Bourassa, qu'il appelait, lui, société distincte, et enfin un motif noble et réjouissant de fêter le 150e anniversaire de la Confédération.

Si vous laissez passer l'opportunité de cette fenêtre qui s'ouvre présentement d'ici 2017, il y a peu de chance qu'il y en ait une prochaine avant très longtemps et l'impression pour le Québec de vivre, alors, dans un Canada constitutionnellement et «multiculturalistement» cadenassé risque de devenir assez rapidement insupportable. Vous ne pensez pas?

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