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Voici le problème et la solution pour cesser de fumer

Malgré des décennies d’efforts pour l’éradiquer, la cigarette est encore responsable d’environ 100 décès par jour, au Canada.

06/09/2017 06:00 EDT
Erik Jonsson / EyeEm via Getty Images
Le Canada pourrait potentiellement faire une percée en matière de santé qui aurait une importance historique, si on reconnaissait le continuum de risque de la nicotine.

À la fin du mois de juillet, la Food and Drug Administration (FDA) aux États-Unis a posé un geste remarquable, voire révolutionnaire. L'organisme a choisi d'adopter une position rationnelle à propos de la nicotine en prônant la « réduction des méfaits ». Le Canada ferait bien de lui emboîter le pas.

Au lieu de cela, on se concentre sur « l'aversion au risque » concernant la nicotine, et une telle attitude, paradoxalement, protège le commerce de cigarettes.

Malgré des décennies d'efforts pour l'éradiquer, la cigarette est encore responsable d'environ 100 décès par jour, au Canada. Le tabagisme demeure notre plus grande cause de décès évitable.

On sait depuis des décennies que si les gens fument pour la nicotine, ils meurent de la fumée. Le coupable de cette catastrophe de santé publique est l'inhalation de produits de combustion plutôt que l'utilisation de la nicotine produisant une dépendance, mais relativement inoffensive. Tout comme nous pouvons éliminer le choléra par l'assainissement des eaux, nous pouvons éviter les ravages du tabagisme grâce à des produits de remplacement sans combustion.

Un très grand nombre de fumeurs désirent réduire leurs risques et sont déjà en train de passer à de nouvelles solutions de rechange, telles que le vapotage, diverses formes de tabagisme sans fumée, la nicotine médicinale et des produits qui chauffent au lieu de brûler. À cette fin, ils doivent souvent surmonter les obstacles créés par nos gouvernements et une avalanche de messages centrés uniquement sur l'abandon.

Les produits sans fumée pourraient non seulement réduire considérablement le fardeau occasionné par les maladies liées au tabac, mais également faciliter l'abandon total de la nicotine pour ceux qui le souhaitent.

À ce jour, la réglementation canadienne a non seulement échoué à s'adapter et à faciliter la transition vers ces produits à risques beaucoup moins élevés, mais elle a aussi entravé leur développement, leur commercialisation et leur accessibilité. Les produits sans fumée pourraient non seulement réduire considérablement le fardeau occasionné par les maladies liées au tabac, mais également faciliter l'abandon total de la nicotine pour ceux qui le souhaitent.

Dr Scott Gottlieb, commissaire de la FDA, a annoncé un plan visant à réglementer les produits du tabac et de la nicotine aux États-Unis en décrétant un « continuum de risque ». Ce plan prévoit d'aider les fumeurs à passer à des produits non combustibles. Le docteur Gottlieb considère que la nicotine n'est pas uniquement le problème (en créant une dépendance), mais aussi la solution, au final. En d'autres termes, la nicotine peut être offerte de manière à permettre aux fumeurs de renoncer à ces cigarettes mortelles.

L'approche du Canada

Malheureusement, le Canada a opté pour une position malavisée d'« aversion au risque » avec le projet de loi S-5, dûment adopté par le Sénat canadien cet été et qui est maintenant en attente de l'approbation de la Chambre des communes (contrairement à la procédure parlementaire habituelle). Les partisans du projet de loi S-5 affirment qu'il s'agit d'une tentative de trouver un équilibre entre le pragmatisme et un programme centré sur l'abandon de l'usage de la nicotine. Le problème est le même que celui lié à d'autres drogues; il n'y a pas de juste milieu entre rationalité et irrationalité.

S'il est adopté, ce projet de loi rendra illégal le fait de dire aux fumeurs que les produits à faible risque comportent des risques plus faibles! Lorsque les gouvernements pensent que la solution passe irrémédiablement et irrationnellement par une approche d'aversion au risque concernant tous les produits qui pourraient représenter une solution de remplacement viable et absolument moins dangereuse, ils ratent tout simplement la cible.

Les législateurs canadiens ont fait des progrès, semble-t-il, à contrecœur, entre interdire systématiquement la cigarette électronique et créer une loi qui rend plus difficile la commercialisation de produits à risque inférieur, de sorte que moins de fumeurs abandonnent la cigarette au profit d'autres produits moins nocifs. On pourrait parler de mensonge par omission.

Si cela peut paraître excessif, sachez qu'un seul produit sans combustion a accaparé un dixième du marché japonais de fumeurs de cigarettes en moins de deux ans et que les analystes du marché prévoient que dix-huit pour cent des fumeurs opteront pour une solution sans combustion d'ici la fin de cette année. Dans l'ombre, il existe une myriade d'autres nouveaux produits à faible risque sur le marché mondial ou qui le sera bientôt.

Le Canada pourrait potentiellement faire une percée en matière de santé qui aurait une importance historique, si on reconnaissait le continuum de risque de la nicotine.

Le Canada pourrait potentiellement faire une percée en matière de santé qui aurait une importance historique, si on reconnaissait le continuum de risque de la nicotine. Ce qui nous retient n'est pas un manque de données scientifiques, de technologie, de viabilité commerciale, ni d'intérêt du consommateur, mais plutôt un manque de vision globale.

L'épidémie de tabagisme pourrait être enrayée. Au cours des vingt-cinq prochaines années, un million de décès prématurés au Canada pourraient être évités. Il est temps que nos gouvernements acceptent le tabagisme et adoptent une vision prometteuse, et qu'ils nous épargnent la honte de dire que des personnes nommées par Trump sont plus rationnelles que nos dirigeants.

Nous pouvons remplacer une approche basée sur la punition et la honte à essayer de renoncer au tabac par un moyen qui permette un réel abandon. Avec une approche visionnaire, nous pourrions reléguer la cigarette aux oubliettes.

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