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La science du 21e siècle à la portée de tous

17/01/2015 09:18 EST | Actualisé 19/03/2015 05:12 EDT

Il est probable que nos ancêtres ne parlaient pas de « sciences citoyennes » ou qu'ils ne réunissaient pas des données pour la recherche scientifique, mais ils étaient d'excellents observateurs du monde naturel. Leur survie dépendait souvent de leur capacité à surmonter les complexités de la nature -- où trouver du gibier et quand semer des graines et ramasser des baies et comment se préparer pour l'hiver ou les intempéries.

Cependant, nos vies modernes et notre obsession de la technologie agrandissent progressivement le fossé entre nous et la nature, et cela n'est pas sans répercussions sur notre santé et notre bien-être. De nombreuses études récentes nous rappellent ce que nous savons d'instinct : passer du temps dans la nature est bénéfique. Dépression, trouble déficitaire de l'attention, perte de mémoire, résolution des problèmes et créativité. Les gens qui passent plus de temps dehors que la normale sont également en meilleure santé.

Bienvenue dans le monde des sciences citoyennes, où l'on se sert de ces mêmes technologies qui nous éloignent de la nature pour mieux comprendre et apprécier celle-ci. Les téléphones intelligents, Internet et des technologies accessibles en termes de recherche enlèvent à la science son caractère institutionnel, révèlent le scientifique en chacun de nous et nous rendent capable d'élargir notre compréhension de divers phénomènes, notamment celui des oiseaux qui passent dans la cour de nos maisons et l'éclosion des fleurs.

La science est fondée sur l'observation. Grâce à ceux et celles, dont le nombre augmente, qui examinent la nature, et partagent les données, le monde devient plus facile à lire. De plus en plus d'études scientifiques comptent désormais sur l'aide du citoyen ordinaire pour répondre à d'importantes questions.

La National Audubon Society recrute depuis plus de 100 ans des bénévoles pour l'observation des oiseaux pendant le comptage annuel de Noël qu'elle organise, mais ce n'est pas le programme de sciences citoyennes le plus vieux qui soit. Deux autres initiatives lui ont précédé dans les années 1880: une enquête demandant aux gardiens de phare d'identifier et de compter les oiseaux qui se heurtaient à leur phare, et une autre sur la migration des oiseaux.

Les citoyens ont aujourd'hui de nombreuses occasions de participer à un large éventail de découvertes scientifiques.

Prenons l'exemple des animaux tués sur la route. La Humane Society (société protectrice des animaux) a évalué à plus d'un million le nombre d'animaux qui sont tués tous les ans sur les autoroutes aux États-Unis. Les collisions avec de gros animaux sont tragiques pour chaque partie concernée et coûtent aux compagnies d'assurance des millions de dollars par année. L'industrie des assurances travaille actuellement sur un partenariat innovant avec le Roadkill Observation System de l'Université de Californie afin d'enrôler des citoyens pour aider à identifier et à protéger les corridors à des endroits critiques particuliers, dans le but de sauver à la fois l'homme et la nature.

La Fondation David Suzuki a commencé à solliciter les citoyens pour ses recherches à la suite de la fonte du réacteur nucléaire de Fukushima, au Japon, en 2011, et a joint ses efforts à ceux de nombreux organismes et universités, dont l'institut océanographique de Woods Hole, avec comme objectif la mise sur pied d'un réseau de bénévoles pour prélever des échantillons d'eau de mer pendant trois ans sur des sites donnés, le long du littoral de la Colombie-Britannique. Ce projet aidera les scientifiques à mieux comprendre le phénomène de propagation continue des radiations dans l'océan Pacifique et ses répercussions sur l'environnement marin. Des bénévoles appartenant à quatorze communautés se sont engagés à ramasser des échantillons d'eau de mer pendant trois ans. La radioactivité n'a pas encore atteint l'Amérique du Nord, mais lorsque le jour sera venu, nous le saurons, grâce à des gens ordinaires qui couvrent la région de manière exceptionnelle.

AttentionNature (NatureWatch), un autre projet canadien de sciences citoyennes, a démarré aussi il n'y a pas longtemps. Il se compose de quatre volets. Les participants de AttentionGrenouille (FrogWatch) réunissent des renseignements sur les amphibiens et sur les signes notables de changement de l'air, du sol et de l'eau. AttentionFlore (PlantWatch) vise à enregistrer des données sur la floraison de certaines espèces, permettant de mieux suivre les effets des changements climatiques. AttentionVer (WormWatch) porte sur la surveillance des vers de terre et de la santé du sol.

Cet hiver, vous pouvez faire du bénévolat pour AttentionGlace (IceWatch) et aider à mieux comprendre le réchauffement planétaire. En analysant les données compilées par les citoyens, les scientifiques ont découvert que les cycles gel-dégel des mers boréales sont en train de changer. Étant donné que les changements climatiques ne sont pas réguliers dans toutes les régions du pays et qu'il y a des grands écarts au sein du réseau de surveillance actuel, les scientifiques ont un besoin essentiel de données provenant de nombreuses autres zones.

En enregistrant des phénomènes glaciaires annuels tels que le gel et le dégel des lacs et des rivières, vous aiderez à surveiller les effets des changements climatiques sur les écosystèmes du Canada. Vous pouvez aussi participer à RinkWatch, une initiative de géographes de l'Université Wilfrid-Laurier qui demandent aux citoyens de tenir le compte des jours où il est possible de patiner à l'extérieur.

Il y a des centaines de programmes de sciences citoyennes au Canada. Ils ne sauraient jamais ni justifier d'arrêter de financer la science ni la remplacer, mais ils élargissent et remplissent le fossé qui existe avec la science telle qu'elle est menée par le gouvernement et les universités. Chaque personne, chaque domaine, chaque région du pays pourra s'investir.

L'être humain est un excellent observateur. Les sciences citoyennes sont un moyen de l'inciter à sortir dans la nature, à affiner ses sens et à faire ce qu'il faut pour surveiller et soigner l'environnement, élargir ses connaissances scientifiques et être heureux et en bonne santé.

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