David Sanschagrin

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La démocratie, grande absente des élections municipales 2013

Publication: 04/11/2013 13:52

Selon les analystes politiques de Radio-Canada, la démocratie a parlé hier, et analystes est un mot fort pour décrire ce mélange de lieux communs et de clichés qu'on nous a livré hier soir à la télévision. Il fallait entendre aussi tous ces maires élus nous dire aussi que la démocratie a parlé.

On a eu aussi droit à tout un cortège d'interprétations du vote ; le peuple a dit ceci ou cela. Mais, qu'est-ce que le bon peuple a pu dire en votant de telle façon? Nos élu-e-s et nos journalistes, tels des psychanalystes des bases, ont pu ici nous dire les motivations réelles de cette chose mystérieuse qu'on appelle l'électorat.

Le Petit père des Québécois, Régis « j'ai de l'attitude » Labeaume a, par exemple, décidé que l'élection à Québec était aussi un référendum sur la question des pensions de retraite des employés de la fonction publique municipale. Selon lui, puisqu'il avait été clair envers la population de Québec là-dessus, le verdict électoral était tout aussi clair : sa position avait été plébiscitée par 74% des voix exprimées. Une « victoire historique », nous a dit Régis, utilisant ici l'hyperbole.

Seulement, je ne veux pas décevoir Régis là-dessus, mais sa volonté d'interpréter ainsi le vote ne transforme pas ipso facto une élection en référendum, deux types de consultations très différentes. Comment savoir ce qui motivait les personnes lorsqu'elles se trouvaient dans l'isoloir avec leur bout de crayon et leur bulletin de vote? De multiples facteurs (rationnels et irrationnels) jouent ici en même temps et parfois de manière contradictoire pour mener une personne à choisir un candidat plutôt qu'un autre. Le mystère de l'isoloir est un sujet d'étude complexe pour les chercheurs en sociologie électorale.

De plus, si on inclut l'ensemble des électeurs et des électrices inscrit-e-s sur les listes électorales (car après tout, ces personnes constituent le corps électoral dans son ensemble, pas seulement les gens qui sont allés voter), Régis a été élu maire par 39,94% de ses commettants. On est donc loin du « mandat fort » dont il parle et que les médias reprennent sans esprit critique. J'inviterais donc le super maire de Québec à un peu de modestie (en est-il même capable?).

Quant au nouvel homme fort de Montréal (André Pratte et son employeur seront contents), Denis « populiste » Coderre, malgré son charme indéniable et sa bonhommie désarmante, et malgré que les sondages lui prédisaient une victoire relativement facile avec 41% des intentions de vote des répondant-e-s consulté-e-s, il a dû se contenter de 32% des voix exprimées (est-ce que la méthodologie des sondages est inadéquates? Alors, pourquoi les cite-t-on constamment dans les médias?).

J'ajoute que la distribution du vote sur l'île de Montréal montre que Denis a surtout le soutien du pourtour de l'île, alors que le centre a surtout penché pour Mélanie Joly et Richard Bergeron. Il n'a donc eu le mandat, si on peut le dire ainsi, de représenter que cette portion de l'île. Et, un mandat faiblard, puisqu'il n'a récolté l'appui que de 12,88% des électeurs et des électrices inscrit-e-s à Montréal.

Après sa courte victoire, Denis, alias le spécialiste des extra-terrestres, s'est écrié avec emphase : « Aujourd'hui, c'est une victoire pour la démocratie. » Que dire ?

Pourtant, à ce qu'il m'apparaît, la démocratie était plutôt la grande absente de ces élections municipales. D'abord, les taux de participation sont ridiculement bas.

De plus, dans la plupart des villes, l'opposition était absente ou quasi absente. C'est donc dire que les électeurs et électrices faisaient face à un non-choix.

Puis, la démocratie parle non pas quand on élit des représentants, ça, c'est le gouvernement représentatif, mais plutôt quand on assiste à une participation populaire importante au processus décisionnel, par exemple lors d'un référendum. Le suffrage universel ne garantit pas que les citoyens et les citoyennes participent réellement au pouvoir, seulement qu'ils et elles décideront quelle faction politique les gouvernera pour 4 ans.

Enfin, le vote comme moyen de désigner ses représentants n'est pas un moyen démocratique, mais élitiste. La démocratie signifie que les gouvernants et les gouvernés sont les mêmes, ce qui implique que tous et toutes peuvent potentiellement accéder aux charges publiques, et qu'il y ait une rotation des titulaires des charges pour éviter la concentration du pouvoir en leurs mains. C'est le tirage au sort qui est considéré par les penseurs sérieux, depuis Aristote jusqu'à Bernard Manin, comme étant le moyen démocratique de sélectionner les titulaires des charges publiques. La démocratie n'est donc pas synonyme du régime politique libéral et représentatif, où une petite élite politique contrôle les charges publiques et demande à la population d'arbitrer leur concurrence pour le pouvoir.

Il faudrait peut-être mettre le holà sur l'utilisation abusive que les médias et les politiciens font du mot démocratie, qui n'est jamais défini, car cela nous empêche de vraiment comprendre notre régime politique et de cautionner des pratiques politiques antidémocratiques en les déclarant, sans preuve, comme étant démocratiques.

La démocratie a parlé lors des élections municipales de 2013? Non, elle était la grande absente!


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