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Il faut abolir le volet «culture religieuse» du programme ÉCR

02/11/2016 10:03 EDT | Actualisé 02/11/2016 10:03 EDT

Nous nous opposons au volet « culture religieuse » du programme Éthique et culture religieuse (ÉCR) qui depuis 2008 est obligatoire dans les écoles publiques et privées du Québec. Nous favorisons la suppression de ce volet pour les raisons suivantes :

  • Le programme ÉCR ignore presque complètement les athées, agnostiques, sceptiques, humanistes et autres incroyants. Il donne l'impression que tous ou presque ont une religion et que tous la pratiquent régulièrement, comme si cette pratique constituait un élément nécessaire et incontournable de la vie de tout individu normal.
  • Le programme ÉCR présente une version stéréotypée, presque caricaturale, de chaque religion, donnant l'impression que tous les croyants sont très pratiquants et pieux, voire intégristes. Comme le programme ignore presque complètement les incroyants, il négligent aussi les croyants non pratiquants qui, en réalité (une réalité absente du programme), sont souvent nombreux et parfois majoritaires parmi leurs coreligionnaires.
  • Les contenus religieux du programme ÉCR sont manifestement confessionnels, c'est-à-dire présentés comme dans un cours destiné aux fidèles. Le programme est donc un reliquat de l'ancien système confessionnel dans le système actuel qui se prétend laïque.
  • Le programme ÉCR a évidemment pour but principal de conserver l'enseignement religieux dans les écoles québécoises afin de sauvegarder les situations privilégiées des théologiens et des autres spécialistes de la religion, et ce, malgré la soi-disant laïcisation de ces écoles.
  • Le programme ÉCR présente une vision édulcorée et complaisante des religions, occultant leur histoire qui est souvent truffée de violences, de guerres, d'atteintes aux droits humains, d'opposition au progrès scientifique, etc.
  • Le programme ÉCR constitue une forme d'endoctrinement des élèves. Mais au lieu de promouvoir une religion particulière, ce programme endoctrine les élèves dans l'idéologie du communautarisme, connue communément sous l'appellation « multiculturalisme », selon laquelle l'appartenance religieuse de la personne est plus importante que sa citoyenneté, où cette appartenance est prise comme un élément essentiel et immuable de l'individu. Cette approche constitue la négation de la liberté de conscience, car l'individu devient alors prisonnier de la communauté ethnoreligieuse dans laquelle il est né.
  • Le programme ÉCR prône le relativisme en vantant et en surestimant les vertus du pluralisme et de la diversité, comme si ces faits étaient des valeurs, et des valeurs absolument positives. En réalité la diversité n'est en soi ni positive ni négative. D'ailleurs le relativisme est malsain dans le domaine de la morale et de l'éthique.
  • Le programme ÉCR est obligatoire même pour les jeunes enfants du niveau primaire qui n'ont pas la maturité intellectuelle pour faire la distinction nécessaire entre croyances et faits.

Par quoi remplacer ce volet ?

Quant à l'avenir de ce programme après la suppression du volet « culture religieuse », plusieurs solutions peuvent être envisagées : enrichir le volet « éthique », ajouter un volet de philosophie pour enfants, ajouter un volet civisme ou enseignement à la citoyenneté et ainsi de suite. Nous ne nous déclarons pas en faveur d'un choix particulier parmi ces diverses solutions. Pour nous, l'important, c'est qu'un cours obligatoire dédié à la religion ou qui associe religion et éthique est inacceptable dans un système scolaire laïque, surtout si ce cours est imposé aux enfants en bas âge, trop jeunes pour comprendre la distinction nécessaire entre les croyances et mythologies religieuses d'un côté et les faits historiques ou scientifiques de l'autre.

L'enseignement des religions ne doit pas se faire sans situer chacune de celles-ci dans son contexte historique. Il faut qu'il y ait transparence quant aux méfaits qui ont très souvent marqué leur histoire.

Morale et religions

Pour conclure, nous voulons insister sur la totale incompatibilité entre l'éthique et la religion, en particulier les religions monothéistes comme le judaïsme, le christianisme et l'islam (pour les nommer en ordre historique). Toute religion a le défaut de prôner des croyances infondées en des phénomènes surnaturels hypothétiques, des croyances incompatibles avec nos connaissances scientifiques et qui éloignent le croyant du monde réel dans lequel il vit. D'ailleurs, sur la notion de l'éthique vue sous l'angle de la responsabilité sociale, l'équité et la transparence, les religions sont les plus mal placées, de par leurs écrits et l'histoire, pour en faire la promotion.

Les monothéismes sont sans doute les pires religions, car chacun a la prétention de détenir le monopole de la morale en situant cette morale dans la volonté du dieu de ce monothéisme, c'est-à-dire que chaque religion monothéiste a la prétention de posséder une expertise exclusive en matière de morale, mais cette prétention est complètement infondée. Selon chaque monothéisme, la morale émane de son « Dieu » tandis en réalité la morale humaine est le résultat de l'évolution biologique et culturelle de l'humanité en tant qu'espèce animale sociale. Au lieu d'expertise, il s'agit d'incompétence totale. Chaque monothéisme est une arnaque, une supercherie, une imposture dans le domaine de la morale et de l'éthique.

Imaginons pour un moment que le système scolaire québécois impose aux élèves un programme obligatoire intitulé « Psychologie et culture astrologique » dont le but serait de présenter aux étudiants des notions de la psychologie humaine, mais vue par le prisme de l'astrologie, ou plutôt des astrologies (gréco-romaine, arabe, chinoise, indienne, etc.). Pourtant, l'astrologie est une imposture, une pseudoscience dont la soi-disant expertise en matière de psychologie est tout à fait nulle. Même si un tel cours était facultatif, il serait inacceptable dans une école financée par l'argent des contribuables.

Il en va de même pour le programme « Éthique et culture religieuse ». Les prétentions des religions de détenir une expertise particulière en éthique sont complètement infondées. Le programme ÉCR est une imposture.

Le domaine de la morale et de l'éthique appartient davantage à la science qu'aux religions, tout comme pour la santé ou la psychologie. Bien que la morale puisse dépasser le seul domaine scientifique, elle doit trouver ses assises dans le monde réel et rester compatible avec nos connaissances scientifiques. Les religions, par contre, nous en éloignent.

Un cours d'éthique devrait aussi enseigner le fonctionnement physiologique du cerveau, comment celui-ci fabrique la conscience et, très important, les erreurs qu'il peut nous faire faire, pour que les jeunes puissent apprendre à faire un meilleur usage de leur cerveau, éviter les erreurs -- par exemple, les sophismes illogiques les plus courants -- auxquelles il peut nous mener, ses forces, ses faiblesses et ses limites. Le cours pourrait aussi inclure des expériences scientifiques et sociales, des exercices mentaux et de méditation. Les élèves pourraient être invités à suivre leurs performances mentales et apprendre à maîtriser leur esprit ainsi que leurs émotions.

Cette étude de la morale, de la philosophie et de la psychologie devrait, à notre avis, inclure le monde animal, car ce ne sont nullement des capacités uniques à l'être humain.

Finalement, nous voulons souligner que la cible de notre critique est le programme ÉCR lui-même, non pas le personnel enseignant qui le dispense. De bons professeurs peuvent parfois arriver à combler certaines des lacunes d'un programme mal conçu, mais ils ne devraient pas se trouver dans l'obligation de faire ce travail supplémentaire. Et les élèves et leurs enseignants méritent un cours d'éthique de haute qualité. Le programme ÉCR n'en est pas un.

Ce blogue est cosigné par Marco DeRossi, David Rand et Pierre Thibault du Conseil d'administration de l'association Libres penseurs athées

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