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Entente tacite Trump-Netanyahou sur les colonies israéliennes?

14/04/2017 09:03 EDT

On se rappelle que le Président Trump avait demandé, lors de la dernière visite du premier ministre Netanyahou à la Maison-Blanche, de restreindre l'expansion des colonies. Depuis, il y a eu d'intenses discussions entre Israéliens et Américains qui se poursuivent à ce jour.

Les principaux protagonistes soit Netanyahou, le Président Sissi d'Égypte, le roi Abdallah II et le Président Abbas de l'Autorité palestinienne (AP) ont témoigné à Trump leur soutien solide envers son initiative de paix entre Israël, les Palestiniens et les États arabes.

Netanyahou vient de rendre publiques les mesures qu'il entend prendre afin de restreindre l'expansion des colonies. Fait remarquable, il a réussi à faire accepter sa nouvelle politique par sa coalition de droite/extrême-droite tout en recevant l'aval du Conseil de Yesha, l'organisme représentant les intérêts des colons. À la suite de cette annonce, la Maison-Blanche n'a émis aucune critique, ce qui signifie que l'équipe Trump a probablement donné son accord tacite à la nouvelle politique de Netanyahou.

Dans l'attente d'un accord formel avec les Américains sur les colonies, le gouvernement israélien n'autorisera les constructions qu'à l'intérieur des parties habitées des colonies en Cisjordanie, ou si cela n'est pas possible, à leur proximité immédiate. De plus, Netanyahou s'est engagé à ralentir le processus de planification et de décision du gouvernement sur les nouvelles constructions. Ces restrictions ne s'appliqueront pas à Jérusalem-Est et à la nouvelle implantation qui accueillera les résidents de la colonie illégale d'Amona démantelée le mois dernier. L'équipe Trump a refusé de critiquer cette dernière mesure parce que Netanyahou avait pris l'engagement public de créer cette implantation avant que Trump n'indique son souhait de restreindre l'expansion des colonies.

Selon un officiel de la Maison-Blanche, les États-Unis décideront du succès de leur approche sur la base du ralentissement dans la construction des colonies. À l'opposé, le Conseil de Yesha et le parti d'extrême droite «La Maison juive» membre de la coalition gouvernementale ont indiqué que l'efficacité de la nouvelle politique sera mesurée à l'aune de l'expansion de la construction des colonies.

Qui gagne qui perd dans cette nouvelle donne?

Les gagnants

Netanyahou sort gagnant, car il a réussi à éviter le gel des constructions comme le demandent l'UE, l'AP, la Ligue arabe et la gauche israélienne. Il a même fait accepter aux Américains l'idée d'expansion possible du nombre de colons et de la construction dans les colonies. Selon l'ONG israélienne propaix, La Paix maintenant «cette annonce ne trompe personne, avec ses possibilités d'exemption si la topographie le nécessite; avec un plan d'occupation des sols qui prévoit pour chaque colonie des superficies bien supérieures à celles actuellement occupées par les constructions». Par exemple, la grosse colonie de Maale Adumim (voir la carte) montre une surface occupée par les habitations (ligne jaune) entourée d'une aire de sécurité plus grande (ligne noire) et les frontières territoriales de la colonie (surface bleue). La carte montre que la surface possiblement colonisable en bleu est plusieurs fois plus grosse que la surface présentement colonisée.

peacematters

La nouvelle politique sur les colonies est assez ambigüe pour donner à Netanyahou une vaste marge de manœuvre vis-à-vis de l'administration Trump et des partisans de l'expansion des colonies en Israël. Le ralliement rapide des factions de droite/extrême droite à la politique de Netanyahou reflète la volonté de Netanyahou et de ces factions d'éviter d'être blâmés par Trump pour l'échec éventuel des discussions. Leur grand espoir serait que les Palestiniens soient blâmés pour tout échec et que la possibilité d'un État palestinien indépendant soit mise au rancart.

L'administration Trump marque des points puisque Netanyahou s'engage à réduire l'expansion des colonies même si le droit international est floué.

L'administration Trump marque des points puisque Netanyahou s'engage à réduire l'expansion des colonies même si le droit international est floué.

Les perdants

Contrairement aux vœux de membres de la droite expansionniste, la nouvelle politique ne permet pas l'annexion des colonies à Israël ou la légalisation des colonies illégales comme cela a été souvent le cas dans le passé.

L'AP et les États arabes sortent perdants puisque l'expansion des colonies se poursuivrait. L'AP a critiqué la nouvelle politique israélienne, car elle considère qu'elle vient "légitimer l'expansion des colonies en Cisjordanie ". Selon un officiel de l'AP, la politique de Netanyahou ne remplit pas les exigences minimales pour enclencher une négociation. La dernière réunion de la Ligue arabe, fin mars dernier, a réitéré son initiative de paix de 2002 qui propose le retour des tous les territoires arabes conquis en 1967, une solution à deux États, dont un État palestinien comprenant la Cisjordanie, Gaza et Jérusalem Est comme capitale, ainsi qu'une solution juste négociée sur les réfugiés. En échange, les États arabes acceptent une normalisation des relations avec Israël.

Tant les populations que les leaders israéliens et palestiniens demeurent sceptiques quant aux chances de réussite du processus de paix. Pour l'AP, le principal obstacle est la «position annexionniste» de Netanyahou alors que pour Israël, c'est «la faiblesse du leadership du président Abbas au sein de l'AP».

Trump pourra-t-il convaincre le président Abbas qu'il doit rencontrer prochainement que l'AP doit faire des compromis. Il sera difficile pour Netanyahou de faire plus de compromis si l'AP et les États arabes demeurent campés sur la position de l'initiative de paix de 2002 qui n'a jamais été acceptée par Israël (à moins d'être révisée en particulier sur la question du retour des réfugiés et du territoire du Golan à la Syrie). À présent, il existe un fossé énorme entre les positions des leaders israéliens et palestiniens nonobstant l'absence de confiance mutuelle. Dans les prochaines semaines, la balle sera dans le camp palestinien et arabe.

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