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La réconciliation entre l’Autorité palestinienne et le Hamas peut-elle apporter la paix en Palestine?

Il existe des dissensions profondes entre le Hamas et l’AP sur les questions sécuritaires et de la reconnaissance d’Israël.

25/10/2017 09:00 EDT | Actualisé 25/10/2017 12:35 EDT
Mohammed Salem / Reuters
Le Hamas craint une explosion sociale à Gaza en raison de la détresse économique et sociale de la population de Gaza en partie à cause du blocus par Israël et l’Égypte provoquant des pénuries extrêmes: eau, médicaments, électricité.

Un accord de réconciliation entre l'Autorité palestinienne (AP), dominé par le Fatah laïc et son rival islamiste, le Hamas, vient d'être conclu au Caire sous l'égide de l'Égypte mettant peut être fin à une décennie de profonde division entre les deux factions rivales et ouvrant la porte à un éventuel accord de paix avec Israël.

L'accord vise à la reconstruction du système sécuritaire, à la gestion des frontières de Gaza et à l'intégration des fonctionnaires du Hamas au sein de l'AP. Sur la question d'un futur état palestinien, l'accord prévoit un état dans les frontières de juin 1967, avec Jérusalem comme capitale et le retour des réfugiés palestiniens. Il est prévu que le contrôle par un gouvernement d'unité des frontières entre Gaza et l'Égypte et Israël sera effectif d'ici le 11 janvier 2018. Les discussions doivent reprendre dans quelques semaines de manière à assurer le plein contrôle des activités civiles de Gaza par le gouvernement d'unité d' ici le 1er décembre. La question des relations avec Israël sera soulevée à ce moment.

Le Hamas craint une explosion sociale à Gaza en raison de la détresse économique et sociale de la population de Gaza en partie à cause du blocus par Israël et l'Égypte provoquant des pénuries extrêmes: eau, médicaments, électricité.

Le Hamas craint une explosion sociale à Gaza en raison de la détresse économique et sociale de la population de Gaza en partie à cause du blocus par Israël et l'Égypte provoquant des pénuries extrêmes: eau, médicaments, électricité. Le chômage atteint près de 50%. La liberté de mouvement aux frontières est minimale. De plus, l'AP a réduit nettement les salaires des fonctionnaires de l'AP inactifs à Gaza dégommés par le Hamas ainsi que les livraisons d'électricité à Gaza. C'est pour cela que le Hamas désire la levée rapide des sanctions de l'AP.

À cela s'ajoute l'isolement du Hamas par le Quartet anti-Qatar (Égypte, Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Bahreïn), en raison de l'appui du groupe islamiste au mouvement des Frères musulmans avec lequel il a pris récemment ses distances. Le Qatar est le principal bailleur de fonds du Hamas en plus de la Turquie et de l'Iran.

L'AP est intéressée à un tel accord, car elle pense que sa légitimité en sortira renforcée face à la communauté internationale si elle arrive à parler d'une seule voix au nom de tous les Palestiniens. Quant aux perspectives de paix avec Israël, elles sont faibles étant donné l'opposition du gouvernement Netanyahou à l'évacuation des colonies en Cisjordanie et la création d'un véritable état palestinien. Il restait donc à Mahmoud Abbas, le président de l'AP, la voie de la réconciliation palestinienne là où il a des chances de faire des progrès et de recevoir de l'aide économique internationale pour la reconstruction de Gaza. Une fois que le gouvernement d'unité aura le plein contrôle de Gaza, Abbas s'est dit prêt à lever les sanctions. Cependant, il a déclaré qu'il n'accepterait pas la reproduction du modèle Hezbollah au Liban où le Hamas participerait au gouvernement d'unité tout en contrôlant sa propre armée.

Dans cette réconciliation, le rôle de l'Égypte est crucial, car en plus d'être le médiateur, il est aussi le garant de l'accord. Avec cet accord, le président Sissi d' Égypte vise i) à stabiliser sa frontière avec Gaza afin de réduire le risque d'attaques djihadistes contre l'Égypte à partir de Gaza; et ii) à renforcer la légitimité de l'AP, ce qui réduit un des obstacles majeur à la tenue d'une conférence sur la paix entre Israël, les Palestiniens et les états arabes de la région sous l'égide des EU.

Le Quartet du Moyen-Orient (États-Unis, Russie, Union européenne, Nations Unies) a salué les efforts de réconciliation de l'Égypte afin de permettre à l'AP de reprendre le contrôle de Gaza, mettre fin au terrorisme, respecter les accords passés entre Israël et l'AP et résoudre la crise humanitaire.

Le gouvernement Netanyahou est opposé à cet accord en déclarant que « son gouvernement ne négociera pas un accord de paix avec un gouvernement palestinien soutenu par le Hamas à moins de satisfaire aux conditions suivantes : i) que le Hamas reconnaisse Israël et cesse ses activités terroristes, ii) que le Hamas mette bas les armes, deux conditions que les EU exigent aussi. À cela, Israël ajoute : iii) le retour des civils et des corps des soldats israéliens détenus à Gaza, iv) le plein contrôle de la sécurité par l' AP à Gaza, y compris les postes frontaliers et la prévention de la contrebande, v) la poursuite du démantèlement par l' AP des infrastructures terroristes en Cisjordanie, vi) la rupture des liens entre le Hamas et l' Iran, et vii) le transit par l' AP de l' aide humanitaire et autre à Gaza.

Il existe des dissensions profondes entre le Hamas et l'AP sur les questions sécuritaires et de la reconnaissance d'Israël.

Il existe des dissensions profondes entre le Hamas et l'AP sur les questions sécuritaires et de la reconnaissance d'Israël. Ainsi, le chef du Hamas, Yahya Sinwar, en visite en Iran, a rabroué Israël et les É.-U. et implicitement l'AP en indiquant qu'il n'était pas question pour le Hamas de rendre les armes, de reconnaitre Israël et de rompre avec l'Iran.

Les divergences profondes entre l'AP, les EU et Israël d'une part et le Hamas, d'autre part sur des enjeux majeurs ne présage rien de bon sur l'avenir de cette réconciliation bancale.

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