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Le pouvoir arbitraire, les travailleurs et le citoyen

15/04/2016 10:44 EDT | Actualisé 16/04/2017 05:12 EDT

Philippe Couillard a confirmé dernièrement que son gouvernement donnerait bel et bien aux municipalités, si les négociations avec ces derniers s'avéraient infructueuses, le pouvoir d'imposer les conditions de travail de leurs employés.

Avec cette démarche, M. Couillard prétend corriger une erreur historique en retirant des mains d'un arbitre non élu la possibilité de fixer les conditions de travail des employés pour la confier à un représentant de la population élu.

Lors de la signature du pacte fiscal en septembre 2015, le premier ministre avait affirmé qu'il corrigeait une situation qu'on n'aurait pas dû tolérer aussi longtemps au Québec et que son gouvernement ne fait qu'équilibrer les choses. Ce dernier fait allusion au fait que les municipalités n'ont pas la possibilité d'utiliser le lock-out pour forcer la main des travailleurs lors de la négociation d'un contrat de travail. En contrepartie, le droit de grève des travailleurs est encadré de la même façon. En effet, étant donné que des services essentiels doivent être maintenus pour la sécurité et la santé des citoyens, la volonté de déclencher un arrêt de travail de part et d'autre est extrêmement restreinte, voire interdite.

Selon la vision des libéraux, il était anormal que les travailleurs bénéficient d'une relation d'égal à égal dans la mise en place d'un contrat de travail avec les villes et les municipalités. Pour que tout soit en équilibre, ils devrait plutôt être désavantagés. C'est un manque de respect à l'égard des travailleurs des municipalités et un affront aux valeurs démocratiques. Depuis quand est-il considéré comme équitable d'être juge et partie dans une négociation de contrat? Ces travailleurs ne sont pas des citoyens de second ordre, ils ne méritent pas de voir leur pouvoir de négociation fragilisé de cette façon. Sous prétexte de transférer plus de pouvoirs vers les gouvernements de proximité, les libéraux vont augmenter les risques de dérapage dans les relations entre les élus et les travailleurs municipaux.

À partir du moment où ils auront la possibilité de décréter unilatéralement les conditions de travail de leurs employés, quels intérêts auront les villes et les municipalités à négocier de bonne foi avec eux? J'ai bien peur que certaines villes et municipalités utilisent les négociations comme des opérations de relations publiques ayant pour but de s'attaquer à l'image des syndicats et des travailleurs, tout en justifiant le décret qu'ils imposeront ensuite.

Les bassins versants de l'austérité

Le maire de Québec, Régis Labaume, avait mis en lumière le marchandage des conditions de travail des employés municipaux en affirmant devant les médias que les municipalités avaient accepté de recevoir moins d'argent en échange d'une possibilité de fixer par décret les conditions de travail des employés municipaux.

En effet, les villes et les municipalités ont notamment accepté des compressions de 300 millions pour l'année 2015 en échange de la possibilité d'utiliser le décret. C'est comme si le gouvernement avait dit aux municipalités : ne vous en faites pas, nous allons vous couper, mais on va vous donner la possibilité de vous rattraper en vous donnant le pouvoir de décréter les conditions de travail de vos employés. Une belle formule gagnant-gagnant pour ces deux paliers de gouvernement, mais une belle claque dans la face pour les travailleurs.

Dans l'ensemble de son œuvre, le travail du Parti libéral se résume à représenter la théorie des bassins versants, appliqués à l'austérité. Elle part des sommets pour ruisseler sur toute la société, jusqu'à son exutoire, la classe moyenne, qui risque de se voir noyée par cette crue soudaine d'austérité si elle ne se mobilise pas pour y faire barrage.

Le mythe des «riches» travailleurs de la fonction publique

Il s'agit d'un pacte fiscal «révolutionnaire», a lancé M. Labeaume, ravi de voir le gouvernement du Québec promettre de donner les moyens aux municipalités de rétrécir ce qu'il considère comme un écart «innommable» des conditions de travail des employés du secteur public et du secteur privé.

Pourtant, selon une étude de 90 pages de l'Institut de la statistique du Québec (ISQ), parue en novembre 2015, la meilleure qualité générale des emplois du secteur public ne tient pas à la nature de l'employeur, mais aux types de tâches, de professions et de travailleurs qu'on y retrouve.

En gros, à travail égal, les employés du secteur public évoluant pour les villes et les municipalités bénéficient de conditions comparables avec celles du secteur privé. Les personnes qui disent comme le maire Labeaume sont donc soit mal informées, soit de mauvaise foi lorsqu'elles affirment que les municipalités ont besoin des moyens de rétrécir l'écart des conditions de travail des employés du secteur public et du secteur privé, car il n'y a pas réellement d'écart significatif.

Cependant, là où l'on constate une différence, c'est que les travailleurs syndiqués, qu'ils soient au public ou au privé, disposent généralement de meilleurs salaires, avantages sociaux, horaires et autres conditions contractuelles.

Bref, ce sont les travailleurs syndiqués qui sont le mieux disposés à profiter d'une bonne santé physique, mentale et financière, parce que leur travail le leur permet. Ces avantages sont importants, car un citoyen passe la majeure partie de sa vie au travail. Il est donc important que son travail puisse lui permettre de profiter de chaque instant passé hors de celui-ci, à faire ce qu'il aime, auprès des gens qu'il aime.

Finalement, pour tendre vers une société meilleure, il faut éviter le nivellement par le bas, il faut combattre l'arbitraire et poser des gestes qui vont améliorer la qualité de vie des citoyens.

Est-ce que décréter les conditions de travail d'employés municipaux va améliorer la qualité de vie des citoyens? Non!

En permettant aux élus des municipalités d'agir ainsi, le gouvernement libéral encourage l'arbitraire, s'attaque à la liberté de négociation et contribue à compromettre la paix sociale.

Lorsque l'on veut s'attaquer à un problème de ce genre, il faut éviter d'analyser les comportements de quelques individus. Présentement, l'on juge et stigmatise les comportements extrêmes d'individus et on les généralise à l'ensemble d'un groupe, que ce soit les travailleurs ou leurs représentants syndicaux. Ensuite, on tente d'appliquer une solution radicale et autoritaire plutôt que de miser sur le dialogue et la bonne foi.

Notre gouvernement, sous prétexte de protéger le citoyen, est plutôt en train de détruire ses conditions de travail.

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