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La politique étrangère canadienne peut-elle prévenir les attaques terroristes?

17/12/2014 09:25 EST | Actualisé 16/02/2015 05:12 EST

Les faits d'actualité se multiplient depuis les derniers mois au Canada et tout récemment à Sydney en Australie. Ce phénomène du terrorisme des loups solitaires n'est pas de nature à laisser insensible la population par l'impact émotionnel et l'inquiétude que ces actes génèrent.

Les récents évènements d'actualité sur la scène internationale concernant l'avancée du groupe djihadiste État islamique en Irak et au Levant (E.I.I.L.) en Syrie, ont conduit le premier ministre du Canada, Stephen Harper, à prendre la décision d'intervenir militairement au côté des 22 pays de la coalition. Toutefois, la politique étrangère du Canada est-elle de nature à engendrer des actes terroristes sur le territoire Canadien ? Pour mieux comprendre, il faut revenir à l'historique du terrorisme au Canada.

Historique du terrorisme au Canada

L'attentat le plus meurtrier de l'histoire du terrorisme canadien sera perpétré, le 23

juin 1985, contre deux avions d'Air India, par les fondamentalistes d'origine indienne (les sikhs), et fera 275 victimes canadiennes. Cette organisation agira de 1983 à 1997 sous le nom de Babbar Khalsa. Comme le souligne Stéphan Léman Langlois, dans Le terrorisme à motif religieux au Canada, caractéristiques et évolution entre 1973 et 2006 (article publié dans la revue Criminologie): « Le Canada a en quelque sorte ouvert la voie à un nouveau terrorisme de destruction massive ».

La période 1989 - 2007 fut caractérisée par l'augmentation du nombre des attentats à caractère religieux, principalement en rapport avec l'Islam. Le fait le plus significatif pour le

Canada a été l'attentat contre l'ambassade d'Égypte au Pakistan, commandité par Ahmad Saeed Khadr, égyptien naturalisé Canadien. Après son arrestation, le premier ministre canadien de l'époque, Jean Chrétien, intercéda en sa faveur auprès de son homologue pakistanaise Benazir Bhutto. À sa libération, il rejoindra Al-Qaïda. Cette vague fut aussi marquée par les tentatives de passage à la frontière du Canada et des États-Unis, de terroristes tels que Hani Al Sayegh (auteur des attentats contre les tours Khobar, en 1996, en Arabie Saoudite) ou Ahmed Ressam (interpellé alors qu'il projetait un attentat contre l'aéroport de Los Angeles).

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, le Canada a déjoué de nombreux complots

terroristes se soldant par l'arrestation d'Ali Adham Amhaz (en Colombie-Britannique), par la mort, en 2002, en Afghanistan, de Mohammed Jabarah, citoyen canadien, par le détournement, en 2003, des vols de la compagnie israélienne El Al de Toronto vers Hamilton (la compagnie étant l'objet de menaces) et par l'arrestation, en 2004, de Mohammed Khawaja, résidant dans la banlieue d'Ottawa, ayant porté assistance à un groupe d'extrémistes londoniens ayant commis les attentats meurtriers du 7 juillet 2005.

La réponse bureaucratique, militaire et législative

Face au terrorisme, le Canada et les États-Unis se sont rapprochés et ont développé une relation de coopération approfondie dès le 11 septembre 2001. Contre une menace transnationale, déterritorialisée, globalisée, l'échelle à considérer est davantage de nature nord-américaine que nationale. Le Canada a intérêt à faire de la lutte antiterroriste une priorité nationale afin de se conformer aux impératifs américains, un préalable aux échanges commerciaux dont le Canada est dépendant économiquement. Un non- alignement du Canada causerait son isolement diplomatique. En adoptant son rôle neutre, en se rapprochant des États-Unis et en se joignant à la guerre contre le terrorisme, la vulnérabilité du Canada à l'extrémisme religieux s'accroît, car le Canada est perçu comme un participant actif à la violation du droit international aux côtés des États-Unis.

En fait, « la présence canadienne en Afghanistan accroît la possibilité que des attentats terroristes soient perpétrés contre le Canada», notamment depuis la prise de fonction de Stephen Harper en 2006, ouvertement continentaliste, attaché à une proximité avec les États-Unis et à une position pro-israélienne. Dans son Rapport public sur la menace terroriste au Canada publié en 2013, le gouvernement canadien exprime sa peur du retour des terroristes partis s'entraîner en Syrie et revenus pour radicaliser d'autres personnes ou mener des attaques terroristes.

Sous l'effet de « la découverte des vulnérabilités du territoire national, la création du Homeland Security et la mise en place du Northern Command aux États-Unis », l'appareil militaire au Canada s'est restructuré. Le mandat du NORAD, organe principal regroupant les deux pays dans « le contrôle spatial et la surveillance de l'espace aérien canadien et étatsunien », s'est accru. À la suite de l'attentat contre Air India en 1985, la Sécurité publique du Canada a mis en place un plan d'action en 2010 (soit 25 ans plus tard !) consécutif au rapport de la Commission d'enquête. Ce plan propose la mise en œuvre de plusieurs dispositions : simplifier les procédures des procès criminels, modifier le Programme fédéral de protection des témoins, renforcer le cadre de lutte contre le financement des activités terroristes au Canada, accroître la collaboration entre les organismes canadiens du renseignement et d'application de la loi (dont la loi C36) , étudier des moyens d'améliorer la collecte, la conservation et la divulgation du renseignement de sécurité, effectuer des investissements ciblés et apporter des améliorations dans le domaine de la sûreté aérienne.

Une prochaine attaque terroriste au Canada ?

L'alignement sur la position des États-Unis et l'engagement sur la scène internationale fait courir un risque certain au Canada en matière de terrorisme. Malgré les moyens indéniables mis en œuvre aussi bien sur le plan bureaucratique, que militaire et légal, le Canada est loin d'être l'abri de la menace. La lenteur du Plan d'action de la Sécurité publique du Canada, 25 ans après l'attentat contre Air India et l'amplification du phénomène des loups solitaires n'est pas de nature à rassurer l'opinion publique canadienne sur ce risque.

Il semble que de prochaines attaques terroristes seront inévitables et que la politique étrangère canadienne actuelle n'est pas en mesure de prévenir efficacement ce nouveau terrorisme sur son territoire.

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