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L'importance pétrostratégique des pays du Golfe

09/11/2014 08:12 EST | Actualisé 09/01/2015 05:12 EST

La puissance économique des pays pétrolifères du Moyen-Orient joue un rôle déterminant dans l'approvisionnement énergétique mondial. Nul ne peut ignorer son importance pour comprendre les positions géopolitiques et les tensions dans cette région du monde. Dans ce qui suit, nous faisons une présentation sommaire des états riverains du Golfe et précisons quelques données d'ordre économique de cette région.

Les pays du Golfe

Golfe persique ou Golfe arabique? Les cartes officielles changent de nom selon que l'on se trouve en Iran ou dans la rive ouest du Golfe. L'Arabie (27 millions d'habitants) est un pays à majorité sunnite à connotation wahhabite. 30 à 40% du budget saoudien seraient distribués au sein de la famille royale. Les cultes non islamiques n'y sont pas tolérés en public. Aden (0,6 million) et Oman (2,7 millions d'habitants) furent évacués respectivement en 1967 et en 1971 par les Britanniques (1).

Anciennement sous protectorat britannique, le Koweït (2,6 millions d'habitants) obtint son indépendance en 1961, mais ne fut pas reconnu par l'Irak qui l'envahit en 1990. La Guerre du Golfe sous l'égide des Nations unies permit de rétablir la souveraineté du Koweït. Les principautés du Golfe comprennent les Émirats arabes unis (4,6 millions d'habitants) qui regroupent sept émirats dont Abou Dhabi est la capitale fédérale ainsi que le Qatar (1,8 million) et le Bahreïn (1,2 million) qui sont des pays indépendants. Dans ces pays, les populations sont en majorité des chiites, mais la gouvernance est sunnite. La main-d'œuvre étrangère constitue plus de 20 % de la population.

Le royaume d'Irak (36 millions d'habitants) devint membre de la Société des Nations en 1920 puis république en 1958. L'Irak a une population en majorité chiite (60%). Les Arabes et les Kurdes constituent la minorité sunnite dans une proportion comparable. Depuis la révolution qui évinça le shah d'Iran en 1979, l'état iranien se définit comme islamique. L'Iran (75 millions d'habitants) est chiite en majorité et a des minorités kurde (parlant le persan) et azérie (parlant le turc) qui constituent respectivement 10 % et 16 % de la population. L'activisme iranien est intense en Irak, en Syrie et au Liban dans lequel le parti chiite du Hezbollah a été armé à outrance. La volonté de développer la technologie nucléaire inquiète les puissances occidentales et Israël qui sont déçus par les tergiversations de l'Iran sur ce dossier. Ce pays subit un embargo de plus en plus éprouvant : les sanctions imposées par la communauté internationale auraient coûté à l'Iran près de 50 milliards de pertes pour la seule année 2012.

L'économie des pays du Golfe

Le tableau qui suit présente une étude comparative des économies de ces pays en dollars US en tenant compte du taux de change (estimations du Fonds monétaire international de 2014). Précisons que les Émirats arabes unis (EAU) regroupent sept émirats dont Abou Dhabi est la capitale fédérale.

tableau

Les tensions entre les pays du Golfe

Le schisme entre sunnites et chiites n'est pas la seule source de tension dans la région : l'Iran considère le Bahreïn comme étant sa 14e province. Le dictateur irakien Saddam Hussein refusait de reconnaître le Koweït dont il ordonna l'invasion en 1991, déclenchant ainsi la première guerre du Golfe. Ces disputes territoriales font partie d'un ensemble plus important de désaccords frontaliers entre les pays de la région, compte non tenu du schisme séculaire existant entre l'Iran dont la majorité adhère au courant chiite de l'islam alors que les pays arabes adhèrent dans leur majorité à la mouvance sunnite de l'islam. Qui plus est, les émirats du golfe sont dirigés par des souverains sunnites bien que souvent la population chiite y soit majoritaire. Les puits de pétrole d'Arabie saoudite se trouvent également dans des régions dans lesquelles la population chiite est prépondérante. Il existe aussi des divisions au sein de la mouvance sunnite : seul le Qatar - suivi par la Turquie - a exprimé sa solidarité avec la mouvance des Frères musulmans qui ont fait la une après leur victoire électorale en Égypte en 2011.

Où va l'argent du pétrole ?

Les émirats du Golfe sont connus pour leur opulence due essentiellement à l'or noir. Chaque augmentation d'un dollar du baril du prix de pétrole se traduit par une entrée de 3 G$ en Arabie saoudite et de 1 G$ en Iran. Les réserves financières considérables permettent la construction d'habitats de grand luxe pour lesquels on ne regarde souvent pas à la dépense. Les fortunes acquises servent également de levier d'intervention significatif tant au Moyen-Orient que dans le reste du monde. La région du Golfe importe près du tiers des ventes d'armes mondiales. Elle bat plusieurs records en matière d'armements, notamment en pourcentage des achats par rapport au PIB moyen. L'infrastructure technologique fait souvent défaut en matière d'entretien d'armements sophistiqués, ce qui ouvre la porte à un plus grand spectre de contrats avec les vendeurs d'armes.

L'arme du pétrole

La dépendance de l'Occident du pétrole moyen-oriental est notoire : 31% des importations de pétrole des pays membres de l'OCDE proviennent du Golfe persique. Près de 80% de ce pétrole transite par le détroit d'Ormuz, le reste passant dans des oléoducs traversant l'Arabie saoudite ou la Turquie. Bien que 55% des réserves mondiales de pétrole et 40% des réserves mondiales de gaz se trouvent dans les pays du Golfe, de nouveaux gisements en Méditerranée orientale laissent entrevoir une dépendance moindre des ressources en hydrocarbures des pays du Golfe à moyen terme (d'ici une décade). En Amérique du Nord, les techniques de fracturation hydraulique vont permettre de réduire grandement cette dépendance. Cette nouvelle réalité répondra en partie aux besoins de l'Occident et des puissances énergivores que sont la Chine et l'Inde. À noter que la Turquie importe plus de 90% de ses besoins en hydrocarbures et que ses importations sont en croissance constante.

L'arme du pétrole a été utilisée par les pays de l'OPEP en 1974 pour augmenter le prix du baril de pétrole de 3 à 12 $. En 1985, le prix du baril de pétrole passa de 32 à 10 $, mais la production saoudienne quintupla ce qui contribua grandement à l'effondrement de l'économie et du régime soviétiques. La baisse actuelle du prix de baril de pétrole de 110 à 85 $ met dans la gêne l'Iran, le Venezuela et la Russie dont les revenus de vente de pétrole sont considérablement réduits. Les budgets de ces pays seraient équilibrés si les prix du baril de pétrole étaient de l'ordre de 136, 115 et 100$. Si le prix du baril de pétrole actuel se maintient, il est à prévoir que les réserves financières de la Russie seront sérieusement grugées. Il y aura également des répercussions relativement à l'ingérence russe en Ukraine, à la coûteuse modernisation militaire de la Russie et aux négociations avec l'Iran sur le dossier nucléaire.

Contrairement à ce que l'on aurait pu croire, l'offre de pétrole semble être bien supérieure à la demande : lorsque l'Iran et l'Irak se détruisaient mutuellement leurs puits de pétrole en 1980, le prix du pétrole baissait. Aujourd'hui, les approvisionnements en pétrole de Libye, de Syrie et d'Irak sont loin d'être assurés et ceux d'Iran sont contingentés et néanmoins, le prix du pétrole baisse. Pour l'Arabie saoudite, la baisse des ventes du prix du pétrole est de l'ordre de 0,5% du PNB, ce qui est négligeable compte tenu de ses réserves financières. Par ailleurs, le nouveau coût du baril de pétrole se situe au seuil de rentabilité d'extraction par des techniques de fracturation hydraulique.

Une transition houleuse

L'indépendance du pétrole moyen-oriental est à prévoir dans la prochaine décade. Bien que les nouveaux véhicules consomment 25% de carburant de moins que les véhicules traditionnels, il faudra vivre une transition houleuse dans l'intervalle, transition qui aurait pu être évitée si les investissements en recherche de sources d'énergie alternative avaient eu une considération prioritaire dans les décades passées.

1) Les luttes au sein du Yémen voisin peuvent avoir des répercussions sur le golfe d'Aden donnant accès à la mer Rouge. La monarchie fut abolie au Yémen (24 millions d'habitants) en 1961. Le Yémen du Sud se rallia au Yémen du Nord en 1990 pour former la République du Yémen, mais des dissensions profondes persistent au sein de la population yéménite.

2) En 2010. En raison des sanctions appliquées par l'ONU, les exportations de pétrole et de gaz iranien ont chuté de 15% par an depuis 2010.

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