David Bensoussan

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Pour un réalignement des forces au Moyen-Orient...

Publication: 7/04/2012 13:44

Efforts diplomatiques, activités subversives, et sanctions économiques ont jusqu'à présent échoué et l'option d'une opération militaire qui ferait cesser les efforts iraniens visant à développer la technologie nucléaire à des fins militaires devient de moins en moins hypothétique. Les conséquences sur le plan mondial seraient considérables : hausse vertigineuse du prix du pétrole, conflit généralisé au Proche-Orient et augmentation des activités terroristes dans le monde entier. Est-ce-là un scénario inévitable ?

Efforts diplomatiques, activités secrètes et sanctions économiques

Les puissances occidentales et Israël ont exprimé leur inquiétude devant la possibilité que l'Iran ne se dote d'une arme atomique. Au fil des années, les négociations avec l'Iran et les efforts diplomatiques visant à enrayer le projet iranien ont échoué et n'ont fait que faire gagner du temps aux Iraniens. Des activités clandestines dont il est difficile d'attribuer l'initiative, ont résulté en des pannes d'ordinateur au moyen de l'insertion d'un virus informatique ou peut-être même à l'élimination de savants iraniens. Cela n'a guère arrêté le gouvernement iranien, mais a quand même retardé leur projet. Les sanctions économiques ont eu plus de vigueur après que l'Agence internationale de l'énergie atomique ait conclu dans son rapport en 2011 que l'Iran œuvre en vue de fabriquer une arme atomique et soit en passe d'y parvenir. Tout récemment, en février 2012, le président Obama a ordonné le gel des avoirs iraniens dont ceux de la banque centrale d'Iran. De son côté, l'Union européenne a décrété un embargo sur les nouveaux contrats d'importation de pétrole; les anciens contrats ne seront plus en vigueur à partir de juillet 2012. Les USA ont augmenté leurs forces terrestres et navales dans le Golfe persique (le Golfe arabique) en vue de protéger le passage du pétrole dans le détroit d'Ormuz si l'Iran s'aventurait à le bloquer. Les États-Unis et les pays européens ont demandé au Conseil de sécurité d'appliquer des sanctions contre l'Iran, mais la Russie et la Chine s'y sont opposées. L'Iran est un acheteur d'armement russe important et la Chine a besoin du pétrole iranien.

Devant l'entêtement du gouvernement iranien, la probabilité d'une option militaire va croissant, que ce soit par Israël, ou encore par les États-Unis et les puissances européennes.

L'option militaire

Une attaque israélienne rencontrerait beaucoup plus de difficultés que dans le cas du bombardement du réacteur irakien Tammouz. Les centrales nucléaires iraniennes sont dispersées et enfouies sous terre, parfois dans des zones peuplées. Israël peut agir en ayant recours à son aviation ou au moyen de missiles. Toutefois, les missiles iraniens Shaab 3 ont un rayon d'action qui peut atteindre Israël et, selon toute probabilité, la Syrie et le Hezbollah tireront des milliers de missiles contre Israël. Selon le Premier ministre israélien Netanyahou, une telle attaque est à prévoir même si les États-Unis se lancent dans une attaque contre l'Iran et que, par conséquent, l'attaque avec de missiles conventionnels serait préférable à une attaque nucléaire. Toutefois, bien des politiciens et des journalistes trouvent que cette attaque est irresponsable. Le Pentagone et le ministre des Affaires étrangères français ont exprimé leur inquiétude face à cette option. Quant à la Russie, elle prédit que cette dernière serait catastrophique.

Une attaque américaine aurait une puissance et un impact bien plus considérables. L'Occident n'est guère intéressé par un Iran atomique, car il constitue un danger pour l'ensemble du monde et bien des pays arabes sont du même avis, le conflit entre Arabes en majorité sunnites et Iraniens en majorité chiites étant par ailleurs millénaire. Aussi, il n'est pas à exclure qu'une nouvelle guerre se tiendra, similaire à celle de la Guerre du Golfe qui a permis aux États-Unis, à l'Europe ainsi qu'à un bon nombre de pays arabes d'être unis. Or, l'Amérique est fatiguée des guerres suite à son intervention en Afghanistan et en Irak. L'économie américaine s'essouffle et une guerre ne ferait qu'empirer la situation.

Israël n'arrête pas de réitérer que plus d'une alarme a été sonnée depuis une dizaine d'années et que la situation actuelle n'est pas sans rappeler celle des années 30 durant la montée du nazisme. Or, en 1940, il était déjà trop tard. Tout porte à croire qu'Obama ordonnera une attaque, mais que celle-ci ne se fera qu'in extremis et pas avant les élections américaines qui se tiendront en novembre 2012. De plus en plus, le Premier ministre israélien Netanyahou exprime sa conviction à l'effet qu'il serait dangereux de compter sur le reste du monde et qu'Israël ne doit compter que sur elle-même.

Pour un réalignement des forces au Moyen-Orient

La conception qui a prévalu jusqu'à ce jour veut que la possession de l'arme atomique soit en soi un équilibre de la terreur attendu que son usage impliquera l'annihilation réciproque. Cela s'applique-t-il dans le cas de l'Iran? Pensons au leader Rafsandjani qui, lors des élections iraniennes précédentes, fut considéré comme étant un modéré par les médias occidentaux durant les élections précédentes a déclaré lors d'un sermon fait à l'université de Téhéran en 2001: «l'emploi d'une seule arme nucléaire contre Israël détruirait tout, mais, contre le monde islamique, ne causerait que des dommages limités.» En outre, il existe une lecture islamique voulant qu'un pays conquis par l'islam doive rester entre les mains des Musulmans. Étrangement, cette lecture ne s'applique pas à l'Espagne ou aux Balkans, mais uniquement à Israël. Elle s'exprime d'une façon radicale : « L'entité sioniste est une forme de tumeur maligne du cancer qu'il faut extirper.» ou encore «l'extermination d'Israël est un devoir religieux. » Qui plus est, il est difficile de chasser de l'esprit l'idéal de martyrologie chiite et sa vision d'une apocalypse rédemptrice qui précéderait la venue du mahdi, le messie chiite.

Les discours haineux et l'enseignement de la haine précèdent généralement des actes irréfléchis. Or, les médias du Moyen-Orient sont sursaturés par la tenue de tels discours depuis plusieurs décennies : la cause palestinienne a servi de prétexte pour subjuguer les masses arabo-musulmanes.

Aujourd'hui encore et pour augmenter leur influence dans le monde arabe, la Turquie et l'Iran se font la compétition pour montrer aux masses arabes lequel des deux est le plus anti-israélien. Ces deux pays continuent donc de déstabiliser la région, durcissant les positions des principaux concernés : les Israéliens et les Palestiniens. Or, s'il fallait prendre au sérieux la menace iranienne, en cas de conflit atomique, il ne resterait ni les uns ni les autres.

Plus que jamais, le temps est venu pour les Israéliens et les Palestiniens de cesser d'être les pions des aspirations hégémoniques des puissances du Moyen-Orient et de bâtir des relations de confiance afin de faire les compromis indispensables à une paix durable.