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Le mystère des dix tribus perdues d’israël: au Kurdistan et en Éthiopie

Beaucoup d’autres communautés de par le monde revendiquent leur appartenance aux dix tribus.

15/10/2017 08:00 EDT
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Quelles sont les sources historiques qui nous renseignent sur les tribus perdues d'Israël ?

Selon la Bible, les 10 tribus d'Israël furent exilées en Assyrie à Gozan, Kalah, Khabour et dans des villes de Médie (Rois II, 15-17) ainsi qu'à Hara (Chroniques I, 5). Toutefois, d'autres passages laissent entendre un exil vers l'Occident : ainsi, le prophète Amos (1-9) du VIIIe siècle avant l'ère courante déclare : je ne pardonnerai pas à Tyr « parce qu'ils ont livré une diaspora entière à Édom (l'Occident) sans se souvenir de l'alliance première. » De la même façon, le prophète Joël (4-4) émet un constat similaire à propos des Philistins, des Tyriens et des Sidoniens qui ont vendu les enfants d'Israël et de Juda aux Ioniens. Joël devait certainement se référer au siège de Lakhish par les Assyriens subséquent à la prise de Samarie.

Pour sa part, le Talmud (Midrash Rabba Shir hashirim) avance que les tribus auraient été exilées en Berbérie et en Samatrie (Septentrion ?). Des références sur le fleuve mythique du Sambation qui cesserait son débit le jour du Sabbat sont nombreuses (Genesis Rabba 73:6; Sanhedrin 7: 65b, 10:6/29b, Tanhouma - tissa exode 33-11 à 34-35) et sont reprises par Josèphe Flavius (Guerre des Juifs 7-97 à 7-98) et Pline l'ancien (Histoire naturelle 31-24).

Cette présence juive en Adiabène pourrait être considérée comme une preuve de la présence des tribus exilées par les Assyriens.

Lors du siège de Jérusalem, le tétrarque Hérode Aggripa II tenta de dissuader les Juifs de se révolter contre Rome, soulignant qu'ils ne pouvaient compter sur leurs frères d'Adiabène au-delà de l'Euphrate - soit la région du Kurdistan irakien actuel - car les Parthes ne le permettraient pas (Flavius Josèphe, La guerre des Juifs, Livre II, 16-4). Cette présence juive en Adiabène pourrait être considérée comme une preuve de la présence des tribus exilées par les Assyriens.

Au VIe siècle, Jérôme, traducteur de la Bible en latin, précise dans ses notes sur le livre d'Osée : les dix tribus habitent jusqu'à ce jour dans les cités et les montagnes des Mèdes et vivent sous le régime des Perses (Vulgate, tome 6. p.7 et p. 80). Les Mèdes sont les ancêtres des Kurdes. Les prophètes bibliques Nahum, Jonas et Daniel sont respectivement enterrés dans les villes du Kurdistan d'Alikush, de Ninive et de Kirkuk. Il est à souligner que du point de vue de la génétique, les Kurdes sont les plus rapprochés des Juifs au Moyen-Orient.

Au IXe siècle, le voyageur Eldad Hadani fascina les communautés juives de son temps en relatant l'existence d'un royaume de descendants de la tribu de Dan qui quitta le royaume d'Israël pour l'Éthiopie (Koush) afin de ne pas prendre part au conflit qui opposait les royaumes de Juda et d'Israël. Ces Danites auraient été rejoints par les tribus d'Asher, de Zabulon et de Naphtali. Ce royaume juif se trouverait au-delà du Sambation, fleuve mythique qui arrête de couler le jour du Sabbat. Eldad Hadani se rendit en Babylonie, en Afrique du Nord et en Espagne. La qualité de son hébreu intrigua alors les linguistes et son discours suscita bien des espérances.

Au XIIe siècle, le voyageur Benjamin de Tudèle visita 190 villes d'Europe, d'Afrique et d'Asie et relata ses péripéties. Parti de Saragosse, il se rendit jusqu'en Inde et revint en passant par Aden, l'Égypte et la Sicile. Il prit un intérêt particulier aux communautés juives de son temps et notamment celles qui étaient souveraines comme celles de Taima et de Khaybar, en Arabie, de Nishapur en Perse, ou des Falaschas d'Éthiopie. Selon lui, les Juifs de Khobar en Arabie de l'Est seraient originaires des tribus de Réuben, de Gad et de Manassé. Il rapporta également que les Juifs de Perse considéraient qu'ils étaient issus des tribus d'Asher, de Dan, de Naphtali, et de Zebulon.

À la même époque, les récits relatifs à un lointain royaume chrétien nestorien gouverné par le prêtre Jean circulaient en Europe et les commentateurs chrétiens l'associaient volontairement aux dix tribus d'Israël. Toutefois, le voyageur italien R. Obadiah ben Abraham of Bertinoro (XVe siècle), fit un pèlerinage à Jérusalem et rapporta avoir entendu dire que les descendants de la tribu de Dan avaient été en état de guerre constant avec le prêtre Jean.

En 1532, David Haréouvéni affirma provenir d'un royaume juif du Habor. Il désirait convaincre les pays chrétiens de s'allier à ce royaume pour libérer la Terre sainte. Il fut reçu par le pape qui lui donna des lettres de recommandation pour le roi du Portugal et le roi d'Abyssinie (Éthiopie). Il était accompagné d'un prétendu messie Salomon Molcho (1500-1532) et se présentait comme émissaire du roi Joseph qui régnait sur les tribus de Réuben, Gad et Manassé. Un siècle plus tard, un autre prétendu messie Shabbetaï Tzvi se présenta comme le chef des dix tribus perdues. Il alluma l'imagination des Juifs de son temps, car beaucoup crurent à la rédemption messianique toute proche.

Ces voyageurs et narrateurs éveillèrent l'intérêt pour les dix tribus perdues d'Israël dans le monde juif et notamment en Éthiopie. En 1528, le cabaliste jérusalémite R. Abraham ben Eliezer ha-Levi décrivit les Juifs d'Éthiopie comme les descendants des tribus de Dan et de Gad, soulignant que leur judaïsme est prétalmudique. Les Falasha ou Beta Israel sont des juifs d'Éthiopie des provinces de Gondar et de Tigré. Leur tradition attribue leur ascendance à l'époque du roi Salomon et à la reine de Saba. Ils se considèrent comme les descendants de la tribu de Dan et ont une bible en langue Ge'ez basée sur la bible hébraïque. Ils respectent le sabbat, les lois alimentaires, maintiennent des rites sacrificiels, dont le sacrifice pascal et ont un clergé dédié. Depuis 1984, plus de 100 000 d'entre eux ont émigré en Israël.

Beaucoup d'autres communautés de par le monde revendiquent leur appartenance aux dix tribus. Mais le mythe d'appartenance aux dix tribus d'Israël a également fait bien des adeptes en Europe et en Amérique au XIXe siècle.

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