David Bensoussan

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Les dommages collatéraux du projet de Charte des valeurs québécoises

Publication: 22/09/2013 10:07

Le projet de Charte des valeurs québécoises dépasse largement la problématique à laquelle il veut remédier. Des effets secondaires de très grande importance secouent la société montréalaise visée au premier plan, notamment les anglophones et une partie importante de la population des immigrants.

Lors de mes études de doctorat à l'Université McGill dans les années 70, j'ai pu constater que la majorité des finissants cherchaient à se placer dans le milieu du travail... ailleurs. L'idée de chercher du travail au Québec ne les effleurait même pas tant ils étaient convaincus qu'on ne voulait pas d'eux. Cette perception a donné lieu à un exode qui a de plus appauvri Montréal sur les plans économique et culturel. Cette perception refait surface aujourd'hui dans la communauté anglophone, certains se demandant s'ils ne devraient pas pousser leurs enfants à quitter le Québec pour un mieux-être, car ces personnes perçoivent les mesures restrictives prévues par cette charte comme étant exclusivistes, mesures qui depuis les années 70 continuent le processus de dégradation de leurs droits et libertés. Le fossé existant entre le Québec et le Kwebec va s'élargissant.

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Bien que le débat sur la laïcité concerne en principe toutes les confessions religieuses, beaucoup gardent présent à l'esprit un malaise manifeste devant un certain radicalisme musulman. Ces dernières décennies, la planète a été témoin de massacres de millions de personnes dont la majorité découle de luttes intermusulmanes, compte non tenu d'actes terroristes ciblant des innocents à travers le monde. Or, les normes restrictives associées à ce débat sont réinterprétées par les radicaux islamistes qui prétendent parler au nom des arabo-musulmans et qui cherchent à faire des émules en voulant développer une mentalité d'assiégés chez les modérés.

Ces radicaux ne sont pas contrecarrés par la majorité des modérés, et pour cause: dans les pays d'origine, se tenir coi en matière d'opinions politiques était le garant d'une protection contre des abus du pouvoir. La majorité des modérés n'a pas saisi l'opportunité de s'exprimer librement et de se démarquer des radicaux, ce qui en démocratie relève non seulement du droit, mais parfois même d'un devoir citoyen. Ainsi, les radicaux se réjouissent du débat, le public les perçoit comme l'expression de l'ensemble de la société musulmane laquelle continue de traverser une situation pénible.

Un projet de charte ne gouverne pas la perception qu'on en a lorsque l'esprit de la charte est brouillé par des considérations secondes. Le débat sur la laïcité a dérapé, car il a été accompagné de remarques sur les prétendus effets pervers du multiculturalisme. On a été jusqu'à vanter la laïcité française comme étant un parangon d'intégration alors que l'on y arrive à incendier près de 25 000 voitures en un an dans des banlieues «à problèmes». De ce fait, le débat dérive vers des amalgames faciles et vers des considérations qui sont loin de se limiter à la laïcité proprement dite. Supposer que l'on soit réticent à se faire soigner par un porteur d'une croix, d'une kippa ou d'un foulard, c'est insulter la mémoire des religieuses couvertes de coiffe des bonnes sœurs qui ont soigné des générations de Québécois avec un dévouement et une abnégation exceptionnels.

Le Canada, tout comme le Québec est dit-on, le pays des deux solitudes lesquelles ont appris à vivre ensemble en dépit des distinctions religieuses et nationales et en dépit des imperfections de la cohabitation. Pour bien des nations, le Canada est un phare et un exemple, car l'accommodement entre ses principaux peuples a évité des dérapages qui furent meurtriers ailleurs. Dans le village global qu'est devenue la planète, le visage humain du Canada et du Québec change. Dans notre société en mutation, il nous revient d'envisager un débat non partisan qui soit inclusif, serein et respectueux des différences.

Pour le bien de tout un chacun.

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  • Les religions au Québec

    Voici les 10 religions les plus présentes au Québec selon les dernières données de Statistique Canada (recensement 2001) Population du Québec: 8 013 073

  • 10- Sikhs

    Nombre: 8 220 Pourcentage: 0,1 % Évolution par rapport à 1991: +81,7 %

  • 9- Hindouistes

    Nombre: 24 530 Pourcentage: 0,3 % Évolution par rapport à 1991: +73,7 %

  • 8- Bouddhidtes

    Nombre: 41 380 Pourcentage: 0,6 % Évolution par rapport à 1991: +30,8 %

  • 7- Chrétiens

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  • 6- Juifs

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  • 3- Protestants

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  • 2- Sans religion

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  • 1- Catholiques

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