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Le blitz du Qatar

10/05/2013 09:32 EDT | Actualisé 10/07/2013 05:12 EDT
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Québec et Ottawa ont décidé de serrer les rangs pour s'opposer au transfert de l'Organisation de l'aviation civile internationale de Montréal à Doha, capitale du Qatar. Bien des observateurs sont intrigués par les desseins de ce pays qui se trouve sur la ligne des avants sur de nombreux fronts. Que sait-on sur le Qatar ?

Le Qatar fait beaucoup parler de lui ces dernières années, que ce soit par ses investissements économiques à grand retentissement, sa présence médiatique ou ses interventions sur la scène internationale. C'est un pays de 1, 8 millions d'habitants dont seulement 200 000 nationaux, gouverné par l'entreprenant émir Hamad. Ce dernier a évincé son frère de la succession puis pris le pouvoir en 1995 alors que son père Khalifa était en vacances en Suisse. Bien que le Qatar fasse la promotion de la démocratie dans le monde arabe, il est loin d'en donner l'exemple. C'est un émirat dont les 45 parlementaires sont désignés par l'émir et il est question d'en faire élire les deux tiers en 2013. Les libertés civiques et la liberté d'opinion sont limitées et la protection légale des travailleurs étrangers laisse grandement à désirer.

Le Qatar est le plus grand exportateur de gaz liquéfié. Ses revenus se montent au 1/7 de ceux de l'Arabie saoudite et son PNB par habitant lui est plus de cinq fois supérieur. L'activité économique du Qatarest marquée par des actions d'éclat : promotion de l'activité économique dans les banlieues françaises ;lancement d'un fonds d'investissement de 100 milliards en Europe ;prêt de 3 à 4 milliards de dollars accordé à l'Égypte ;acquisition de l'équipe de football Paris St-Germain et des magasins Le Printemps à Paris (la France a enfin son printemps arabe) ;sponsorisation du club de football FC Barcelone; hébergement des Jeux olympiques de soccer en 2021, pressions visant à déplacer le siège social de l'Organisation de l'aviation civile internationale de Montréal à Dohaet financement de la construction du plus haut gratte-ciel à Londres : la tour Shard. Nulle surprise si la revue The Economista qualifie le Qatar de « pygmée avec le punch d'un géant. »

Sa chaîne de nouvelles Al-Jazeeraa encourage l'émergence du printemps arabe tout en ménageant ses états voisins, des monarchies quasi absolues pour la plupart.Elle offre un temps d'antenne appréciable au prêcheur égyptien radical Yusuf Al-Qardawi affilié aux Frères musulmans. L'Arabie saoudite ne serait pas satisfaite de la préséance grandissante du Qatar dans les affaires internationales et de la couverture médiatique d'Al-Jazeera, mais il semblerait que ces deux pays se soient rapprochés lorsque la tension avec l'Iran a augmenté. Pour le Qatar, l'Iran ne serait pas étranger aux remous des chiites au Bahreïn. Dans les émirats, les chiites sont parfois considérés comme une cinquième colonne à la solde de l'Iran et tout changement de statut pourrait mettre fin à la stabilité dans cette région du monde.

Compte non tenu de son rôle économique, le Qatar est présent dans de nombreux points chauds de la planète. Ses achats d'armes à la France, à l'Allemagne et aux É.-U. sont considérables pour une armée de près de 12 000 hommes. En 2008, il aurait proposé ses services de médiation au Liban, au Yémen et au Soudan. Le Qatar a des relations économiques officielles avec Israël depuis 1996 et fait fi du boycottage de la Ligue arabe. Il a également donné asile au leader du Hamas après que celui-ci se soit distancié du régime syrien et a proposé ses services de médiation entre Israël et le Hamas. Il a encouragé les Frères musulmans en Égypte et en Tunisie,a participé activement aux opérations militaires en Libye et offert un appui militaire aux radicaux libyens. Il a offert d'ouvrir un bureau aux talibans à Doha. Son soutien aux salafistes du Mali a créé un malaise avec la France. Après l'échec de la médiation de la Ligue arabe en Syrie, le Qatar a proposé à cette dernière d'envisager une opération militaire contre la Syrie.Toutefois, l'Arabie aurait accusé le Qatar d'armer les extrémistes de l'opposition au gouvernement syrien.

Le régime iranien qui partage avec le Qatar des champs gaziers soutient totalement le régime syrien de Bachar El Assad et voit d'un mauvais œil la position du Qatar sur la Syrie. Ailleurs, bien des observateurs s'interrogent sur l'utilité ou la finalité de l'interventionnisme tous azimuts du Qatar.

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