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Comment expliquer la baisse de natalité dans la majorité des pays du Moyen-Orient?

31/07/2016 08:54 EDT | Actualisé 31/07/2016 08:55 EDT

Comment expliquer la baisse de natalité dans la majorité des pays du Moyen-Orient alors que la mortalité infantile est généralement en baisse? Plusieurs possibilités d'explication peuvent être mises de l'avant: on peut attribuer la baisse de natalité à l'augmentation du niveau de vie qui permet d'offrir de meilleures conditions économiques aux familles ayant moins d'enfants ou au fait que les femmes veulent poursuivre des carrières et ne plus se cantonner en position de soumission qui a été leur lot dans les sociétés traditionnelles.

Les sociétés qui s'éloignent de la religion tendent à faire moins d'enfants comme cela a été le cas au Québec. En effet, les mosquées iraniennes sont de moins en moins fréquentées.

Trois indices permettent de mesurer les tendances démographiques: le taux de natalité, le nombre de mariages et le taux d'infertilité. Un taux de naissances moyen de 2,1 par femme est le seuil d'une population croissante. Le taux de naissance par femme est généralement en baisse: au cours des 30 dernières années, il a décru de 41% dans 49 pays musulmans, comparé à une décroissance de 33 % pour l'ensemble de la planète. Le pourcentage de baisse le plus fort dans les 30 dernières années est noté dans les pays suivants: Iran, les pays du Golfe, l'Algérie et la Tunisie, pays dans lesquels le taux de naissance a décru de 60% et plus.

L'ex-président de l'Iran Ahmadinejad avait qualifié de génocide la planification des naissances. La sévérité de la situation est telle qu'il avait proposé de réduire de 60 000 à 10 000 le nombre de villages en Iran, quitte à déplacer 30 millions d'Iraniens. Le taux de natalité est passé de 7 enfants par femme en 1979 à moins de 1,8 en 2015. Ce taux de décroissance est le plus fort au monde. Un autre phénomène difficilement explicable est le taux d'infertilité qui est le plus élevé au monde, soit 25%, comparé à 11% en Europe ou en Inde. En outre, dans les années 2050, le tiers de la population sera âgé de 60 ans et plus, comparé à 7% aujourd'hui. Cela constituera un fardeau économique important sur le reste de la population, considérant que le PNB par habitant est actuellement de 7 000 $.

Le président turc Erdogan a qualifié de criminelle la planification des naissances. Le taux de natalité de la minorité kurde est double de celui des Turcs et la majorité des jeunes sera kurde dans les années 40. Dans le nord et le nord-ouest de la Turquie, le nombre moyen d'enfants par femme est de 1,5 alors qu'il varie entre 3,2 et 4,2 dans les régions du sud-ouest majoritairement kurdes. Entre 2001 et 2015, le nombre de mariages a décru de 30% à Istanbul et de 40% dans la capitale Ankara, ce qui devrait accélérer la décroissance des naissances.

«Comment la Turquie va-t-elle réagir lorsque la majorité des jeunes Turcs seront des Kurdes?»

Ailleurs, le taux des naissances par femme gravitait autour de 7 au Moyen-Orient et en Afrique du Nord dans les années 50. En 2014, il a chuté à 3,4 en Irak, 3,1 en Jordanie, 2,9 en Égypte, 2,7 en Algérie, 2,1 en Arabie, 2,1 au Maroc et 2 en Tunisie. Le taux des naissances par femme des Israéliens et des Palestiniens en 2015 gravite autour de 3.

Ces tendances démographiques à la baisse jettent un éclairage complémentaire par rapport à certaines déclarations émanant des leaders du Moyen-Orient et permettent d'entrevoir des problématiques sérieuses qui devront être confrontées: dans combien de temps se déclenchera la bombe à retardement de l'instabilité alors qu'en dépit de la baisse de natalité, les perspectives d'emplois ne sont guère optimistes? Comment la Turquie va-t-elle réagir lorsque la majorité des jeunes Turcs seront des Kurdes? Le vieillissement de la population en Iran et la baisse des revenus pétroliers encourageront-ils le gouvernement iranien à mettre la main sur les pays du Golfe?

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