Daniel Raunet

RECEVEZ LES NOUVELLES DE Daniel Raunet
 

Anglicisation de la main-d'oeuvre: Le projet du PQ ne changera rien

Publication: 06/12/2012 11:31

Le projet de loi péquiste modifiant la Loi 101 ne résoudra pas l'anglicisation de la main d'œuvre. En effet, le texte ne change rien à la situation de l'immigrant ou du Québécois qui se voient exiger la connaissance de l'anglais pour un emploi (6 offres d'emploi sur 10 aux sites montréalais d'Emploi-Québec le mois dernier, cf. mon article du 16 novembre dernier dans le Huffington Post Québec).

La Charte actuelle proclame (art. 4) « Les travailleurs ont le droit d'exercer leurs activités en français. » Et elle ajoute (art. 46) : « Il est interdit à un employeur d'exiger pour l'accès à un emploi ou à un poste la connaissance ou un niveau de connaissance spécifique d'une langue autre que la langue officielle, à moins que l'accomplissement de la tâche ne nécessite une telle connaissance. » La nouvelle version reprend le même langage, mot pour mot, à l'article 47. Tout ce qu'on a ajouté, c'est que les entreprises de dix employés et plus devront apposer des affiches pour informer les employés de leurs droits. Bravo! Mais qu'est-ce qu'on fait si la vieille Charte ou la nouvelle ne sont pas respectées? C'est très simple: rien.

En effet, dans les deux versions, c'est au travailleur qu'il incombe de porter plainte. Dans la Charte actuelle, il doit se plaindre (art. 46) auprès de la Commission des relations du travail ou, s'il est syndiqué, par voie de grief. Et que dit le nouveau projet? La même chose (art. 46). Or, on sait très bien qu'en matière de violation des droits collectifs, par exemple la parité salariale homme femme, il est injuste et inefficace de mettre le fardeau sur les épaules de la victime de discrimination. La plupart des gens ne se plaignent pas et, s'ils le font, les procédures sont tellement longues et rebutantes qu'elles ne leur sont d'aucune utilité. Seule une intervention proactive par un organisme public peut amener un changement significatif des habitudes des employeurs délinquants. Un organisme public avec des ressources et une expertise suffisantes doit intervenir, dans ce cas-ci une agence comme l'Office québécois de la langue française.

Jusqu'en 2001, l'OQLF avait un pouvoir d'intervention afin d'empêcher l'exigence abusive de l'anglais dans les offres d'emploi. Or, un grand patriote péquiste du nom de Bernard Landry lui a enlevé ce droit en 2001. Et aujourd'hui, une autre grande patriote péquiste, Pauline Marois, ne fait pas mieux. La vérité toute crue, c'est que les péquistes ont sorti un document bidon qui cache à peine leur préoccupation première : ne pas mécontenter les milieux d'affaires.

Pour terminer, trois offres d'emploi au site montréalais d'Emploi-Québec d'aujourd'hui même :

« N° de l'offre : 3511192. Commis aux fruits et légumes - Responsable du département fruits et légumes;- S'assurer d'une belle présentation des produits à l'étalage; - Faire le remplissage et la rotation des produits; toujours avoir des produits frais; - Indiquer dans le registre d'inventaire les pertes des produits; - Et autres tâches connexes reliées à l'entretien ménager des lieux. Langues demandées, langues parlées français et anglais. Autres langues ou précisions : Anglais fonctionnel. »

« N° de l'offre : 3510124. Nettoyeur-nettoyeuse-entretien ménager : Travail général d'entretien ménager. Moper les plancher, vider les poubelles, nettoyer les toilettes, etc... Autres langues ou précisions : français, anglais ou bilingue. »

« N° de l'offre : 3507905. Ouvrier-ouvrière à la production : Un de nos clients, situé à Montréal, est à la recherche d'une personne autonome afin de combler un poste d'ouvrier(ère) de production. Vos principales fonctions seront : assister l'opérateur de la machine sur une ligne de production, trier différentes pièces, entretenir l'aire de travail ainsi que toutes autres tâches connexes. Langues demandées langues parlées : français et anglais - langues écrites : français et anglais. »

Aujourd'hui, il faut savoir l'anglais pour parler aux toilettes, aux pièces détachées et aux patates. Parions que demain, il faudra toujours savoir l'anglais pour parler aux toilettes, aux pièces détachées et aux patates.

 
Suivre Le HuffPost Québec