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Charte des valeurs: beaucoup de bruit devant la discussion québécoise

03/09/2013 03:36 EDT | Actualisé 02/11/2013 05:12 EDT

Suite aux interventions des trois chefs des principaux partis fédéralistes à Ottawa, je crois qu'il est nécessaire de prendre un moment pour cerner l'importance de ce débat qui s'amorce au sein de la nation québécoise et auquel l'ensemble des Québécois et Québécoises sont conviés.

Au cœur de toute cette spéculation, une question est et doit demeurer centrale. Elle interpelle chacun de nous au-delà de nos confessions, de nos ancêtres ou de nos accents, sans pour autant écarter tout ce qui fait de nous des individus à part entière.

Si, depuis la Révolution tranquille, le Québec a grandi et s'est défini comme nation moderne en s'ouvrant sur le monde, plus récemment la mondialisation lui a offert l'occasion d'une maturité plus accomplie en lui posant une question d'avenir : comment penser le pluralisme à l'intérieur de la nation ?

S'interroger à ce sujet, c'est partir de notre individualité pour s'élever collectivement et travailler ensemble à se donner des fondations qui correspondent à nos aspirations, nos rêves et nos projets en tant que société, en tant que nation québécoise.

Se poser cette difficile question demande courage, respect et ouverture. Je suis fier de sentir que la nation québécoise est assez mature pour faire face à cet exercice collectif !

Le processus est constructif : il faut cesser d'agiter des épouvantails pour éviter le cœur du débat.

Par démagogie, par peur ou tout simplement parce qu'ils ne comprennent pas ce qui rend le Québec d'aujourd'hui si distinct, certains tentent de donner un tout autre sens au désir d'affirmation de la nation québécoise.

Soyons donc clairs : le Québec sera toujours plus riche de la diversité qui l'animera encore longtemps et de l'apport précieux des Québécoises et des Québécois issus de l'immigration. Ils ne seront jamais des citoyens de seconde classe ; les communautés autochtones et anglophone du Québec non plus.

Faire déraper le débat vers une mise en scène aussi malheureuse ne pourrait que nuire et abaisser le niveau de réflexion. Le parallèle avec une société ségrégationniste qu'a tenté Justin Trudeau n'existe pas !

Il s'expliquera sur ce qui le pousse à qualifier les citoyens québécois d'intolérants, j'en suis convaincu.

Quant aux dérives sur un Québec xénophobe au nationalisme ethnique qui ressortent trop souvent de la presse anglophone, elles témoignent avant tout d'une incompréhension ce qui anime véritablement la nation québécoise.

Il faut laisser le Québec d'aujourd'hui nous habiter pour réellement comprendre ce qui se passe et savoir faire confiance à TOUTES les Québécoises et TOUS les Québécois dans ce qu'ils sont sur le point d'entreprendre.

Contrairement à ce que certains ont dit du Bloc Québécois dans les médias récemment, jamais nous n'avons affirmé qu'il y avait des Québécoises et des Québécois qui ne devraient pas avoir droit de se prononcer dans le débat. Cependant, le problème avec l'affirmation de Thomas Mulcair est qu'il semble oublier qu'il a parlé à titre de chef d'un parti canadien. Lorsqu'il se permet de fixer avant toute une nation le cadre d'acceptabilité du résultat d'un débat qui n'est encore qu'en genèse en disant que sinon « nous nous y opposerons », c'est l'opposition officielle du Canada qui détermine ce qui est acceptable pour le Québec !

La question n'est pas de savoir si un fédéraliste ou un anglophone est Québécois. Le « nous Québécois » est et sera toujours inclusif quoi qu'on en dise.

D'ailleurs, en janvier 2000 le Bloc Québécois a adopté une Déclaration de principes qui formalisait officiellement ce qui fonde notre identité commune en tant que nation.

« Il ne saurait y avoir de nation québécoise s'il n'existait pas, sur le territoire du Québec, une majorité de Québécoises et de Québécois francophones ayant une langue, une culture et une histoire spécifiques, qui fondent leur identité commune. Celle-ci doit continuer de s'épanouir dans le respect du pluralisme culturel qui existe au sein de la société québécoise. »

Bref, nous sommes et demeurons toutes et tous « Québécois sans exception ». Cependant, la nation québécoise ne forme pas un tout indifférencié. Elle ne forme pas non plus une mosaïque d'individus reliés par des liens ténus comme le prône le multiculturalisme canadien.

Le multiculturalisme

Le multiculturalisme comme idéologie et comme discours politique a toujours été rejeté au Québec d'autant plus qu'il ouvre sur le fractionnement de la société en une multitude de solitudes et qu'il a été élaboré dans le but précis de nier la nation québécoise.

Le modèle québécois a été construit sur de toutes autres bases et prend acte de l'existence d'une majorité infiniment minoritaire sur le continent nord-américain. Cette approche, pour la résumer, s'inscrit dans le développement ouvert d'une nation francophone qui forme une communauté politique déjà constituée, qui a des valeurs qui lui sont propres et qui est le pôle principal d'une intégration respectueuse.

Puisqu'il y a tant de réactions fédérales alors qu'aucun élément de la Charte des valeurs québécoises n'a été soumis à la population, force est de constater que ce sont ces deux approches qui se font face et qui mettent à jour une autre dimension de la fracture évidente entre la nation du Québec et le Canada.

Quoi qu'aurait aimé en dire Stephen Harper à Toronto, Thomas Mulcair à Montréal ou Justin Trudeau à Georgetown, ce ne sont pas les séparatistes qui soulèvent inutilement la chicane. Après tout, le 11 novembre 1971, Robert Bourassa (un fédéraliste !) écrivait à Pierre Elliott Trudeau en affirmant que « cette notion [le multiculturalisme] paraît difficilement compatible avec la réalité québécoise ». Force est de constater qu'elle l'est d'autant plus en 2013 et qu'il ne suffit pas de tourner le dos au Québec pour qu'il arrête de s'affirmer pour lui-même...

Nous y reviendrons, mais pour l'instant laissons la nation québécoise débattre comme elle sait si bien le faire !