Daniel Marois

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Tout homme rêve d'être un gangster, de Jean Charbonneau: crapules de Montréal

Publication: 12/06/2013 11:47

Les balbutiements de la pègre et de la mafia italienne dans le Montréal des années 40. Cupidité. Contrôle. Pouvoir. Le roman policier québécois de grande qualité poursuit sur sa lancée, voici Tout homme rêve d'être un gangster de Jean Charbonneau.

style="float:Jérôme est le caïd de la famille Ménard. Il porte le surnom de «roi de la main» car il a droit de vie ou de mort sur tous les commerces qu'ils protègent... de lui-même! Il extorque autant les propriétaires que les employés. Dans ce monde interlope, chaque groupe se partage le territoire. C'est la collusion avant l'âge! Il y a le racket, les danseuses, la prostitution, le jeu et les stupéfiants. Jérôme reconnaît que son métier est dangereux. Il ne veut pas que son frère Georges travaille pour lui. Alors Georges devient portier puis chauffeur privé pour le clan Basora qui contrôle la drogue. Lorsque Jérôme décide d'élargir ses activités avec l'héroïne, Georges est pris entre sa loyauté familiale et sa fidélité au camp Basora. L'une des premières guerres de gang va bientôt éclater.

Construit comme un scénario avec de courts chapitres, entremêlant des anecdotes savoureuses sur l'histoire de la famille Ménard, le roman compose un portrait saisissant d'une famille montréalaise du début du vingtième siècle. Le polar de Jean Charbonneau amène un changement dans l'image projetée du personnage québécois franco catholique. Il n'est pas ici le gagne-petit, le porteur d'eau habituel. S'il naît pauvre, ce n'est pas un handicap, plutôt une motivation à changer les choses. Les protagonistes, bien campés, sont sympathiques même s'ils exercent des métiers illicites.

Tout homme rêve d'être un gangster est un roman historique et un polar noir. Il est le reflet de la société et de ses préoccupations. Bien qu'il prenne ses racines dans l'après-guerre, le récit est écrit au présent. À travers la narration se déroulent des événements qui rappellent fortement notre actualité: collusion, corruption, élection arrangée. L'envie de le qualifier d'allégorie est donc bien tentante. Montréal représente déjà cette ville qui appartient à qui veut bien se la payer!

Ce Montréal est séduisant et pittoresque. Le passage à l'industrialisation est en cours et si les grandes artères sont tracées, elles sont empruntées par toutes sortes de véhicules; des tramways aux automobiles, chevaux et carrioles. Sur les trottoirs se côtoient autant les riches que les pauvres, les crapules et les gens honnêtes.

Il s'agit de l'un des rares exemples de polar noir québécois. La parole est donnée aux criminels, à tous ceux qui vivent du racket de protection, de la drogue, de la prostitution et des jeux clandestins.

Le roman affiche beaucoup de retenue. Un peu comme si Jean Charbonneau hésitait à libérer le fauve en lui. Une pudeur qui donne un genre hybride alors que le sujet se prêtait à un grand roman noir; violent et impertinent.

Le polar est écrit avec doigté et Jean Charbonneau possède l'art subtil du dialogue, ce qui n'est pas attribué à tous. De fins moments d'humour et des scènes imaginatives font espérer que l'auteur nous réserve d'autres excellents romans dans le futur. La finale tout en rebondissement est particulièrement réussit. Ce qui m'amène à conclure que l'auteur ne devrait plus exercer de retenue avec son talent.

Jean Charbonneau, Tout homme rêve d'être un gangster, Éditions Québec Amérique. Mars 2013. 277 pages. Aussi disponible en format EPUB et PDF.

 

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