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Roger Jon Ellory, Les Anges de New York

28/03/2012 10:49 EDT | Actualisé 28/05/2012 05:12 EDT

Plongée dans le monde imbibé de l'inspecteur éponge...

Les Anges de New York est possiblement l'un des polars les plus attendus cette année. RJ Ellory est un auteur renommé et toutes ses œuvres sont encensées. Qu'ai-je donc à ajouter aux concerts d'éloges qui accompagnent la sortie de ce nouveau titre? Un petit bémol, peut-être un couac dans la mare aux canards.

L'inspecteur new-yorkais Frank Parrish est forcé par sa hiérarchie à subir une psychothérapie avec la psychologue maison s'il veut poursuivre sa carrière dans la police. Les démons qui le hantent sont nombreux. Son existence au complet va de travers. Il est divorcé et sa relation avec son ex-épouse est pour le moins acrimonieuse. Ses deux enfants, jeunes adultes, entretiennent avec lui des relations sporadiques et frustrantes. Son coéquipier est mort en service. Il fait l'objet d'une enquête interne.

Pour couronner le tout, il doit vivre avec le fantôme de son défunt père, une légende de la célèbre brigade d'élite du NYPD surnommée Les anges de New York, laquelle a débarrassé la mégapole de l'emprise de la pègre. Mais Parrish est persuadé que ce père abhorré était un pourri et qu'il mangeait à la même gamelle que les malfaiteurs.

Alors Frank Parrish boit. Il noie ses souvenirs tous les soirs, deux bouteilles de whisky...

Mais oui, il y a aussi une véritable enquête, sinon je n'aurais jamais tenu le coup devant tant d'inepties.

Des gamines sont tuées et l'inspecteur Frank Parrish discerne un leitmotiv d'âge et d'apparence physique chez les victimes. Il découvre surtout que les fillettes sont toutes des cas d'enfants abandonnés par leur famille et pris en main par le service de l'aide familiale. Il soupçonne un employé d'avoir commis les crimes ou d'avoir vendu les adolescentes à un groupe de sadiques pratiquant le « snuff movie ». Pornographie, viol et meurtre, le tout filmé puis vendu clandestinement.

Il s'agit bien évidemment d'un classique roman policier d'investigation. Une intrigue extrêmement bien menée qui rappelle la manière John Harvey. Malheureusement, pour moi, la partie enquête est enrobée dans le reste, ensevelie dans les balourdises et la lecture s'en trouve alourdie.

Ces inspecteurs alcooliques qui font la leçon, on en a assez lu, non? Avec les quantités ingurgitées, jamais un humain ne tiendrait debout pour se relever le lendemain presque frais pour mener une enquête qui demande à avoir les idées claires. Il faudrait que l'auteur s'arrête un instant pour se demander une bonne fois pour toutes jusqu'où son personnage peut boire sans perdre toute crédibilité. Il me semble qu'une couple de whiskys suffise pour endormir cette « douleur » et que deux bouteilles par jour... Un peu comme au cinéma, au théâtre, un personnage qui lâche quelques jurons est un sacreur impénitent. Un personnage qui jure à toutes les phrases est un emmerdeur. On y perd et les intentions et la caractéristique. Figure centrale du récit, John Parrish, malgré ses malheurs, est un personnage peu crédible. Parvenir à résoudre cette série de crimes au travers le coma éthylique qui le guette, est une action herculéenne. Ce n'est plus John Parrish, c'est Hercule Poivrot!

J'avais abandonné Vendetta, son polar précédent, en raison du mortel ennui qui m'assaillait. Je me suis rendu jusqu'au bout des Anges de New York. C'était le moment de la dernière chance. Fiche perdante donc pour cet auteur vedette du polar contemporain.

Bonne année quand même, Roger!

Roger Jon Ellory, Les Anges de New York, Éditions Sonatine, mars 2012. Traduit par Fabrice Pointeau (Saints of New York, 2010). 551 pages.