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Repentir(s) de Richard Ste-Marie et Trois de Sarah Lotz: polars inachevés

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Bien que pour des raisons assez différentes, aucun de ces deux polars n'aura su me satisfaire pleinement. J'aurais voulu pour Repentir(s) de Richard Ste-Marie un petit peu plus de suspense et pour Trois de Sarah Lotz une narration moins monolithique.

style="float:Le tout premier roman de la jeune anglaise Sarah Lotz, Trois, commence avec un premier chapitre savoureux. Une Américaine plutôt obèse prend l'avion, seule, en direction de Tokyo. Toute la scène, jusqu'à l'écrasement de l'appareil, est écrite de façon tout simplement magistrale et laisse présager un polar d'une grande envergure. Malheureusement, il n'y aura que ce lumineux envol, le reste sombrant plus vite qu'un avion dans l'océan.

Par un jeudi noir, quatre avions s'écrasent sur quatre continents. Les examens des boîtes noires démontrent qu'il s'agit de défaillances techniques. Trois enfants survivent aux « crashs ». Les impacts ont été d'une telle violence que les experts demeurent incrédules devant ces miraculés. Il n'en fallait pas plus pour que l'opinion publique s'emballe. Certains émettent l'hypothèse qu'il s'agirait d'extra-terrestres venus nous conquérir. D'autres vont y voir l'occasion de mousser leur secte en prétendant qu'il s'agit d'un messager divin, que les enfants sont la réincarnation des quatre chevaliers de l'apocalypse et que la fin du monde est à nos portes. Après tout, la date des écrasements est le 12 janvier 2012 et les Mayas nous ont préparés aux pires cataclysmes... (Zut! On s'en croyait débarrassés, mais les revoici...).

Tous les événements mondiaux - guerres, famines, catastrophes naturelles, gouvernements corrompus (et réélus), la faillite des démocraties, l'errance de la gauche - et tout ce qui peut aller mal dans le monde sont réinterprétés sous le prisme de la foi, des croyances et de la dévotion à cinq sous. On a droit à un délire de bondieuseries qui, je l'avoue, m'horripile. Malheureusement, les divagations ne cessent pas aux chapitres qui suivent.

La piste terroriste est effleurée. D'autres thèses sont évoquées, mais aucune n'est sérieusement creusée. Sans cesse l'auteure revient à tire-d'aile vers ce qui l'intéresse réellement : la thématique de la religion et surtout les croyances aveugles des gens pour quelque gourou que ce soit. Rien de bien original à dénoncer des sectes.

La structure romanesque est celle de l'enquête journalistique, presque une thèse sur le sujet avec de multiples points de vue, des entrevues, extraits de journal intime, courriels, etc.

Cependant, la direction à sens unique que prend Sarah Lotz pour élaborer sa création est à l'opposé de celle suggérée par son premier chapitre tout en finesse et en sensibilité. Trois fois hélas, le chemin emprunté par la narration s'avère pauvre et le roman passe complètement à côté de ses promesses.

Repentir(s) de Richard Ste-Marie

style="float:Richard Ste-Marie nous présente la troisième enquête du sergent-détective de la Sûreté du Québec, Francis Pagliaro dans Repentir(s) : un personnage assez loin des clichés du genre, philosophe à ses heures, opiniâtre, aussi modeste que doux.

Deux meurtres sont commis dans une galerie d'art de Montréal : celui du propriétaire de la galerie ainsi qu'un agent du service de police de la ville de Montréal. Les enquêteurs mettent lentement les indices à jour et découvrent peu à peu que le galeriste trempait dans le blanchiment et la contrefaçon.

Le roman de l'auteur québécois remonte doucement le fil des événements et expose de façon réaliste les difficultés d'une enquête policière et ce que vivent les forces de l'ordre au quotidien (beaucoup de piétinement et plus de questions, que de réponses). Il n'y a ni scènes spectaculaires ni explosion de violence. Ici, tout est contenu, circonscrit à la scène des meurtres, la galerie d'art, un lieu où Pagliaro retourne sans cesse, pour se replonger dans l'exposition et tenter de comprendre les motivations du criminel.

Le polar se déroule en deux temps. À l'enquête, viennent s'intercaler de nombreux retours en arrière, dans le passé de deux gamins. On devine donc rapidement que ces adolescents vont refaire surface et se retrouver au centre du crime. Au niveau structurel, les lecteurs connaissent les acteurs du crime bien avant que le sergent-détective ne commence à jeter un œil vers eux. Ces nombreux retours dans le passé, s'ils viennent donner un motif à l'assassin, restreignent du même élan les possibilités de créer du suspense. Les hésitations et tergiversations du sergent-détective finissent par lasser un peu, puisque le lecteur en sait bien plus que lui. Pagliaro parvient bien entendu à se rendre au même niveau de connaissance, mais si le chemin qui mène au coupable est intéressant, il est aussi sans surprise.

Repentir(s), de Richard Ste-Marie, se lit agréablement parce qu'il est ciselé avec justesse, mais je trouve qu'à l'imaginaire de ce drame œdipien, il manque quelque chose comme un sphinx.

En terminant, connaissez-vous le mouvement Oublie un livre quelque part ? Du 8 au 14 septembre 2014 vous trouverez des livres dans les lieux publics. Vous en prenez un, vous en laissez un. De plus, le 8 septembre est la journée mondiale de l'alphabétisation... Une belle occasion de faire des découvertes. Laissez-moi savoir si vous trouvez l'un ou l'autre des romans en chronique...

Sarah Lotz, Trois, Éditions Fleuve Noir. Traduction de Michel Pagel (The Three, 2014). Juin 2014. 412 pages. Livre et Ebook.

Richard Ste-Marie, Repentir(s), Éditions Alire. Août 2014. 334 pages. Livre et Ebook.

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