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«Redemption road» de John Hart

Le tueur en série est devenu le personnage le plus facile à créer et le plus barbant à suivre.

31/12/2017 08:00 EST
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Le tueur en série est au roman policier contemporain ce que le détective privé était au roman noir : un personnage tout ce qu'il peut y avoir de fictif. Par ailleurs – ne vous en faites pas – j'arrête tout de suite cette analyse. Là où le privé se démarquait par sa personnalité, sa dégaine, son attitude et ses histoires sordides, parfois abracadabrantes, souvent passionnantes, le « serial killer » est devenu d'un ennui mortifiant. Il tue. Il assassine, se prenant au passage pour un metteur en scène en signant des meurtres gratuits autour d'un rituel de pacotille.

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Redemption Road de John Hart commence avec une jeune policière accusée d'avoir utilisé une force excessive afin de libérer une adolescente de ravisseurs occupés à la violer à répétition. Dix-huit balles pour débarrasser la terre de ces malpropres.

Ensuite, on assiste à la libération de prison d'un autre policier accusé d'avoir assassiné sa maitresse, mère d'un bambin. L'orphelin l'attend d'ailleurs à la sortie du pénitencier pour lui rendre la monnaie de sa pièce.

Toutes ces histoires personnelles vont venir s'imbriquer l'une dans l'autre et créer un suspense qui augmente d'un cran lorsqu'une autre jeune fille est retrouvée morte sur l'autel d'une église abandonnée, dans un rituel qui ressemble point par point à celui pour lequel le policier a passé plusieurs années en dedans. Il se retrouve à l'évidence le suspect numéro un.

En parallèle, le chef de la prison et quelques gardiens en mènent large et sèment la terreur dans la ville aussi bien qu'en prison. Ils cherchent le trésor d'un ancien détenu et sont persuadés que l'ex-flic est au courant.

Tout allait bien dans ce roman aux personnages bien campés. L'histoire était crédible et les relations complexes. Jusqu'à ce moment fatidique où l'auteur perd le fil et invente moult cadavres trouvés sous une église abandonnée. Le policier étant en prison au moment de la disparition de ces femmes, il devrait être disculpé, hélas pas tout à fait, le narrateur persiste à vouloir le retrouver alors qu'il n'y a plus aucune logique, comme s'il voulait à tout prix poursuivre un suspense qui a déjà pris l'eau.

L'auteur tente de brouiller les pistes en faisant intervenir un coupable potentiel qu'on n'avait pas encore rencontré, un vieux piège qui ne fonctionne plus depuis des décennies.

L'auteur tente de brouiller les pistes en faisant intervenir un coupable potentiel qu'on n'avait pas encore rencontré, un vieux piège qui ne fonctionne plus depuis des décennies. À bout de solution, un tueur en série vient s'ajouter à l'histoire, un tueur prévisible au possible et dont les motivations sont aussi obscures que farfelues.

Le reste du polar se perd donc dans des méandres qui aboutissent à une finale mélodramatique qui transporte soudainement le lecteur à Disneyland.

John Hart aura tenu le coup jusqu'au trois-quarts du roman avant de céder à la facilité.

Le tueur en série est devenu le personnage le plus facile à créer et le plus barbant à suivre. Le prochain que je croise au détour d'un roman, je l'abats froidement.

Sur les tablettes

Ian Manook, Mato Grosso (Éd. Albin-Michel)

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Une odeur sauvage de terre trop riche et d'humus brun. La beauté vénéneuse de la jungle dans laquelle on s'enfonce jusqu'à s'y noyer. La violence du ciel et la moiteur des nuits. L'amour qui rend fou et la mort... incontournable.

Est-ce pour faire la paix avec lui-même que Haret, écrivain bourlingueur, est revenu après un exil de trente ans? Est-ce parce qu'il a le sentiment que c'est la dernière fois?

Dans un Brésil luxuriant jusqu'à l'étouffement, peuplé d'aventuriers, de trafiquants et de flics corrompus, le nouveau roman de l'auteur de Yeruldegger nous ensorcelle et nous prend à la gorge.

Donna Leon, Minuit sur le canal San Boldo (Éd. Calmann-Levy)

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Au cœur de la nuit vénitienne, une adolescente chute du pont San Boldo dans un canal. Incapable de nager, Manuela est sur le point de se noyer quand un passant la sauve. Mais elle n'en sort pas indemne, souffrant de dommages cérébraux irréversibles qui la condamnent à garder à tout jamais l'esprit d'une enfant.

Quinze ans plus tard, à l'occasion d'un gala de charité, Brunetti rencontre la comtesse Lando-Continui, une riche mécène, qui s'avère être la grand-mère de Manuela et qui lui demande d'enquêter sur le drame. Elle est convaincue qu'il ne s'agit pas d'un simple accident. Le commissaire hésite, car si c'était un crime, il y a prescription. Guidé par la curiosité, la compassion et la volonté d'aider une dame âgée minée par la culpabilité, et accessoirement la meilleure amie de sa belle-mère, Brunetti finit par accepter l'affaire. Un cas qui s'avère rapidement des plus troublants.

John Hart, Redemption Road,Éditions JC Lattès. Traduit de l'anglais par Laurence Kiefé. (Redemption Road, 2016). Novembre 2017. 510 pages.

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