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Polars d'été

10/07/2016 09:14 EDT | Actualisé 10/07/2016 09:15 EDT

Red Light. Adieu, Mignonne de Marie-Eve Bourassa

Retour vers un passé pas si lointain, Red Light. Adieu, Mignonne est un polar qui se déroule au début des années vingt à Montréal et nous emmène à la rencontre de personnages captivants qui s'agitent comme des bêtes de laboratoire sous la plume sans complaisance de cette nouvelle auteure.

Policier corrompu du Red Light montréalais, Eugène Duchamp a retrouvé sa moralité et le courage nécessaire pour trahir sa fratrie, quitte à se mettre à dos tous ceux qui contrôlent la zone. Devenu un paria, il a abandonné son métier et quitté Mignonne, sa maîtresse chanteuse de cabaret, pour s'engager dans la Grande Guerre. Lorsqu'il en revient, opiomane amoché, c'est pour se terrer dans un logis miteux du quartier chinois avec son épouse Pei-Shan qui gère une buanderie le jour et une fumerie d'opium la nuit. Lorsqu'une jeune fille de maison close vient le supplier de l'aider à retrouver son bébé enlevé, Duchamp accepte de relever le défi. Son enquête va alors se heurter à tous les malfrats qui n'attendaient que ce retour pour lui faire payer ses infamies.

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Le Montréal des années vingt présenté dans Red Light. Adieu, Mignonne est poussiéreux, véreux, nauséabond, glauque et sans pitié. Ce n'est pas une vision idyllique de la métropole. Il n'y a pas - et c'est tant mieux - d'indices poussant à la nostalgie, ou faisant référence à un passé perdu, un bonheur d'antan. Tout ce Montréal est sulfureux, construit autour de tavernes mal famées où l'alcool clandestin coule sans discontinuer, de lupanars à la couette douteuse, de tripots perdus au fin fond d'une cave où les quidams perdent leur paie ou leur vie.

La narration de Marie-Eve Bourassa est vive et tout en action. Elle va droit au but sans futilités, sans digressions. La description de ce Montréal d'une époque révolue est si précise qu'elle en devient palpable. Les personnages respectent leur milieu et, dans cette jungle urbaine, l'éducation est une valeur bien secondaire. Ils sont gouailleurs et s'expriment dans une langue vivante. L'auteure parvient à imposer ses protagonistes dans un cadre historique, évitant les clichés usuels, avec une aisance remarquable.

Adieu, Mignonne est un premier polar plus que convaincant et Marie-Eve Bourassa, un talent à suivre de près. Mon seul regret est d'avoir trop rapidement conclu cette histoire et de devoir attendre la suite!

Lire léger l'été n'est pas un luxe. Encore faut-il dénicher le roman idéal. Je vous propose Hors cadre du suédois Stefan Ahnhem.

L'intrigue est toute simple, alors qu'un enfant ingrat en classe scolaire entreprend vingt ans après la fin de sa scolarité de tuer tous les collégionnaires qui n'ont jamais remarqué son existence. L'enquête est en partie menée par Fabian Risk, lui-même issu de cette classe et donc en danger. Bien que les assassinats se succèdent sans répit, les indices demeurent bien minces et Risk voit ses collègues de la police d'Helsinborg le regarder avec soupçons. Exclu de l'enquête, il mènera ses investigations en parallèle, mettant alors sa vie et celle de son fils en péril. Les forces de police vont difficilement - et peut-être trop tard - parvenir à remonter la piste alors que les meurtres s'enchaînent sans discontinuer.

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Hors cadre possède tous les ingrédients requis pour en faire une excellente lecture d'été: des personnages intéressants, une bonne intrigue, des retournements de situation comme on les aime, bref, une bonne histoire qui ne renouvelle pas le genre, mais mêle les cartes juste assez adroitement pour que la conclusion du récit surprenne!

Sur les tablettes

Trois jours et une vie de Pierre Lemaitre (Éditions Albin Michel)

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À la fin de décembre 1999, une surprenante série d'événements tragiques s'abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt.

Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir.

Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien...

L'outsider autobiographie de Frederick Forsyth (Éditions Albin Michel)

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«Au cours de mon existence, j'ai échappé de justesse à la fureur d'un trafiquant d'armes de Hambourg, j'ai été mitraillé par un Mig pendant la guerre civile au Nigéria, et j'ai atterri en Guinée-Bissau au beau milieu d'un sanglant coup d'État. La Stasi m'a arrêté, les Israéliens m'ont chouchouté, l'IRA m'a réexpédié en catastrophe d'Irlande en Angleterre, et une certaine Tchèque tout à fait charmante, agent de la police secrète... bref, ce qu'elle m'a fait était plus intime. Et tout cela n'était que prémices et amuse-gueules.

Ces divers événements furent vécus de l'intérieur. Mais aussi et toujours de l'extérieur. En outsider.»

Marie-Eve Bourassa, Red Light. Adieu, Mignonne, Éditions VLB. Mai 2016. 305 pages.

Stefan Ahnhem, Hors cadre, Éditions Albin Michel. Traduit du suédois par Marina Heide (Offer utan ansikte, 2014). Avril 2016. 572 pages.

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