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<em>Emergency 911</em> de Ryan David Jahn: le cauchemar d'un parent

26/07/2013 11:06 EDT | Actualisé 25/09/2013 05:12 EDT

Répartiteur au 911, le policier Ian Hunt reçoit un appel qui va bouleverser sa vie. Sa fille enlevée sept ans plus tôt, et qu'il croyait bien ne plus jamais revoir, est au bout du fil. Captive depuis ce temps, elle vient de s'échapper. Elle est toute proche, dans le même village que lui, Bulls Mouth, au Texas. Mais elle ne peut donner que peu d'indices puisque son ravisseur est déjà là et l'enlève à nouveau. Cette fois, Ian est plus déterminé que jamais et se met aussitôt en chasse. Peu importe les conséquences, il va récupérer sa fille.

style="float: Ce qui fait la grande force de Ryan David Jahn, c'est sa capacité à nous faire entrer dans la tête des personnages et à partager leur vision, leurs pensées et leurs actions. La même scène est ainsi présentée d'abord avec le point de vue de Ian lorsque sa fillette disparue le rejoint au 911. Puis, défile le point de vue de tous les personnages présents lors de la fuite. Beatrice, la femme du ravisseur, impuissante devant l'évasion de l'enfant. Henry, son mari, qui poursuit la fillette à travers le petit village. Maggie qui parvient à rejoindre une cabine publique et compose le numéro des urgences avant d'être reprise. Il n'en faut pas plus pour embarquer les lecteurs dans ce fascinant voyage au cœur d'un esprit désaxé.

L'auteur nous fait ainsi ressentir avec justesse le malheur et les impacts désolants que cette disparition a causés chez les parents, Ian et Debbie. Une lente dégradation du couple menant à un divorce. Cependant que Debbie parvient à faire son deuil, se remarier et fonder une famille à nouveau, Ian n'y parvient pas. Il est seul, presque un alcoolique solitaire. Sept ans ont passé depuis le rapt qui a figé son existence. Il est toujours policier, mais ne travaille plus que comme répartiteur des appels d'urgence au 911 du village. Toute sa vie se déroule sur les lignes de côté comme s'il n'y était plus.

C'est une véritable histoire d'horreur qui se déroule au fil de ce polar pour le moins prenant. Malsain et immoral, le roman ne présente aucune trace de sadisme, de pédophilie ou de rançon, il s'agit seulement d'un esprit résolument tordu, ce qui est beaucoup plus insidieux.

Le polar se développe autour de la thématique de la loyauté. Celle du ravisseur envers sa femme, malheureuse et déprimée suite à la mort de son enfant. Celle des frères d'Henry, une loyauté fraternelle qui prend des apparences d'obligation et ne cède que devant une torture particulièrement atroce. Une loyauté obligée, voire exigée, qui s'oppose à la solidarité de Diégo, le collègue de Ian, le papa, qui comprend ce qui pousse celui-ci à vouloir récupérer sa fille, quels que soient les moyens à employer. Une loyauté culturelle, indépendante et volontaire. Plus propre, peut-être, mais qui pousse autant vers des gestes répréhensibles.

L'appel de l'enfant va déclencher une reconstruction totale de l'univers du papa. Ian reprend contact avec la réalité. La léthargie qui durait depuis 7 ans, jusqu'à ce téléphone, presque un appel de la vie, le quitte enfin.

Emergency 911 est un polar doté d'une très grande force narrative qui relate des événements d'une perversité hors du commun poussant un homme à devenir une bête. Après son premier roman, De Bons voisins, Jahn nous offre une autre réussite. Ça promet!

Ryan David Jahn, Emergency 911, Éditions Actes Sud, actes noirs. Traduction Simon Baril (The Dispatcher, 2011). Mars 2013. 331 pages.