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Des polars ancrés dans l'actualité

31/01/2013 12:15 EST | Actualisé 02/04/2013 05:12 EDT
AP

Des femmes assassinées à la chaîne au Mexique et la haute finance grecque décapitée. Corruption, violence et misère au menu des polars cette semaine.

Quatre assassinats successifs secouent la ville d'Athènes. Les victimes sont des professionnels de la haute finance. Deux Grecs, un Anglais et un Hollandais. Les quartiers de la ville se couvrent d'affiches et d'autocollants dénonçant les banques helléniques. Puisque certaines victimes sont étrangères, les autorités des autres états se mêlent de l'affaire et accusent les forces grecques d'incompétences. Le commissaire Charitos est confronté aux décapitations, mais également aux forces contradictoires qui tentent de miner son enquête. Avec opiniâtreté, il va pourtant parvenir à résoudre l'énigme.

Liquidations à la grecque déroule la vie quotidienne des Grecs en temps de crise. Responsables tout désignés de ce marasme économique, les banquiers et financiers. Petros Markaris parvient à mettre le lecteur en porte-à-faux, présentant des victimes plus antipathiques que les coupables. Le commissaire Charitos, têtu comme une mule, ignore la piste terroriste et fait avancer une enquête où on ressent bien qu'il éprouve de l'admiration pour les criminels.

Les personnages, criants de vérité, du plus humble jusqu'au plus élevé de la classe moyenne, expriment leurs rancœurs avec lucidité et humour. Taux d'intérêt élevé, salaire coupé, caisses de retraite hachées de moitié, mise à pied sauvage, chômage, misère et pauvreté. Tout y passe, sans complaisance, sans didactisme.

Premier roman d'une série portant sur la crise en Grèce, Liquidations à la grecque est un polar audacieux qui utilise avec efficacité le martyr des Grecs pour rendre un peu de fierté à ce peuple. Du polar à son meilleur!

L'Américain Sam Hawken fait son entrée dans l'univers du polar avec Les Disparues de Juárez

Difficile de rester insensible devant le drame de ces femmes enlevées et livrées aux bas instincts de l'aristocratie mexicaine. Violées, torturées puis tuées, ces femmes ne sont que rarement retrouvées, si bien que leurs familles et amis sont incapables de faire leur deuil. Une histoire fondée sur des faits réels. En 18 ans, 800 femmes disparues. Près de quatre par mois.

L'histoire se déroule à Ciudad Juárez, une petite ville mexicaine frontalière qui fait face à El Paso au Texas. Considérée comme l'une des villes avec le plus haut taux de criminalité au monde, Juárez est le passage de toutes les drogues vers les É.-U.. Gang de rue, dealers, proxénètes, lupanars, bars érotiques, combats de toutes sortes organisés (boxeurs, chiens, coqs...). Une ville où toutes les perversités sont permises grâce à la corruption politique et policière.

Kelly Courter est un Américain réfugié à Juárez. Il a commis un délit de fuite mortel dans son pays d'origine. Ancien boxeur de bon calibre, il est réduit à participer à des combats truqués pour gagner sa vie. Il vend aussi de l'herbe avec son ami Estéban. Amoureux de Paloma, il tente de se refaire une virginité en redevenant un vrai boxeur et refuse de participer à des combats à mort. Par vengeance, ses anciens employeurs vont faire subir à sa belle le sort horrible qu'ont subi une multitude de femmes avant elle.

Les Disparues de Juárez est un roman d'une grande noirceur, cruel et sanglant. Sam Hawken lève le voile sur une ville sans justice, immorale et abjecte. Les personnages sont tous d'une très grande humanité, mais sont tous aussi atteints par les événements qui se déroulent dans cette ville. Les stupéfiants et l'alcool ne sont jamais très loin pour anesthésier les douleurs, pour faire oublier les malheurs. Un polar qui vient gratter la pire des plaies, celle de la criminalité organisée devant laquelle l'honnêteté tend à s'effondrer.

Petros Markaris, Liquidations à la grecque. Éditions Seuil / Policiers. Novembre 2012. Traduction Michel Volkovitch (Lixiprothesma dania, 2010). 326 pages. Disponible aussi en format Epub et Pdf.

Sam Hawken, Les Disparues de juárez, Éditions Belfond Noir, Novembre 2012. Traduction Mireille Vignol (The Dead women of juárez, 2011). 391 pages. Disponible aussi en format Epub.