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<em>Dark secrets</em> 1 et 2 de Hjorth & Rosenfeldt: Suède fatale

21/09/2014 09:31 EDT | Actualisé 21/11/2014 05:12 EST

Il n'y a rien qui m'irrite autant qu'une traduction d'un roman écrit en suédois dont le titre, pour des raisons qui ne semblent que concerner les éditeurs de France, demeure, lui, en anglais. Dark secrets, donc. Parce que ça m'horripile comme idée, je l'avais glissé en dessous de la pile, et puis j'ai reçu le tome 2 de cette trilogie et les nouveautés estivales se faisant rares, j'ai reconsidéré ma position. Bien m'en a pris, car j'ai failli passer à côté de quelque chose de très très bien.

style="float: Le premier roman du duo constitué de Michael Hjorth et Hans Rosenfeldt commence par une histoire toute simple alors qu'un adolescent est déclaré disparu. La police de Västerås, une petite localité située à une heure de Stockholm, et surtout le policier Thomas Haraldsson, penche pour une fugue, jusqu'à ce que le corps du garçon soit retrouvé dans un trou d'eau en pleine forêt, le cœur arraché. La brigade criminelle nationale suédoise est appelée en renfort.

Le second polar de la série remet en scène la brigade criminelle alors qu'un tueur en série s'attaque à des femmes. Les meurtres sont des copies conformes de ceux commis par Edward Hinde, le plus célèbre criminel de l'histoire moderne de la Suède. Rapidement, les membres de la brigade le soupçonnent de commanditer les assassinats à partir de sa cellule de haute sécurité où il purge sa peine. La situation s'envenime lorsqu'ils découvrent que les victimes ont toutes un lien avec le profileur Sebastien Bergman, membre honni de la brigade, trousseur de jupons et surtout celui qui a permis l'arrestation de Hinde.

Dark secrets 1 et 2 se distinguent avantageusement par leur puissance évocatrice. On se sent réellement en Suède, pour les paysages, mais aussi pour les sensations. Le froid saisissant de l'hiver qui vous mord la peau. Le brouillard et le verglas. La nuit noire sans fin que le pâle soleil peine à repousser.

Les enquêtes alternent entre découvertes majeures et fausses pistes. Les enquêteurs passent de la lassitude à l'exaltation en quelques pages. Tout semble subir une névrose : le pays, les paysages, les habitants. On passe rapidement d'un personnage à l'autre, sans temps morts. Il n'y a aucun passage inutile qui nous ferait sauter quelques lignes par-ci par-là. Tout est logique, construit avec minutie sans la moindre invraisemblance.

On ne vous fera pas croire que les auteurs, Michael Hjorth et Hans Rosenfeldt révolutionnent le mauvais genre de la littérature. Les enquêtes en elles-mêmes relèvent de la grande tradition du polar procédural et respectent chaque ligne de code. Les énigmes qui en résultent sont donc assez convenues. Mais alors, pourquoi est-ce si bon? La réponse se trouve dans les personnages, le groupe d'inspecteurs qui s'escriment à l'ouvrage et qui sont tous plus typiques les uns que les autres. J'irai même jusqu'à avancer qu'il s'agit de polars à personnages, car sans leur présence, le reste devient presque banal, et ne mérite certainement pas d'être traduit en 23 langues pour devenir l'un des best-sellers de l'année.

style="float: Toutes les histoires tournent autour des protagonistes, membres d'une brigade d'élite tissée serrée autour du chef Torkel. Ils sont, chacun dans leur domaine respectif, les meilleurs de la Suède. Ce qui ne les empêche pas d'entretenir une rivalité dans la recherche de l'indice qui fera déboucher l'investigation et révélera le coupable. Ils sont littéralement prêts à tout pour dénicher le fameux élément clef.

Parmi eux, il y a Ursula, qui maîtrise l'investigation scientifique; Vanja, l'enquêtrice experte au flair infaillible; Billy, le spécialiste de l'électronique; Sebastien Bergman, un psychologue aussi attachant que doué, mais névrosé et insupportable; Torkel, le chef un peu bourru, ainsi qu'un personnage savoureux qui ne fait pas partie de la brigade, mais revient dans les deux polars : Haraldsson, un benêt maladroit, aussi drôle que pathétique, doté de la volonté de s'affirmer malgré ses (nombreux) handicaps. Entre eux, les relations sont parfois tendues, voire acrimonieuses. Ils travaillent ensemble depuis longtemps, mais on ne découvre leur passé commun qu'une anecdote à la fois, ce qui rend la lecture encore plus passionnante.

D'un seul coup, avec talent, les deux auteurs viennent de se propulser au rang des meilleurs auteurs de polars du moment. Le troisième épisode devrait nous arriver en 2015. Vous dire si j'ai hâte!

- Michael Hjorth & Hans Rosenfeldt, Dark secrets, Éditions Prisma. Traduction de Max Stadler (Det Fördolda, 2010). Avril 2014. 455 pages. Livre et Ebook.

- Michael Hjorth & Hans Rosenfeldt, Dark secrets 2 Le disciple, Éditions Prisma. Traduction de Lucile Clauss (Lärjungen, 2011). Août 2014. 617 pages. Livre et Ebook.

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