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<i>Purgatoire des innocents</i>: intense jusqu'à la dernière page

16/05/2013 02:46 EDT | Actualisé 17/07/2013 05:12 EDT
Courtoisie

« Chaque être humain est un ennemi, une proie ou un esclave. Rien d'autre. » Avec Purgatoire des innocents, Karine Giebel continue à scruter les côtés les plus sombres de l'être humain, comme elle l'avait fait avec son roman précédent, Juste une ombre (le meilleur parmi les meilleurs dans notre top polars 2012). Vol, fuite, prise d'otage, rapt et bien pire encore. Le polar porte à son paroxysme les possibilités de l'horreur. Aussi intense qu'absolu. Bienvenue en enfer.

L'histoire commence par le braquage d'une bijouterie qui tourne mal. Un échange de coups de feu fait deux morts : une passante et un policier. Le jeune frère de Raphaël, chef des bandits est grièvement blessé. La bande prend une vétérinaire en otage et se réfugie dans sa maison de campagne. Celle-ci doit sauver William. « Il meurt, tu meurs, » dit Raphaël. Bientôt, ils découvrent combien ce médecin est un être étrange qui ne dégage aucune vie. Son conjoint, Patrick, est en mission à l'extérieur, mais lorsqu'il revient, le paisible refuge prend une tout autre tournure. Ce n'est plus le braquage qui a mal tourné, bien au contraire... à ce moment-là, tout allait encore très bien. L'enfer, c'est maintenant.

Purgatoire des innocents explore les thématiques du mal absolu et de la survie. Le mal comme dans maladie mentale. L'humain en pleine dérive qui perçoit un simple acte de politesse comme de la soumission. Le mal contre les Hommes, la fratrie, l'espèce même. L'absence de normes du psychopathe est indescriptible. Il est une grimace pour ses semblables. Ce n'est plus le délinquant dangereux, c'est le véritable hors-la-loi.

Heureusement, contre ce sadisme se dresse l'instinct de survie. Vivre malgré les blessures, les souffrances, à tout prix, quelles que soient les conditions et les conséquences.

Purgatoire des innocents n'est pas qu'un autre thriller sur un psychopathe et tueur en série, car l'intérêt n'est pas tant dans l'anecdote que dans ces personnages qui luttent pour se sortir du piège. Cette jungle où seulement les plus forts survivent, où tout doit être mis à contribution : la force physique, mentale, psychique, la résilience, la ruse, l'imagination, l'empathie, le jeu... Purgatoire des innocents est une étude de la survie où chaque humain est un ennemi, une proie ou un esclave. Rien d'autre.

Le roman met également en opposition deux types de crimes. Il y a les crimes de droits communs commis par Raphaël (vol, prise d'otage) lesquels prennent un aspect quasi ludique (gendarmes contre voleurs), alors que les crimes contre l'humanité commis par les violeurs et les tueurs en série n'ont plus rien d'un jeu. Ils sont une atteinte directe et irrémédiable à l'espèce. Cette juxtaposition fait partie intégrante du roman de Karine Giebel. Le jeu doit rester un jeu, sinon vraiment, c'est plus drôle du tout et même le pire des criminels va s'adresser à la police pour se sortir d'impasse...

Léger bémol à cette œuvre, par ailleurs entêtante, certains épisodes auraient été mieux servis par quelques ellipses plutôt que par des descriptions aussi détaillées. D'autant plus que l'auteure est un as de l'ellipse, dont elle se sert pour créer ces effets de tension si dramatiques.

La dame possède une méthode bien à elle qui commence à être reconnaissable. Cette manière d'imbriquer les différents éléments de l'intrigue et d'en former un tout est fascinante, envoûtante, mais à utiliser avec parcimonie, car on s'approche d'une recette qui, si elle rassure certains lecteurs peu enclins aux changements, risque de rebuter ceux qui recherchent de nouvelles saveurs.

Malgré ces quelques réserves, Karine Giebel signe avec Purgatoire des innocents une œuvre percutante et impossible à lâcher, un roman nuit blanche, qui a une place réservée dans tous les palmarès des polars de l'année. C'est une évidence.

Karine Giebel, Purgatoire des innocents, Éditions Fleuve Noir / Thriller. juin 2013. 592 pages.

Note : le roman sera en librairie au Québec le 22 mai.

Note : Juste une ombre, son roman précédent est disponible en livre de poche, Éditions Pocket. Mai 2013.

À noter que Karine Giebel sera au Printemps meurtriers de Knowlton du 17 au 19 mai.