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<em>L'Arc-en-ciel de verre</em> de James Lee Burke: le blues du bayou

28/06/2013 10:00 EDT | Actualisé 28/08/2013 05:12 EDT

« Pour certaines personnes et certaines situations, il n'existe pas de solution. »

Avec L'Arc-en-ciel de verre, James Lee Burke poursuit les aventures de son célèbre personnage Dave Robicheaux. L'œuvre est foisonnante. D'un tel réalisme que je ne serais pas surpris lors d'un voyage en Louisiane de rencontrer et de reconnaître les protagonistes.

style="float: Dave Robicheaux est inspecteur pour les services du shérif de la paroisse de New Iberia en Louisiane. Il enquête sur la mort violente de jeunes femmes. Son grand ami, le détective privé Clete Purcel, l'assiste. Les soupçons se portent sur le proxénète Herman Stanga, mais bientôt d'autres indices les amèneront vers le nouveau riche Layton, puis vers la vieille et décadente famille Abelard, qui ont fait fortune en exploitant les pauvres et les esclaves. Lorsque Robicheaux apprend que sa fille, Alafair, fréquente Kermit Abelard, il commence à ruer dans les brancards. Tant et si bien que Clete et lui vont déclencher les hostilités. Ce sera eux contre le reste du monde, et que mort s'ensuive.

La lecture d'un roman de James Lee Burke, en particulier la série Robicheaux, est un voyage éprouvant et déroutant. Une sorte de dépaysement sur une terre connue. Je connais le pays, mais je ne comprends pas les codes. Je partage ce continent, mais ce n'est pas la même terre. Peut-être est-ce la faute de ce majestueux bayou qui serpente et inonde tout ce qu'il peut, ou bien de ces grands arbres qui sentent si bon; eucalyptus, mimosas, palmiers, cyprès...

C'est un univers de chapeau de cowboy, de pick-up, de chasse et de pêche. La religion est omniprésente et le passé confédéré toujours présent. Un monde dur comme les rayons du soleil qui est réfléchi par le Bayou Teche, désarmant de poésie, mais aussi déstabilisant. Autant dans les paysages que dans les relations entre les gens, il n'y a pas de place pour les nuances. Tout est cru.

Dave Robicheaux se débat dans une communauté ou l'état de nature prédomine et s'oppose à l'état social, comme si tous les individus avaient été rejetés dans ce sud profond et s'y débattaient pour survivre, chacun avec ses outils propres. Un univers où la morale s'érode, les valeurs se dégradent et seul l'instinct de conservation permet de résister.

La magie Burke s'opère par la narration. Tout possède une odeur caractéristique et une couleur différente. C'est l'exacerbation de tous les sens, ce qui ramène les procédés narratifs de l'auteur à quelque chose de tribal, d'instinctif comme s'il faisait, plus que tout autre, appel à notre intelligence sensorielle. James Lee Burke est en cela tellement à part de tous les romanciers de polars qu'il donne l'impression d'avoir pondu un chef-d'œuvre à chaque nouveau livre.

Il y a dans les romans de l'auteur américain une large empreinte de fatalisme, un nuage noir qui se répand tout au cours de l'histoire rendant inéluctables les situations les plus corsées.

James Lee Burke est un écrivain immense par son talent et par l'ensemble de son œuvre. Son roman précédent, La Nuit la plus longue, était un chef-d'œuvre. L'Arc-en-ciel de verre n'a rien à lui envier. Avec ce nouveau polar, il parvient encore à créer un stress intense chez le lecteur. Quiconque a côtoyé son œuvre sait bien que le pire peut survenir à un personnage aimé, au détour d'une page. Burke a déjà fait disparaître la première femme de Dave Robicheaux; que ce soit son épouse, sa fille ou son meilleur ami, personne n'est à l'abri. En cela, l'auteur souscrit à une vraisemblance qui implique avec fatalité que les héros, ça n'existe pas, et que la cavalerie n'arrive pas toujours à temps.

James Lee Burke, L'Arc-en-ciel de verre, Éditions Rivages / Thriller. Traduction Christophe Mercier (The Glass Rainbow, 2010). Mai 2013. 446 pages.