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<em>Aller simple pour Nomad Island</em>, un polar qui rate la dernière escale

01/02/2015 08:52 EST | Actualisé 03/04/2015 05:12 EDT

On ne me fouettera jamais pour avoir écrit ce texte. Raif Badawi, lui, a été condamné à 1000 coups de fouet et 10 ans prison pour avoir blogué.

À tous ceux qui perçoivent l'hiver comme une malédiction et qui voient dans les destinations soleil leur unique source de survie. À ceux qui envisagent le tout inclus comme un immense bonheur pour remédier aux températures extrêmes, aux tempêtes de neige, au pelletage : bienvenue à Aller simple pour Nomad Island! Un polar signé Joseph Incardona.

style="float: La vie de la famille Jensen est tranquille, plutôt monotone, aussi lisse que l'ennui. Le papa travaille beaucoup, il est cadre supérieur. La maman se remet difficilement d'une fausse couche. L'adolescente passe son temps au cellulaire et ne pense qu'à son futur dépucelage. Le jeune garçon, un surdoué, est surtout bien mal-aimé. Le noyau familial est fragile. L'ambiance est à la déprime lorsqu'Iris, la maman, est attirée par une publicité internet personnalisée lui promettant la découverte du paradis quelque part dans l'océan Indien. Le sort de la famille Jensen va se jouer lors de cet aller simple sur une presqu'île qu'ils n'ont pas choisie. Car même s'ils ne le savent pas encore, c'est l'île qui les a sélectionnés.

L'histoire est d'abord le naufrage du couple composé d'Iris et de Paul. Ils ressentent un profond malaise face à la vie qu'ils se sont constituée. Les enfants, la grande maison, la belle auto, rien n'y fait. Le bonheur ne s'achète pas. Pour reconfigurer tout cela, pourquoi pas un voyage de rêve? C'est ce que favorise Iris. Au mieux, la flamme renaîtra, au pire, de nouvelles avenues vont s'offrir.

Les personnages sont alors placés dans une sorte d'incubateur, sous nos yeux. L'île a quelque chose de maléfique, bien qu'elle ressemble en tous points aux autres destinations soleil, la populace en moins.

À la fois polar social et roman fantastique, Aller simple pour Nomad Island, de Joseph Incardona, sert de révélateur allégorique où une semaine dans une île paradisiaque devient une existence entière dans un tout inclus. Pour bien des gens, ce serait un rêve! Se faire servir, laver, torcher. Pas de repas à préparer, aucune activité à organiser. On suit le rythme, ça va tout seul. Une vie dédiée au vide absolu. L'impact est aussi monstrueux que pervers! Un lavage de cerveau menant à une douce version de l'obscurantisme.

L'évolution de l'énigme est si curieuse qu'elle force le lecteur à tenter de comprendre au-delà de ce qui est dit. Il y a forcément un sens. Ce polar rend intelligent... surtout lorsque vous arrivez à deviner juste! Et c'est au moment où l'on se demande comment diable l'auteur suisse va parvenir à nous emporter encore plus loin qu'il met un frein à cette escapade délirante.

Comme s'il avait manqué de confiance envers son lecteur, il révèle ses intentions et toute la machination à travers le personnage du père. L'intérêt du roman s'altère. Il ne nous reste plus qu'à le chercher ailleurs et là aussi, ça fait mal. Les personnages féminins stéréotypés ne vivent que pour faire la fête, séduire et être désirés, comme des objets. Les personnages masculins tentent de délivrer les femmes d'une sorte de mal indicible. L'île est un miroir navrant de nos vies chronométrées sans tous les artifices qui donnent l'illusion du choix. Un vrai cauchemar!

De plutôt bonne lecture au départ, l'histoire devient obsolète. On ne l'emportera pas sous un parasol!

Joseph Incardona, Aller simple pour Nomad Island, Éditions seuil. Décembre 2014. 253 pages.

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