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«L'Affaire Céline»: tempête de trahisons!

16/01/2016 07:06 EST | Actualisé 16/01/2017 05:12 EST

La littérature de genre étant en plein essor à l'intérieur de nos frontières, je me suis dit que ce serait une bonne idée de commencer l'année 2016 du bon pied en vous présentant un excellent roman policier québécois! Voici donc mon appréciation de L'Affaire Célinede Jean Louis Fleury.

Après son passage à l'émission Tout le monde en parle, le professeur à la Sorbonne René Kahn, expert mondial de l'œuvre de l'écrivain Louis-Ferdinand Céline, est assassiné. L'enquête, menée par la capitaine de la Sûreté du Québec, Aglaé Boisjoli, est compliquée par des interventions extérieures: des pressions et des petites trahisons qui brisent définitivement le lien de confiance avec ses patrons. Mais que cache donc la mort de l'éminent professeur français?

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Le sujet m'interpelle dès l'abord, puisque Louis-Ferdinand Céline est l'écrivain qui a mis son empreinte sur toute la littérature moderne. Le grand Céline a été de passage au Québec deux fois plutôt qu'une, soit en 1925 en tant que médecin pour la Société des nations, puis en mai 1938, alors qu'il était devenu aussi célèbre pour ses romans que pour ses pamphlets antisémites. Céline ayant assisté à une réunion de l'extrême droite québécoise menée par le «Führer canadien» Adrien Arcand serait tombé sous le charme d'une mystérieuse rouquine. Le professeur René Kahn est donc venu à Montréal dans l'espoir de retrouver la trace de cette femme fatale. Cet appel à tous lancé à la télévision va mener à sa mort, comme si les forces vives ennemies de Céline, cet encombrant romancier, étaient toujours actives.

En vérité, la présence de l'auteur de Guignol's Band reste limitée. Bien que son nom soit associé au titre, Céline n'est qu'une ombre dans l'intrigue, une sorte de polichinelle qu'on agite pour attirer l'attention ailleurs, cependant que les espions et hauts fonctionnaires des affaires étrangères, aussi retors qu'hypocrites, sont à l'œuvre.L'Affaire Céline est un polar cérébral avec très peu d'action et une violence limitée à l'essentiel. Jean Louis Fleury nous expose le quotidien d'une enquête, à rebrousse-temps.

L'originalité de ce roman tient en deux parties distinctes et pourtant profondément imbriquées l'une à l'autre. Car l'enquête va mener à la démission de l'officier Boisjoli.

Lorsqu'Aglaé renonce à son emploi, un haut fonctionnaire de la SQ s'interroge et lui demande de rédiger avec minutie les motifs qui la poussent à prendre une telle décision. C'est l'histoire que nous allons suivre.

Aglaé Boisjoli n'est pas une enquêteuse comme les autres. Diplômée en psychologie, elle n'est pas facile à mener en bateau et sait déceler les fausses pistes lorsqu'on les lui présente sur un plateau d'argent. Elle reconnaît que ses propres chefs lui en disent moins qu'ils n'en savent, mais parvient quand même à résoudre une bonne partie de l'intrigue qui la mène à l'auteur français et dérive rapidement vers des raisons d'État, des éléments internationaux beaucoup plus contemporains.

Le récit met en scène quelques personnages aussi attachants qu'ils sont désespérés, comme cette jeune fille anorexique, malade et condamnée dans le temps, qui assiste à distance son vieil oncle, qui tente par tous les moyens de dissimuler ses erreurs et protéger ses employeurs. Ces protagonistes sont presque tous, d'une façon comme de l'autre, en fin de parcours, au bout de leurs vies. Aglaé, quant à elle, demeure inébranlable dans son désir de quitter la police, un métier qui n'était pas fait pour elle, trop intelligente, trop sensible pour supporter une hiérarchie qui lui joue dans le dos, la trahit impunément.

Construit sur le modèle du journal intime, le rapport de la capitaine va décrire avec exactitude toute l'enquête jour après jour, presque heure par heure, taisant parfois, mais pas toujours, ses moments plus intimes, ses pensées plus légères, s'amusant aussi à commenter des repas pris rapidement, comme un clin d'œil à cette modernité stupide qui nous gangrène le temps sur Facebook avec la prise photo d'un souper pourtant sans intérêt documentaire ! Le rapport glisse par moment vers l'impertinence, voire l'insubordination, ce qui dans une enquête aussi complexe sert de soupape humoristique et moqueuse. La narration nous entraîne pas à pas au cœur d'une enquête aussi tordue que passionnante.

Plus qu'un excellent polar, L'Affaire Céline de Jean Louis Fleury est un coup de cœur rafraîchissant.

Jean Louis Fleury, L'Affaire Céline ou Cendres au Crique-À-La-Roche, Éditions Alire. Septembre 2015. 330 pages.

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